Notre-Dame : retour sur un mythe

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Notre-Dame de Paris a pris feu lundi 15 avril 2019. Des centaines de pompiers se sont relayés pour sauver la vieille dame des flammes et ont pu arrêter le feu après des heures de lutte.

L’incendie, causé accidentellement, a débuté lundi en fin de journée vers 18h50 et a duré plusieurs heures. Sous les yeux ébahis des passants, la flèche s’est effondrée et la toiture a brûlé. Miraculeusement, les deux tours ont pu être sauvées, menaçant un temps de s’effondrer.

Paris se réveille les yeux mouillés, perdu et chamboulé de voir un de ces plus beaux symboles historiques ébranlé. Un morceau d’histoire parisien, français, mondial s’est effondré en quelques heures, mais l’âme des Parisiens est toujours plus brûlante de passions et de vie pour célébrer la beauté de sa ville et de ses édifices.

Une collecte de dons a été lancée par la Fondation du Patrimoine pour sa reconstruction. Les dons ont commencé à affluer (100 millions d’euros débloqués par la société d’investissement Artemis de la famille Pinault, 200 millions par le groupe LVMH et la famille Arnault), certains souhaitent même que la réduction d’impôts passe de 66 à 90%.

Ce qui est sûr c’est qu’il faudra des dizaines d’années pour reconstruire cette reine parisienne, tout comme il a fallu des centaines d’années pour la voir se dresser sur l’Île de la Cité.

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Retour sur son histoire…

La cathédrale a été construite sur les vestiges de plusieurs églises

On sait tous que cet immense édifice de l’Île de la Cité a mis presque deux siècles à sortir de terre, mais peu savent qu’elle a pris la place d’autres lieux de culte, sans doute aussi importants qu’elle. L’emplacement où se trouve la Cathédrale Notre-Dame de Paris aurait accueilli au moins deux églises catholiques à la fin du haut Moyen-Âge. Une église dédiée à la Vierge Marie et une autre à Saint-Étienne, Évêque de Rome au IIIe siècle. Avant cela, d’autres lieux de cultes, dont une église paléochrétienne du IVe siècle et une basilique carolingienne auraient été établis à cet emplacement.

Les dimensions de l’édifice suivent les mesures de  « la divine proportion »

1,61803398875… Ce nombre fascine autant qu’il interroge. La beauté et l’harmonie d’un édifice se trouvent-elles dans ce nombre d’or ? C’est en tout cas ce qu’ont pensé les architectes de la cathédrale puisqu’ils l’ont construite en suivant ses canons. Les mesures de la façade occidentale sont donc celles d’un rectangle d’or. En effet, si l’on divise la hauteur de la façade par sa largeur, on obtient approximativement le nombre d’or. On peut également retrouver des rectangles d’or au niveau des encadrements des portes, la porte centrale exceptée, ainsi qu’au deuxième étage, entre le vitrail principal et les deux tours.

La façade occidentale de Notre-Dame de Paris

La cathédrale abrite une véritable « forêt »

Une forêt dans la cathédrale ? Presque… Ce surnom vient du grand nombre de poutres qu’il a fallu utiliser pour la mettre en place, chaque poutre provenant d’un arbre différent. 1 300 chênes ont ainsi été abattus pour réaliser cette immense charpente aux dimensions impressionnantes : 10 mètres de hauteur, 100 mètres de long, 13 mètres de large pour la nef et 40 pour le transept ! Pour comparer, 1 300, c’est le nombre d’arbres présents dans le parc de Bercy, étendu sur près de 14 hectares !

La "forêt" de Notre-Dame de Paris

La « forêt » de Notre-Dame de Paris

Les rois de la galerie de Juda ont été décapités, leurs têtes retrouvées 200 ans plus tard !

La longue galerie de 28 statues qui serpente la façade principale ne représente pas les rois de France, comme de nombreux Parisiens l’ont cru au fil des siècles, mais les rois du Royaume de Juda. Une information que les révolutionnaires n’avaient pas ! En 1793, ils ont donc décidé de monter sur la façade afin de décapiter toutes les statues, une à une. Portées disparues pendant deux siècles, la plupart des têtes (21 exactement) ont été retrouvées par hasard en 1977, dans la cour d’un hôtel particulier du 9e arrondissement, au 20 rue de Chaussée-d’Antin. Elles sont désormais conservées au Musée national du Moyen Âge de Cluny.

Les têtes des rois de Juda retrouvées en 1977

Les têtes des rois de Juda retrouvées en 1977. © Musée national du Moyen Âge de Cluny

Viollet-le-Duc, un Hitchcock avant l’heure

Notre chère cathédrale ne serait pas ce qu’elle est sans ce bon Viollet-le-Duc qui a rénové le vieil édifice au XIXe siècle. Certaines statues n’auraient même pas le même visage ! L’architecte s’est en effet octroyé, non pas un, mais deux cameos statuaires. Au moment de rendre leurs têtes aux rois décapités, l’architecte décide qu’il en fera sculpter une à son effigie… La huitième statue en partant de la gauche est donc une représentation de lui-même ! Et parce qu’être roi ne devait pas lui suffire, il s’est aussi représenté en Apôtre, le seul à être face à l’édifice, montant sur la flèche de la cathédrale. Une manière comme une autre de signer son oeuvre…

Les cameos de Viollet-le-Duc

Photo de gauche, Eugène Viollet-le-Duc représenté en tant que roi (au centre). Photo de droite, Eugène Viollet-le-Duc représenté en tant qu’Apôtre.

Notre-Dame a servi d’entrepôt

Sous l’Ancien Régime, la cathédrale Notre-Dame de Paris a beau être l’une des plus grandes cathédrales d’Occident, elle n’est encore qu’un lieu de culte parmi d’autres. Si quelques mariages royaux ont eu lieu dans son enceinte, elle n’a connu que peu de grands événements. Pendant des siècles, on lui préfère la basilique Saint-Denis pour accueillir les dépouilles des rois de France, la cathédrale de Reims pour procéder aux couronnements, la Sainte-Chapelle voisine pour abriter les plus précieuses reliques de la chrétienté.

Peu considérée par la population, la cathédrale fait partie des premiers édifices religieux parisiens à être pillés à l’aube de la Révolution Française. Les verrières et vitraux sont brisés, la statuaire vandalisée, les pavements défoncés. C’est un édifice déjà mal en point qui devient bien national lorsque débute le processus de déchristianisation mené par le gouvernement révolutionnaire de Paris à partir de 1792. Le 10 novembre 1793, la cathédrale désaffectée devient un Temple de la Raison, reconverti pour y organiser le culte de la Raison et de l’Être suprême. Elle devient, dans le même temps, un entrepôt pour des milliers de tonneaux de vins de l’armée révolutionnaire du Nord. Son sort est scellé pour les neuf prochaines années.

Notre-Dame de Paris

Notre-Dame de Paris à la fin du XIXe siècle, après les rénovations entreprises par l’architecture Eugène Viollet-le-Duc.

Il faut attendre 1801 et l’arrivée de Napoléon pour que la cathédrale soit rendue au culte catholique. Quelques mois plus tard, le 18 avril 1802, la première grande cérémonie de l’ère post-révolutionnaire aura lieu : Bonaparte et les officiels du Consulat assistent à la messe de Pâques consacrant solennellement la promulgation du Concordat. Si Napoléon choisira d’y être sacré empereur en décembre 1804, ce n’est qu’en 1831 que l’édifice connaîtra l’engouement populaire grâce à Victor Hugo qui publie son quatrième roman, Notre-Dame de Paris.