{"id":130889,"date":"2021-10-06T09:07:39","date_gmt":"2021-10-06T07:07:39","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pariszigzag.fr\/?p=130889"},"modified":"2021-10-05T09:08:30","modified_gmt":"2021-10-05T07:08:30","slug":"1790-1900-quand-paris-decouvre-la-femme-artiste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pariszigzag.fr\/insolite\/histoire-insolite-paris\/1790-1900-quand-paris-decouvre-la-femme-artiste\/","title":{"rendered":"1790-1900 : Quand Paris d\u00e9couvre la \u00ab femme artiste \u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Eve con\u00e7ue avec une c\u00f4te d\u2019Adam, Galat\u00e9e sculpt\u00e9e par les mains de Pygmalion\u2026 Ils sont nombreux les r\u00e9cits qui illustrent l\u2019homme en cr\u00e9ateur inspir\u00e9, <strong>la femme en muse passive<\/strong>. L\u2019un est caract\u00e9ris\u00e9 par le regard du penseur, l\u2019autre est regard\u00e9e, habit\u00e9e par une autre pens\u00e9e que la sienne. Mais de la R\u00e9volution fran\u00e7aise \u00e0 la <a href=\"https:\/\/www.pariszigzag.fr\/insolite\/histoire-insolite-paris\/louise-michel-la-vierge-rouge-de-la-commune-de-paris\/\">Commune de Paris<\/a>, la soci\u00e9t\u00e9 patriarcale du XIXe si\u00e8cle a vu progressivement \u00e9merger une figure toute nouvelle, celle de <strong>la femme artiste<\/strong>. Une revendication \u00e9galitariste qui est n\u00e9e dans les ateliers parisiens, provenant g\u00e9n\u00e9ralement\u2026 des femmes elles-m\u00eames.<\/p>\n<h3><span style=\"color: #000080;\"><strong>Une muse ne doit pas traverser la toile <\/strong><\/span><\/h3>\n<p>D\u00e9esse de la f\u00e9condit\u00e9, Vierge \u00e0 l\u2019Enfant ou Sainte (Nitouche), les portraits artistiques n\u2019enferment pas seulement la femme dans la toile, mais aussi dans <strong>une repr\u00e9sentation patriarcale<\/strong>, pr\u00f4nant les id\u00e9aux de maternit\u00e9, de chastet\u00e9 et d\u2019innocence. Cette figure en porcelaine, souvent nue (mais seulement par puret\u00e9) et f\u00e9conde (juste par la gr\u00e2ce de Dieu) rel\u00e8gue la femme \u00e0 n\u2019\u00eatre qu\u2019un mod\u00e8le d\u00e9sincarn\u00e9, cens\u00e9 inspirer l\u2019esprit des grands hommes. Difficile, en ce sens, de renverser la tendance en imposant un regard f\u00e9minin qui existe en tant que tel, sans plus d\u00e9pendre d\u2019une domination masculine vieille de plusieurs mill\u00e9naires.<\/p>\n<figure id=\"attachment_130891\" aria-describedby=\"caption-attachment-130891\" style=\"width: 990px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-130891 \" src=\"https:\/\/www.pariszigzag.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Marie-Bashkirtseff-Academie-Julian-1881-Femmes-Artistes-Romane-Fraysse-Paris-ZigZag.jpg\" alt=\"\" width=\"990\" height=\"810\" srcset=\"https:\/\/www.pariszigzag.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Marie-Bashkirtseff-Academie-Julian-1881-Femmes-Artistes-Romane-Fraysse-Paris-ZigZag.jpg 836w, https:\/\/www.pariszigzag.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Marie-Bashkirtseff-Academie-Julian-1881-Femmes-Artistes-Romane-Fraysse-Paris-ZigZag-367x300.jpg 367w, https:\/\/www.pariszigzag.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Marie-Bashkirtseff-Academie-Julian-1881-Femmes-Artistes-Romane-Fraysse-Paris-ZigZag-768x628.jpg 768w, https:\/\/www.pariszigzag.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Marie-Bashkirtseff-Academie-Julian-1881-Femmes-Artistes-Romane-Fraysse-Paris-ZigZag-611x500.jpg 611w\" sizes=\"auto, (max-width: 990px) 100vw, 990px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-130891\" class=\"wp-caption-text\">Marie Bashkirtseff, L\u2019Acad\u00e9mie Julian, 1881<\/figcaption><\/figure>\n<p>Si les femmes artistes ont toujours exist\u00e9, elles ne sont embauch\u00e9es dans les ateliers que pour produire des \u0153uvres qui seront ensuite sign\u00e9es du nom du ma\u00eetre. De nombreux discours essentialistes et misogynes les condamnent ainsi \u00e0 rester dans l\u2019imitation, faute de pouvoir pr\u00e9tendre \u00e0 l\u2019originalit\u00e9. Il faut attendre la fin du XVIIIe si\u00e8cle pour que certaines d\u2019entre elles apparaissent soudain comme <strong>des cr\u00e9atrices \u00e0 part enti\u00e8re<\/strong>. Cela s\u2019explique tout d\u2019abord par l\u2019abolition de la corporation des artistes en 1777, qui les affranchit d\u2019une tutelle, suivi d\u2019un nouveau d\u00e9cret leur permettant d\u2019exposer librement <strong>dans les salons parisiens<\/strong>. N\u00e9anmoins, malgr\u00e9 de nombreux espoirs, la R\u00e9volution ne donne pas davantage de droits civiques aux femmes, et la Restauration n\u2019arrange rien. Elles continuent \u00e0 \u00eatre cantonn\u00e9es au cercle familial, loin des grandes carri\u00e8res artistiques, n\u2019ayant acc\u00e8s qu\u2019\u00e0 un enseignement amateur.<\/p>\n<p>Refus\u00e9es des \u00e9coles et des concours, elles sont \u00e9galement exclues de certaines formations essentielles, telles que le dessin de nu, r\u00e9serv\u00e9 au regard chaste des hommes. Lorsque ces derniers se consacrent \u00e0 des sujets nobles par la peinture d\u2019histoire, le f\u00e9minin est attribu\u00e9 aux genres dits \u00ab\u00a0mineurs\u00a0\u00bb, comme les natures mortes. Dans ce contexte, les seules femmes appartenant \u00e0 des familles d\u2019artistes peuvent esp\u00e9rer vivre de leur art, \u00e0 l\u2019instar de la portraitiste <strong>\u00c9lisabeth Vig\u00e9e-Lebrun<\/strong> ou de la peintre animali\u00e8re <strong>Rosa Bonheur<\/strong>, qui dirigera d\u00e8s 1849 l\u2019\u00c9cole imp\u00e9riale gratuite de dessin pour demoiselles (actuelle \u00c9cole nationale des Arts D\u00e9coratifs) afin de former les jeunes femmes \u00e0 devenir \u00ab\u00a0des L\u00e9onard de Vinci en jupons\u00a0\u00bb. Dans cet \u00e9lan de solidarit\u00e9, la sculptrice H\u00e9l\u00e8ne Bertaux cr\u00e9e \u00e9galement l\u2019<strong>Union des femmes peintres et sculpteurs<\/strong> \u00e0 Paris en 1881 pour assurer \u00e0 ces artistes une meilleure reconnaissance aupr\u00e8s des institutions. N\u00e9anmoins, il faudra attendre le d\u00e9but du XXe si\u00e8cle pour que l\u2019<a href=\"https:\/\/www.pariszigzag.fr\/paris-au-quotidien\/lecole-des-beaux-arts-deux-siecles-dhistoire-de-lart-a-paris\/\">Ecole nationale des Beaux-Arts de Paris<\/a> accepte les femmes dans ses cours et que celles-ci puissent participer au Prix de Rome.<\/p>\n<h3><span style=\"color: #000080;\"><strong>De la copiste \u00e0 la cr\u00e9atrice\u00a0: revendiquer par l\u2019art<\/strong><\/span><\/h3>\n<p>Afin de revendiquer leur statut d\u2019artiste, les quelques femmes qui parviennent \u00e0 passer entre les mailles du filet comptent bien d\u00e9fendre une expression personnelle et f\u00e9ministe \u00e0 travers leur art. Si elles \u00e9taient remarqu\u00e9es entre mille du fait de leur sexe, elles comptaient avant tout <strong>renouveler les genres artistiques<\/strong>. C\u2019est un pi\u00e8ge courant de parler davantage de la femme que de l\u2019artiste, la rel\u00e9guant encore \u00e0 son image sans s\u2019int\u00e9resser aux modernit\u00e9s de son \u0153uvre.<\/p>\n<figure id=\"attachment_130893\" aria-describedby=\"caption-attachment-130893\" style=\"width: 800px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-130893 size-full\" src=\"https:\/\/www.pariszigzag.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Labille-Guiard-Autoportrait-avec-deux-eleves-Femmes-artistes-Romane-Fraysse-Paris-ZigZag.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"1114\" srcset=\"https:\/\/www.pariszigzag.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Labille-Guiard-Autoportrait-avec-deux-eleves-Femmes-artistes-Romane-Fraysse-Paris-ZigZag.jpg 800w, https:\/\/www.pariszigzag.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Labille-Guiard-Autoportrait-avec-deux-eleves-Femmes-artistes-Romane-Fraysse-Paris-ZigZag-215x300.jpg 215w, https:\/\/www.pariszigzag.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Labille-Guiard-Autoportrait-avec-deux-eleves-Femmes-artistes-Romane-Fraysse-Paris-ZigZag-735x1024.jpg 735w, https:\/\/www.pariszigzag.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Labille-Guiard-Autoportrait-avec-deux-eleves-Femmes-artistes-Romane-Fraysse-Paris-ZigZag-768x1069.jpg 768w, https:\/\/www.pariszigzag.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Labille-Guiard-Autoportrait-avec-deux-eleves-Femmes-artistes-Romane-Fraysse-Paris-ZigZag-359x500.jpg 359w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-130893\" class=\"wp-caption-text\">Adela\u00efde Labille-Guiard, Autoportrait avec deux \u00e9l\u00e8ves, 1785<\/figcaption><\/figure>\n<p>Ainsi, la fin du XVIIIe si\u00e8cle voit \u00e9merger les <strong>premiers autoportraits f\u00e9minins<\/strong>. C\u2019est en 1782 au Salon de la Correspondance que les peintres <strong>Elisabeth Vig\u00e9e Le Brun <\/strong>et <strong>Ad\u00e9la\u00efde Labille-Guiard<\/strong> exposent pour la premi\u00e8re fois un autoportrait les repr\u00e9sentant en train de travailler. C\u2019est un moment d\u00e9cisif, o\u00f9 la femme sort du carcan masculin pour devenir son propre sujet. Plus aucun obstacle ne vient d\u00e9tourner leur pinceau\u00a0: elles font face \u00e0 elles-m\u00eames comme dans le reflet d\u2019un miroir. Et par cela, elles s\u2019affirment comme des cr\u00e9atrices, la palette \u00e0 la main, pr\u00eates \u00e0 d\u00e9fendre leur pens\u00e9e souveraine. L\u2019autoportrait n\u2019est donc plus une affaire d\u2019homme, tout comme les th\u00e9matiques historiques et mythologiques que des peintres telles que Constance Charpentier d\u00e9sirent s\u2019approprier au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle. Soutenue par son ma\u00eetre David, elle expose dans de nombreux salons parisiens et conna\u00eet un certain succ\u00e8s avec <em>La M\u00e9lancolie<\/em>, une figure \u00e0 l\u2019antique associ\u00e9e \u00e0 un paysage d\u00e9j\u00e0 romantique.<\/p>\n<figure id=\"attachment_130894\" aria-describedby=\"caption-attachment-130894\" style=\"width: 800px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img alt=\"Camille Claudel, L&#039;Abandon, 1888\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-130894 size-full\" src=\"https:\/\/www.pariszigzag.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Cacountala_ou_labandon_Camille_Claudel_1888-Femmes-artistes-Romane-Fraysse-Paris-ZigZag.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"965\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-130894\" class=\"wp-caption-text\">Camille Claudel, L\u2019Abandon, 1888<\/figcaption><\/figure>\n<p>Cette f\u00e9minisation de l\u2019art dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du si\u00e8cle fait peu \u00e0 peu advenir <strong>un sujet f\u00e9minin plus r\u00e9aliste<\/strong>, \u00e9loign\u00e9 des canons de beaut\u00e9.\u00a0Des peintres comme Marie Cassatt ou <a href=\"https:\/\/www.pariszigzag.fr\/sortir-paris\/tendances-culture\/suzanne-valadon-une-artiste-passionnee-muse-et-amante-de-montmartre\/\">Suzanne Valadon<\/a> prennent la rel\u00e8ve en pr\u00e9sentant des portraits f\u00e9minins qui sondent la psychologie de leurs sujets, repr\u00e9sent\u00e9s dans des sc\u00e8nes de la vie quotidienne. Avec ses cernes noirs et ses couleurs franches, Valadon montre la nudit\u00e9 des femmes prenant leur bain dans tout le naturel de leur intimit\u00e9. Le nu, qui \u00e9tait jusqu\u2019ici d\u00e9fendu aux artistes f\u00e9minines, devient un sujet privil\u00e9gi\u00e9 pour se r\u00e9approprier l\u2019image de leur corps, et par cela, de leur esprit.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin du XIXe si\u00e8cle, <strong>Camille Claudel<\/strong> ira plus loin en repr\u00e9sentant le d\u00e9sir \u00e9rotique des femmes dans plusieurs de ses sculptures, comme dans la lascivit\u00e9 tr\u00e8s moderne du couple de l\u2019<em>Abandon<\/em>, expos\u00e9 \u00e0 Paris en 1888. Une femme aux muscles saillants domine un homme agenouill\u00e9 dans une posture tr\u00e8s sensuelle. Sans jeu de pouvoir, cet entrelacement des deux corps montre un don de soi r\u00e9ciproque, qui ferait presque confondre les deux sexes. Bien que Camille Claudel ait longtemps \u00e9t\u00e9 d\u00e9nigr\u00e9e par l\u2019<em>intelligentsia<\/em> parisienne de l&rsquo;\u00e9poque, sa sensibilit\u00e9 cr\u00e9atrice en fait une artiste essentielle, qui est miraculeusement parvenue \u00e0 s\u2019assurer une post\u00e9rit\u00e9 dans un r\u00e9cit historique intransigeant et avant tout masculin.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><span style=\"color: #000080;\"><strong>Romane Fraysse<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><span style=\"color: #000080;\"><strong>Cr\u00e9dit photo de Une : <\/strong><\/span><em>Famille V\u00e9nus, Atelier Nadar, 1891<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De la R\u00e9volution fran\u00e7aise \u00e0 la Commune de Paris, la soci\u00e9t\u00e9 patriarcale du XIXe si\u00e8cle a vu progressivement \u00e9merger une figure toute nouvelle, celle de la femme artiste. 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