Les Sanson, bourreaux de père en fils

20 février 2017

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En arpentant les allées du grand cimetière de Montmartre du côté de la 20e division, il est possible de découvrir, non loin des sépultures d’Hector Berlioz et Emile Zola, l’un des plus anciens caveaux de la capitale : celui des Sanson. Pendant six générations, cette dynastie a eu à sa charge l’exécution des jugements criminels ordonnés par les arrêts de justice de la ville de Paris, les « hautes oeuvres ». Mises à mort, bannissements, expositions au pilori, tortures et châtiments corporels, de lourdes responsabilités ont pesé sur cette lignée venue de Normandie. Retour sur son histoire.

De Rouen à Paris, des bourreaux dynastiques

Afin de comprendre comment une telle dynastie a pu exister, chaque génération prenant la succession de la précédente, il faut se replonger dans la France du Moyen-Âge, ses coutumes et ses pratiques. En effet, dès le XIIIe siècle, époque à laquelle on retrouve les premières traces officielles de la profession d’ « exécuteur des hautes-oeuvres », les bourreaux et leurs familles étaient mis au ban, marginalisés. Leurs foyers devaient se situer hors de la ville et leurs maisons se distinguaient par une porte rouge. À partir du XVe siècle, les exécuteurs devaient porter en permanence un signe distinctif, souvent de couleur rouge pour rappeler le sang qu’ils faisaient couler. Leurs enfants n’avaient, en outre, pas le droit d’être scolarisés.

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Représentation d’un bourreau sous Louis XV, oeuvre réalisée aux alentours de 1843.

Rapidement, les bourreaux ont donc été obligés de se marier entre eux et leurs enfants forcés de reprendre le flambeau de leurs parents. D’où l’apparition, au fil des siècles, de nombreuses dynasties : les Larousse à Bourges, les Jouënne à Rouen, les Zelle à Soissons, les Roch à Nancy et, la plus connue d’entre elles, les Sanson à Paris.

Aux origines de la famille Sanson

Né à la fin du règne de Louis XIII en Normandie, Charles est le premier Sanson à tenir un rôle d’exécuteur… contre son gré. Cet officier normand a, en effet, eu le mauvaise idée de prendre pour maîtresse une jeune femme, Marguerite, dont il ne connaissait pas la famille. Surpris par le père de cette dernière, le bourreau de Rouen Pierre Jouënne, le malheureux dût l’épouser en 1675 et prendre le rôle conféré aux hommes de la famille, celui d’exécuteur. Charles connaîtra finalement une belle carrière : arrivé à Paris en 1687, il lui faudra moins d’un an pour y obtenir la poste de grand bourreau de Paris.

Son fils Charles second, puis son petit-fils Charles Jean-Baptiste, prendront son relai au pied de l’échafaud, avant que son arrière petit-fils Charles-Henri, le plus connu d’entre eux, ne s’engage à son tour en tant que bourreau, malgré son aversion pour la profession familiale.

Charles-Henri, dit le « grand Sanson »

Lorsque surgissent les prémices de la Révolution au printemps 1789, Charles-Henri Sanson tient le poste de maître exécuteur depuis déjà trente ans. Par sa profession et son expérience, il jouera donc un rôle essentiel dans la création de la machine qui symbolisera la mise à mort légale en France : la guillotineLe 25 septembre 1791, l’Assemblée signe un décret imposant que « tout condamné à mort [ait] la tête tranchée ». Jusque là, les condamnations capitales prenaient différentes formes selon la nature du crime et le statut du condamné. La décapitation, privilège réservé aux nobles, était rarement réalisée et, le cas échéant, toujours effectuée au sabre.

Sanson fait donc rapidement part à l’Assemblée de son dépit face à cette décision :  enchaîner les décapitations au sabre serait une source de fatigue trop importante pour l’exécuteur et augmenterait les risques d’échec. Une machine, apte à suivre le rythme effréné des condamnations du futur tribunal révolutionnaire, est alors envisagée. Proposée par le médecin et homme politique Guillotin, pensée par le docteur Louis, fabriquée par le mécanicien Schmidt et le charpentier Guidon, la guillotine sera manœuvrée pour la première fois par Charles-Henri Sanson le 25 avril 1792. En moins de trois ans, plus de 2700 têtes tomberont dans le panier du grand Sanson : parmi les plus célèbres, celles du roi Louis XVI et de Marie-Antoinette, de Charlotte Corday, de Danton et Camille Desmoulins, de Robespierre et Saint-Just…

Henri-Clément ou la fin d’une dynastie

Las de ce métier qu’il n’avait pas choisi, Charles-Henri Sanson laisse son poste à son fils Henri en 1795. Le 7 mai de cette année-là, Henri Sanson coupe la tête de celui qui restera l’une des personnalités les plus virulentes de la Terreur, Antoine Fouquier-Tinville, l’implacable accusateur public du Tribunal révolutionnaire qui fit tomber le grand couperet du « rasoir national » sur plus de 2000 « ennemis de la Révolution ». Moins de cinquante ans plus tard, Henri-Clément Sanson, fils d’Henri, sera licencié de son poste pour dettes. Dernier d’une dynastie de six générations, l’homme n’officiera que pour 18 exécutions et sera remplacé par Joseph Heidenrech, fils de l’exécuteur de Mâcon et émissaire d’une autre dynastie de bourreaux.

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Gravure satirique (1794) montrant Robespierre guillotinant le bourreau après avoir fait guillotiner tous les Français (© Collection de Vinck. Un siècle d’histoire de France par l’estampe, 1770-1870. Vol. 48)

 

Cyrielle Didier