Abbaye de Port-Royal : histoire d’une controverse religieuse

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Au cœur de la Rive Gauche se trouve le quartier de Port-Royal. Une station de RER et plusieurs rues adjacentes portent le même nom. Mais pourquoi Port-Royal ? On trouve en effet une Abbaye Port-Royal dans le quartier, mais également une autre à l’extérieur de Paris. Y a t-il un lien entre les deux ? Petit retour sur l’histoire de l’abbaye de Port-Royal, qui a été au cœur d’une des plus grandes controverses religieuses de Paris.

Un début à la campagne

Un monastère féminin est fondé en 1204 dans les actuelles Yvelines. Tout s’y passe dans la plus grande tranquillité jusqu’en 1608. C’est à ce moment que la Mère Angélique Arnauld mène une grande réforme pour remettre sur pied la spiritualité au sein du groupe. Des rumeurs courent sur le mauvais esprit des pensionnaires qui ne seraient pas très pieuses… D’une main de fer, cette abbesse élue à seulement 11 ans redresse Port-Royal.

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Abbaye Port-Royal des Champs en 1674

C’est elle qui décide en 1625 d’acheter un hôtel faubourg Saint-Jacques à l’intérieur de Paris pour échapper à une épidémie de paludisme. Une distinction s’installe au moment du déménagement intramuros de la plupart des religieuses. L’abbaye de Port-Royal se trouve au Nord-Est du XIVème arrondissement de Paris alors que l’abbaye de Port-Royal-des-Champs est à la campagne à l’extérieur de Paris.

Port-Royal de Paris

Le lieu où s’installent les religieuses est l’ancien Hôtel de Clagny. Construit au milieu du 16ème siècle par Pierre Lescot, architecte pour cinq rois de France, il a été donné par son neveu Léon à Angélique Arnauld en échange de 1 500 livres de rente. L’abbesse y fait construire plusieurs bâtiments dont une chapelle bénie en 1648. On fait également ériger un monastère, qui sépare l’espace public et celui réservé aux religieuses. La spiritualité de Port-Royal relève grandement du courant janséniste. Ce choix va l’ancrer dans une importante controverse qui le mènera à sa perte.

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La mère Angélique Arnauld, par Philippe de Champaigne

Contre le Pape et le roi

Fondé au 17e et 18e siècle, le Jansénisme est un courant théologique qui se base sur la doctrine de Saint Augustin. De nombreux conflits naissent entre les jansénistes et les autorités en place. Le trop grand pouvoir du Saint-Siège est, entre autres, remis en cause par le mouvement. D’ailleurs, en 1653, le pape les condamne pour plusieurs propositions de leur livre fondateur, L’Augustinus, qu’il juge hérétique. Le roi est également dans la ligne de mire de ce courant. À l’époque, les plus grands opposants à la Monarchie absolue sont des jansénistes.

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Chapelle de Port-Royal © Caty Reneaux / Paris ZigZag

La fin du Jansénisme

En 1664, l’archevêque de Paris fait circuler une ordonnance condamnant les propositions de l’Augustinus adoptées par les jansénistes. Cette dernière doit être signée par tous les religieux. Sur environ 90, seule une dizaine des sœurs de Port-Royal accepte de s’y soumettre. Les autres sont expulsées et certaines d’entre elles peuvent regagner Port-Royal-des-Champs. Mais cet épisode est le début de la fin pour Port-Royal et pour le jansénisme. En 1707, Louis XIV confisque les biens de Port-Royal-des-Champs et l’archevêque finit par confirmer la suppression du monastère. L’Abbaye de la maison mère est rasée en 1713. Quand à Port-Royal de Paris, les religieuses qui y résident ne sont plus jansénistes mais visitandines et y restent jusqu’à la Révolution Française.

Port-Royal après la Révolution

La fin du 18ème rime avec la fin de la vocation religieuse de Port-Royal. Après la Révolution française, l’Abbaye devient une prison, Port-Libre, puis l’Hospice de la Maternité en 1795. Deux siècles plus tard, en 1966, la Maternité Port-Royal s’y établie. Aujourd’hui, tout cet espace est intégré à l’hôpital Cochin.

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Le cloître de Port-Royal © LPLT

Que reste-t-il de Port-Royal ?

Malgré les fusions et les évolutions, plusieurs bâtiments ont été conservés de l’époque de l’Abbaye. En l’occurrence, le cloître, la chapelle, la salle capitulaire et le chœur des religieuses sont toujours visibles, mais uniquement au moment des offices. L’ensemble est classé monument historique, conservé dans la structure hospitalière à laquelle on peut accéder Boulevard de Port-Royal, comme son nom l’indique.

Image à la Une : crédits LPLT