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Cet hôpital méconnu au large de Marseille servait à soigner les malades de la fièvre jaune et de la peste !

Chapelle de l'hôpital Caroline sur l'île de Ratonneau, Frioul © Acta Vista
Par Julien Mazzerbo

Au large de Marseille, sur une des îles qui compose l’emblématique Frioul se trouve un hôpital à l’abandon. Balayé par le mistral, il a été réhabilité entre 2007 et 2022 et se visite lors de rares occasions. Mais quelle est l’histoire de ce lieu mystérieux aux malades tant redoutés ?

Isolé du reste du monde

L’hôpital Caroline se trouve sur l’île de Ratonneau, à seulement quelques kilomètres du centre de Marseille. La mer Méditerranée sépare la cité phocéenne de ce lieu imprégné d’une aura austère et mystique. Et pour cause, cet ancien hôpital accueillait les marins et voyageurs malades, placés en quarantaine. Nous sommes au XIXe siècle, au début des années 1820. La ville est encore marquée par la dernière grande peste de France, en 1720, qui décime environ un tiers de la population provençale. En proie à la mouvance hygiéniste et afin de contenir une épidémie de fièvre jaune, l’Etat décide de construire un hôpital au large de la ville.

Vue sur l'hôpital Caroline, île de Ratonneau (Frioul) © M. Chêne
Vue sur l’hôpital Caroline, île de Ratonneau (Frioul) © M. Chêne

La construction débute en 1823, supervisée par l’architecte Michel-Robert Penchaud. Il est l’auteur de plusieurs monuments emblématiques de la cité phocéenne comme l’arc de triomphe de la Porte d’Aix (3e) et la façade du lycée Thiers (1er). A l’époque, on appelle un “lazaret” le lieu où les malades sont gardés en quarantaine. Avec 12 bâtiments pour un total de 3500 m², l’hôpital Caroline sert essentiellement à isoler et surveiller. La construction du bâtiment s’achève en 1828 mais l’épidémie de fièvre jaune survenue en 1820 a été largement contenue.

Vue sur l'île de Ratonneau, Frioul © Acta Vista
Vue sur l’île de Ratonneau, Frioul © Acta Vista

Guérir ou mourir 

Les premiers malades arrivent sur l’île en 1837 : au total, une cinquantaine résident sur l’île en compagnie d’une vingtaine de convalescents. Il existe deux pavillons, respectivement nommés Belsunce et Chevalier-Roze, qui ne peuvent pas communiquer entre eux. D’un côté la cour des malades, de l’autre la cour des convalescents. L’hôpital est conçu de sorte à séparer distinctement les deux entités pour éviter tout contact entre les deux groupes. Atteints du choléra, de la fièvre chaude ou encore du typhus, les malades sont soumis à un contrôle strict pour éviter toute propagation, y compris vers Marseille.

Photo de l'île de Ratonneau avec vue sur l'hôpital Caroline, date inconnue © Collection privée
Photo de l’île de Ratonneau avec vue sur l’hôpital Caroline, date inconnue © Collection privée

Seule la capitainerie située au centre permet d’accéder à toutes les parties de l’infrastructure. Bains, infirmerie, morgue… Un cimetière surplombe d’ailleurs l’hôpital, abritant les dépouilles de celles et ceux qui n’ont pas survécu. Une autre particularité lui vaut d’être surnommé l’”hôpital du vent“. A l’époque, on pensait que la ventilation permettait d’assainir l’espace. Chaque partie du bâtiment est traversée par des courants d’air permanents. De plus, l’île tire partie de son environnement : le personnel utilisait l’eau de mer ou l’eau de pluie pour répondre aux besoins de l’hôpital. En 1900, l’établissement accueille 35 malades de la peste.

Vue sur l'hôpital Caroline, île de Ratonneau (Frioul) © M. Chêne
Vue sur l’hôpital Caroline, île de Ratonneau (Frioul) © M. Chêne

Un “temple à l’allure antique”

Mais pourquoi ce nom ? L’hôpital rend hommage à Marie-Caroline de Bourbon-Siciles, princesse italienne et épouse du deuxième fils du roi Charles X. Elle est placée en quarantaine à son arrivée à Marseille en prévention de la peste et avant de poursuivre son voyage vers Paris. Mais d’autres mystères se trouvent sur l’île de Ratonneau : quel est ce temple à l’allure antique situé au centre de l’hôpital ? Il fait office de chapelle pour les malades et les convalescents… qui n’y ont pas directement accès ! A l’origine, le temple était couvert de vitres pour permettre aux patients alités d’assister aux cérémonies.

Vue sur la chapelle de l'hôpital Caroline © M. Chêne
Vue sur la chapelle de l’hôpital Caroline © M. Chêne

Marches, colonnes, chapiteaux, tympan peint… Si le temple a subi les épreuves du temps, il n’a en revanche rien perdu de sa superbe. Les derniers malades sont accueillis sur l’île de Ratonneau en 1941, en pleine Occupation. L’édifice, converti en hôpital militaire, devient un dépôt d’armes pour l’armée allemande. En 1944, l’aviation française bombarde l’île, entraînant la destruction d’une grande partie des infrastructures. La ville de Marseille acquiert l’ensemble du Frioul en 1978 et l’hôpital Caroline est classé monument historique en 1980. En contrebas de l’île de Ratonneau, la plage Saint-Estève reste  à l’abandon.

Vue sur l'île de Ratonneau et l'hôpital Caroline, Frioul © Wikimedia Commons
Vue sur l’île de Ratonneau et l’hôpital Caroline, Frioul © Wikimedia Commons

Réhabilitation 

Mais l’hôpital Caroline n’a pas tiré sa révérence ! Dans les années 1980, des passionnés s’empressent de restaurer une partie des infrastructures, dont certaines ont vocation à rester en ruine pour commémorer le passé. En 2007, l’association Acta Vista investit les lieux avec un chantier d’insertion pour les demandeurs d’emploi. Charpenterie, maçonnerie, menuiserie… Un important travail de réhabilitation est réalisé. Murs et toitures sont rénovés, respectivement avec de la chaux traditionnelle et du bois. Si vous souhaitez visiter l’hôpital Caroline, rendez-vous aux journées européennes du patrimoine les 21 et 22 septembre 2024 ! Cerise sur le gâteau : l’île fait face à l’intemporel château d’If.

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Image à la une : Chapelle de l’hôpital Caroline sur l’île de Ratonneau, Frioul © Acta Vista

Sources : Acta Vista, Franceinfo, La Croix, Made in Marseille, Office de tourisme de Marseille, Parc national des calanques, RCF Radio

Julien Mazzerbo