{"id":272128,"date":"2026-10-06T11:50:55","date_gmt":"2026-10-06T09:50:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pariszigzag.fr\/?p=272128"},"modified":"2026-10-08T09:02:41","modified_gmt":"2026-10-08T07:02:41","slug":"kerastase-histoire-meconnue-marque-nee-a-paris","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pariszigzag.fr\/insolite\/kerastase-histoire-meconnue-marque-nee-a-paris\/","title":{"rendered":"K\u00e9rastase, l&rsquo;histoire m\u00e9connue d&rsquo;une marque n\u00e9e \u00e0 Paris"},"content":{"rendered":"<p>Vous avez forc\u00e9ment crois\u00e9 ses flacons noirs et dor\u00e9s sur la tablette d&rsquo;un salon de coiffure, entre le bac \u00e0 shampoing et la caisse. K\u00e9rastase fait partie de ces noms que l&rsquo;on prononce sans se demander d&rsquo;o\u00f9 ils viennent. La r\u00e9ponse tient dans quelques adresses parisiennes, un chimiste t\u00eatu et une intuition commerciale vieille d\u2019un si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Car avant les rituels sur mesure et les diagnostics capillaires, il y a eu un deux-pi\u00e8ces du 1<sup>er<\/sup> arrondissement, une paillasse d\u2019\u00e9vier et un coiffeur qui posait la bonne question.<\/p>\n<h2>Tout commence dans un deux-pi\u00e8ces de la rue d\u2019Alger<\/h2>\n<p>Nous sommes en 1907. Eug\u00e8ne Schueller, jeune chimiste form\u00e9 \u00e0 l\u2019Institut de chimie appliqu\u00e9e de Paris, travaille comme pr\u00e9parateur \u00e0 la Pharmacie centrale de France. Un coiffeur-barbier lui demande s\u2019il serait possible de fabriquer une teinture capable de couvrir les cheveux blancs sans agresser le cuir chevelu. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, les colorations disponibles provoquent assez d\u2019accidents pour que les m\u00e9decins s\u2019en m\u00e9fient ouvertement.<\/p>\n<p>Schueller s\u2019y attelle chez lui, dans son appartement de la rue d\u2019Alger, \u00e0 deux pas des Tuileries. La cuisine sert de laboratoire, la salle \u00e0 manger de salle de d\u00e9monstration. Il met au point une p\u00e2te colorante dont l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 doit beaucoup \u00e0 la f\u00e9cule de pomme de terre que lui envoie sa famille alsacienne. Il la baptise l\u2019Aur\u00e9ale. En novembre de la m\u00eame ann\u00e9e, il d\u00e9pose son proc\u00e9d\u00e9.<\/p>\n<p>La suite ressemble \u00e0 un manuel de l\u2019entrepreneur d\u00e9butant. Il fabrique la nuit, vend le matin et livre l\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 v\u00e9lo, aux salons parisiens. Le 30 juillet 1909, il fonde avec un associ\u00e9 la Soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise de teintures inoffensives pour cheveux, domicili\u00e9e au 7 bis rue du Louvre. Trois ans plus tard, il rach\u00e8te une revue professionnelle lue dans les salons, La Coiffure de Paris, o\u00f9 il tient lui-m\u00eame la rubrique scientifique.<\/p>\n<p>Retenez ce d\u00e9tail, il explique tout le reste. D\u00e8s l\u2019origine, la maison ne parle pas au grand public. Elle parle aux coiffeurs, qui prescrivent ses produits \u00e0 leurs clientes. K\u00e9rastase na\u00eetra de cette conviction, cinquante-sept ans plus tard.<\/p>\n<h2>1964, l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 le soin entre dans les salons<\/h2>\n<p>Entre-temps, l\u2019entreprise a grandi. Elle lance DOP en 1934, premier shampoing sans savon, prend le nom de L\u2019Or\u00e9al et s\u2019installe en 1939 au 14 rue Royale, \u00e0 quelques m\u00e8tres de la Madeleine. Une adresse qui restera longtemps celle du groupe, aujourd\u2019hui install\u00e9 \u00e0 Clichy dans un centre qui porte le nom de son fondateur.<\/p>\n<p>En 1964, sous la pr\u00e9sidence de Fran\u00e7ois Dalle, la Recherche avanc\u00e9e du groupe donne naissance \u00e0 une marque r\u00e9serv\u00e9e aux salons. Le pari para\u00eet \u00e9trange \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Jusque-l\u00e0, un produit capillaire sert \u00e0 laver. K\u00e9rastase propose autre chose, du soin, vendu plus cher, prescrit par un professionnel apr\u00e8s examen de la chevelure. Autrement dit, on transpose au cheveu la logique du soin du visage.<\/p>\n<p>Le succ\u00e8s vient vite. Dans les ann\u00e9es qui suivent, la marque \u00e9quipe les salons puis obtient d\u2019y \u00eatre vendue au d\u00e9tail, ce qui change tout pour les coiffeurs, qui deviennent commer\u00e7ants autant que techniciens. Le premier masque capillaire, le premier shampoing pens\u00e9 pour des racines grasses et des pointes s\u00e8ches, le premier s\u00e9rum, s\u2019alignent au fil des d\u00e9cennies. Les gammes <a href=\"https:\/\/www.parfumdo.com\/640_kerastase\">K\u00e9rastase<\/a> ont depuis d\u00e9bord\u00e9 du cadre du salon, puisqu\u2019on les trouve aussi en parfumerie en ligne. Le diagnostic en cabine reste pourtant la signature de la maison.<\/p>\n<h2>Pourquoi les shampoings s\u2019y appellent-ils des bains ?<\/h2>\n<p>C\u2019est le genre de d\u00e9tail qui trahit une intention. Chez K\u00e9rastase, on ne vend pas un shampoing mais un bain. Pas un apr\u00e8s-shampoing mais un fondant. Ailleurs dans la gamme, on croise des masques, des ciments, des \u00e9lixirs et des s\u00e9rums. Le vocabulaire est emprunt\u00e9 au soin de la peau et \u00e0 la pharmacie, jamais \u00e0 l\u2019hygi\u00e8ne.<\/p>\n<p>Cette grammaire maison a une fonction tr\u00e8s concr\u00e8te. Elle installe l\u2019id\u00e9e d\u2019un rituel en plusieurs gestes, donc d\u2019un panier moyen qui ne se limite pas \u00e0 un flacon. Elle justifie aussi le passage par un professionnel, seul capable d\u2019articuler les \u00e9tapes. En 2011, la marque pousse la logique jusqu\u2019au bout avec un soin dos\u00e9 \u00e0 la demande en salon, m\u00e9lang\u00e9 devant la cliente selon son diagnostic.<\/p>\n<h2>De la loupe du coiffeur au diagnostic assist\u00e9 par ordinateur<\/h2>\n<p>Soixante ans plus tard, le rituel n\u2019a pas chang\u00e9 de nature, seulement d\u2019outils. Le coiffeur regardait la chevelure, palpait les longueurs et posait trois questions sur le rythme de vie de sa cliente. Les salons proposent aujourd\u2019hui des analyses du cheveu et du cuir chevelu assist\u00e9es par l\u2019intelligence artificielle, avec recommandation de routine \u00e0 la cl\u00e9.<\/p>\n<p>Le fond reste identique. Il s\u2019agit toujours de transformer un achat banal en consultation, puis un flacon en prescription. C\u2019est le mod\u00e8le invent\u00e9 au d\u00e9but du si\u00e8cle dernier, quand Schueller tenait sa rubrique scientifique dans un journal de coiffeurs, augment\u00e9 d\u2019un si\u00e8cle de laboratoire.<\/p>\n<p>Entre-temps, les gammes ont \u00e9pous\u00e9 les \u00e9volutions du march\u00e9, avec des lignes d\u00e9di\u00e9es aux cheveux affaiblis, aux boucles ou aux cuirs chevelus sensibles. La marque a souffl\u00e9 ses soixante bougies en 2024, un \u00e2ge respectable pour un produit que personne n\u2019avait demand\u00e9 en 1964.<\/p>\n<h2>Une marque n\u00e9e \u00e0 Paris, fabriqu\u00e9e \u00e0 Burgos<\/h2>\n<p>Voil\u00e0 le genre d\u2019information que les campagnes mettent rarement en avant. K\u00e9rastase revendique ses racines parisiennes. C\u2019est parfaitement exact sur le plan de l\u2019histoire. Ses produits, eux, sortent d\u2019usines situ\u00e9es \u00e0 Burgos, en Espagne, comme la marque l\u2019indique elle-m\u00eame dans sa foire aux questions.<\/p>\n<p>Il n\u2019y a rien de scandaleux l\u00e0-dedans, c\u2019est le fonctionnement normal d\u2019un groupe industriel europ\u00e9en. Mais cela rappelle ce que recouvre la mention Paris sur un flacon de cosm\u00e9tique. Elle d\u00e9signe une origine, une direction artistique et un centre de d\u00e9cision, rarement un atelier.<\/p>\n<h2>O\u00f9 croiser cette histoire dans Paris ?<\/h2>\n<p>La promenade est courte et se fait tr\u00e8s bien \u00e0 pied. On part de la rue d\u2019Alger, dans le 1er, o\u00f9 Schueller bricolait sa teinture. On rejoint le 7 bis rue du Louvre, si\u00e8ge de la toute premi\u00e8re soci\u00e9t\u00e9. On remonte ensuite vers le 14 rue Royale, l\u2019adresse historique du groupe, avant de finir rue Saint-Honor\u00e9, o\u00f9 la marque a ouvert au milieu des ann\u00e9es 2010 son premier institut parisien, au num\u00e9ro 277.<\/p>\n<p>Aucun de ces lieux ne s\u2019annonce par une plaque comm\u00e9morative. C\u2019est peut-\u00eatre ce qui rend la balade amusante. Entre une boutique de luxe et un immeuble haussmannien anonyme, il y a la trace d\u2019une industrie n\u00e9e d\u2019une question pos\u00e9e par un coiffeur \u00e0 un chimiste, un jour de 1907, dans une officine parisienne.<\/p>\n<p>La prochaine fois qu\u2019un coiffeur vous tendra un flacon noir en vous expliquant ce dont vos longueurs ont besoin, vous saurez qu\u2019il reproduit un geste invent\u00e9 rue d\u2019Alger, dans une cuisine, il y a plus de cent ans.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vous avez forc\u00e9ment crois\u00e9 ses flacons noirs et dor\u00e9s sur la tablette d&rsquo;un salon de coiffure, entre le bac \u00e0 shampoing et la caisse. K\u00e9rastase fait partie de ces noms que l&rsquo;on prononce sans se demander d&rsquo;o\u00f9 ils viennent. 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