Les secrets du Val-de-Grâce

Ancienne Abbaye Val de Grace Paris ZigZag

Val-de-Grâce. Ces trois petits mots écrits côte à côte titillent l’imagination de n’importe quel Français. En effet, cet ancien hôpital des armées a accueilli, jusqu’à sa fermeture en 2016, quelques unes des plus grandes personnalités politiques et diplomatiques du XXe siècle : François Mitterrand, Jacques Chirac, Yasser Arafat, Abdelaziz Bouteflika ou encore l’Abbé Pierre figurent parmi les patients les plus emblématiques de l’établissement. Bref, “le Val” est une machine à fantasme. On vous dévoile quelques uns de ses secrets !

400 ans d’histoire : une abbaye royale devenue hôpital militaire à la Révolution

Fondée au XVIIe siècle par Anne d’Autriche, l’Abbaye royale du Val-de-Grâce est installée sur un ancien terrain de la couronne alors situé hors des murs de la capitale, dans le faubourg Saint-Jacques. Dès 1621, la reine de France installe une communauté de religieuses profondément dévotes à Paris. La future régente, qui ne parvient pas à donner un héritier à la couronne, aime s’y retirer pour se ressourcer et prier la Nativité. Par ailleurs, elle promet d’élever « un temple magnifique » à Dieu si ce dernier lui envoie un fils. Ce sera chose faite le 1er avril 1645 : ce jour -là, c’est l’enfant tant attendu, Louis XIV, qui pose la première pierre de l’église abbatiale !

Val de Grace

Façade de l’église du Val-de-Grâce, rue Saint-Jacques. © NonOmnisMoriar

En 1793, la Convention affecte l’abbaye, devenue bien national, à un hôpital militaire. Cette vocation sera dès lors conservée. Aujourd’hui, les 2,7 hectares de l’ancienne abbaye abritent non seulement l’Église Notre-Dame du Val-de-Grâce, mais également l’École d’application du service de santé des armées, l’ancien hôpital du Val-de-Grâce vidé de ses patients, le musée du service de santé des armées, ainsi que la bibliothèque centrale du service de santé des armées.

Le théâtre d’un scandale d’état : l’affaire du Val-de-Grâce

Dans les années 1630, Anne d’Autriche se rend très régulièrement au Val-de-Grâce afin de profiter de la présence des sœurs bénédictines qu’elle apprécie tout particulièrement. Si calme soit la vie de la reine dans ce tranquille couvent, le scandale surgit pourtant à l’aube de l’année 1637 : la reine de France ne se contenterait pas de prier Dieu entre les murs de l’abbaye, elle y entretiendrait, dit-on, une correspondance avec l’Espagne, son pays natal.

Anne d'autriche Louis Philippe

Anna d’Autriche et ses deux enfants, Louis et Philippe

Un échange épistolaire mal venu quand on sait que la France et l’Espagne sont en guerre depuis 1635. Les autorités manquent pourtant de preuves et la reine échappe de peu à la répudiation. Finalement, elle tombe enceinte quelques semaines plus tard du dauphin Louis-Dieudonné, futur Louis XIV. Tout est bien qui finit bien !

Les militaires avant tout 

L’inauguration de l’hôpital “moderne” a lieu en janvier 1979. Cette renaissance érige l’établissement en hôpital hybride, à la fois militaire et civil : tout un chacun peut dès lors être dirigé vers un médecin du Val-de-Grâce. Devenu en quelques années un emblème de l’excellence médicale française, le Val-de-Grâce reste composé principalement d’employés militaires.

En effet, médecins, pharmaciens, dentistes et infirmiers sont tous des membres de l’armée qui ont fait l’objet d’une enquête de loyauté de la part du Département d’Evaluation et d’Information et de la direction centrale du service de santé des armées. Et qui dit armée, dit secret-défense. Voilà sans doute la raison pour laquelle tant de personnalités puissantes sont passées par les chambres VIP de cet emblématique hôpital !

Fermé depuis juillet 2016, l’ancien hôpital est aujourd’hui convoité par des promoteurs privés et des ministères qui souhaitent utiliser son terrain à des fins très variées : un pôle de recherche et d’innovation thérapeutique, un établissement pour accueillir des personnes mal-logées ou encore un centre de renseignement du ministère de l’Intérieur font ainsi partie des nombreuses pistes étudiées pour réhabiliter le site.