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Céleste Albaret, à l'ombre de Proust

Par Lisa

Un coup de sonnette pour un croissant. Deux pour un café. Voilà les uniques indications laissées à Céleste lorsqu’elle entre au service de Marcel Proust en 1913. À la fois gouvernante, assistante et confidente, Céleste Albaret devient finalement indispensable à l’auteur d’A la recherche du temps perdu. Portrait d’une femme dévouée et authentique à l’ombre du grand artiste…

Une histoire d’amitié

Elle est une jeune femme de 22 ans, dotée d’une éducation sommaire, débarquée de sa Lozère natale au bras de son mari. Lui est un écrivain bourgeois parisien et solitaire d’une quarantaine d’années. Si tout les oppose, une véritable amitié les unira durant les huit dernières années de la vie de l’écrivain.  

A gauche : reproduction photographique du portrait de Céleste Albaret par le peintre Jean-Claude Fourneau (huile sur toile, 1957). A droite : Jacques-Émile Blanche, Portrait de Marcel Proust (1892), Paris, musée d’Orsay.

Tout commence en 1913. Céleste Albaret, née Augustine Célestine Gineste, pose ses valises à la capitale avec son mari Odilon. Ce dernier, chauffeur de taxi de son état, sillonne les rues de Paris pour servir ses différents clients. Parmi eux, un certain Marcel Proust. Satisfait des services de son chauffeur, l’écrivain propose une mission à son épouse : apporter des livres dédicacés par ses soins à leurs destinataires. 

Un an plus tard, tout bascule : la France entre en guerre. Odilon et le majordome de Proust ne tardent pas à être mobilisés. À la demande de l’auteur, Céleste Albaret entre alors à son service comme gouvernante et s’installe à son domicile du 102 boulevard Haussmann (8e). 

Un huis-clos parisien

Le quotidien avec Marcel Proust n’est pas toujours de tout repos. “Je ne sortais pas. Je ne faisais que rester à ses ordres et à ses appels” confie-t-elle lors d’une interview télévisée à l’ORTF en 1973. “Prisonnière volontaire” de l’appartement parisien, Céleste doit s’adapter à la vie nocturne de son employeur… et à ses caprices. Il faut dire que Marcel Proust ne la ménage pas ! Au moindre coup de sonnette, Céleste doit répondre aux désirs de son employeur. Croissants au réveil, “essence de café avec nuage de lait” à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, sole fraîche au dîner… D’une santé fragile et atteint d’un asthme chronique, Marcel Proust ne quitte que rarement son lit, et reste calfeutré dans sa chambre, dans “son monde”. Lorsque ses forces ne lui permettent plus d’écrire, Proust dicte son récit à une Céleste dévouée, devenue par la même occasion, son assistante

Crédit : Chloé Cruchaudet / Editions Soleil (DR)

Elle souffle même une astuce à l’auteur, contrarié de ne pas avoir assez de place sur les manuscrits du roman A la recherche du temps perdu pour y inscrire ses corrections. La gouvernante a l’idée de coller des bandes de papiers “en accordéon” sur les pages. Si l’invention semble d’une grande simplicité, elle a pourtant enlevé une belle épine du pied à l’écrivain !

La vie d’après

L’amitié entre Marcel Proust et Céleste Albaret s’éteint à la mort de l’artiste, le 18 novembre 1922Par la suite, Céleste ouvre un hôtel dans le VIème arrondissement de Paris avec son mari puis s’occupe de la maison de Maurice Ravel, à Montfort-l’Amaury (Yvelines). Pendant longtemps, celle qui a été la confidente et l’assistante de l’écrivain français reste à l’écart des médias. Ce n’est que dans les années 1960-1970 qu’elle décide de livrer ses souvenirs à la télévision. “J’ai vécu avec cet homme avec une intensité de plaisir, de joie, de son charme, de sa conversation, de l’homme extraordinaire qu’il était. Il a rempli ma vie” témoigne-t-elle dans une interview. Ses mémoires donnent vie à un ouvrage, intitulé “Monsieur Proust”. Elle décède en 1984, à l’âge de 92 ans. 

Capture d’écran d’une vidéo témoignage de Céleste Albaret. Crédit : INA

“Bien sûr, Monsieur Proust”

À l’occasion du centenaire de la mort de Marcel Proust, l’autrice et illustratrice Chloé Cruchaudet a réalisé un roman graphique intitulé “Céleste, “Bien sûr, Monsieur Proust” aux éditions Soleil. Grâce à de multiples sources de documentation laissées par Marcel Proust ou ses proches, Chloé Cruchaudet tisse un portrait dévoué et passionné de Céleste Albaret. À travers ce sensible diptyque, l’autrice révèle leur lien, l’atmosphère d’une époque et les dessous de la construction d’une fiction. Monde réel et monde fantomatique s’entremêlent pour nourrir ce joli projet.

La bande-dessinée “Celeste, Bien sûr, Monsieur Proust”. Crédit : Chloé Cruchaudet / Editions Soleil (DR)

Lisa Back

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