La rue Ballu : le repaire des Auteurs en plein Pigalle

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Rue Ballu, 75009 (du n°55 de la rue Blanche jusqu'au n°72 de la rue de Clichy)
Blanche (ligne 2) ou Place de Clichy (lignes 2 et 13)
Mis à jour en octobre 2016

Au détour d’une promenade dans le quartier de Pigalle et de la Nouvelle-Athènes, nous nous sommes laissés surprendre par une petite voie résidentielle, comme préservée de l’effervescence des boulevards environnants. Dans cette rue, on devient soudainement ce passant indiscret, venu troubler la quiétude d’une petite communauté tranquille. Toutefois, si communauté il y a, elle se fait, à l’évidence, bien discrète ! Lors de notre passage, on s’est même demandé si les immeubles cossus de la rue Ballu n’avaient pas été désertés…

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Si le calme clérical de cette rue intrigue, le décor qu’elle nous offre étonne bien davantage. A peine entrés, à l’angle de la rue Blanche (au n°55, plus précisément), les premiers numéros de la rue Ballu nous en mettent aussitôt plein la vue. On découvre une enfilade de petits hôtels particuliers et de demeures bourgeoises, richement décorés dans des styles assez éclectiques. Pour la petite histoire, la rue Ballu ne fut percée que dans les années 1840 par les familles Greffulhe et Ségur sur leurs terrains, en même temps que nombre de petites rues voisines. Ce grand conglomérat de rues formait auparavant un vaste jardin sur lequel un riche bourgeois fit construire le Pavillon La Bouëxière, converti plus tard en parc d’attractions, le Tivoli – dont une partie est devenue l’actuel Casino de Paris, rue de Clichy.

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D’immeuble en immeuble, on remonte précisément le fil de l’histoire de cette voie pittoresque du 9ème, méconnue des Parisiens. A la lecture des nombreuses plaques commémoratives et inscriptions diverses, on comprend que cette rue a vu passer son lot d’auteurs : écrivains, dramaturges, poètes, … C’est par exemple ici-même, au n°6 que, dans ce qui fut autrefois le Théâtre des Pantins, Alfred Jarry créa sa célèbre pièce Ubu Roi avec des marionnettes.

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Au n°11bis, une enseigne nous indique la présence de la Maison des Auteurs, également appelée Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), dont les bâtiments s’étendent sur plusieurs numéros de la rue. Fondé en 1777 par Beaumarchais, cet organisme qui a pour but de protéger et gérer les droits des auteurs est installé dans un bel hôtel particulier, l’Hôtel Blémont, construit sous le Second Empire par Eugène Bertin. Passée la porte de ce curieux établissement, on découvre un riche décor Louis XV et un charmant jardin d’hiver, avec un monument aux morts en hommage aux précédents dirigeants. Plus loin, aux n°12, 14 et 16, on trouve les bâtiments d’organismes complémentaires tels que la Société gérant les droits voisins des artistes interprètes (ADAMI) et le Groupement informatique et télématique des auteurs (GRITA).

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© Sarah Pons / Paris ZigZag

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L’architecture de certaines des demeures de la rue Ballu est tout à fait exceptionnelle, les façades sont ouvragées et ornées de motifs floraux et de statuaires, les ferronneries des portes travaillées, les fenêtres élégantes, parfois recouvertes de beaux vitraux. Mais, plus stupéfiantes encore, les briques rouges typiques qui encadrent les ouvertures de certaines façades, variant les tons et formant comme une mosaïque. On en trouve notamment sur la façade de la Maison des Pharmaciens qui aurait été construit en 1868, pour un artiste peintre qui y avait installé son atelier et une salle d’armes. Cependant, l’immeuble le plus caractéristique demeure de loin celui du n°28. En passe de devenir un hôtel, il fut construit en 1891, par un certain Gaston Dézermaux : sa façade de brique et de pierres, surmontée d’un imposant pignon, est typique de l’architecture flamande du début du 20ème siècle. Fait assez rare à Paris !

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Au n°13, la Maison des Pharmaciens et sa façade atypique…

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Le futur hôtel au n°28, demeure bourgeoise richement décorée et inspirée de l’architecture flamande…

Par ailleurs, on sait aussi qu’Alexandre Dumas Fils a séjourné au n°10, tout comme Emile Zola qui fut de passage au second étage du n°23. Numéro 23 qui devint, en 1929, la villa Ballu que l’on connaît aujourd’hui. Cette impasse privée, fermée par une grille, néanmoins ouverte aux piétons en semaine, vit défiler les propriétaires fortunés : marquis, comtes, banquiers, … Installée sous l’une des arcades d’un grand immeuble bourgeois, on y découvre une charmante courette datant du 19ème, bordée d’hôtels particuliers et entourée de petits jardins privatifs.

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La balade se termine au n°78 de la rue Blanche devant un hôtel particulier néo-Renaissance, où une plaque indique que l’architecte Théodore Ballu, qui a donné son nom à la rue, y mourut en 1885.

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Un lieu de charme sur lequel on ne s’attend absolument pas tomber en traversant le quartier bobo de SoPi, bien loin des boutiques branchées, des bars à cocktails clinquants et autres coffee shops pour hipsters…

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