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Joyau de l'Art Déco, cette église est une curiosité architecturale au cœur des Yvelines

Église Sainte-Thérèse-de-l'Enfant-Jésus d'Élisabethville
Par Romane Fraysse

Dans l’Ouest parisien, au cœur des Yvelines, un étrange monument historique trône silencieusement en bord de Seine. Avec son maigre clocher de 45 mètres de haut et sa façade entièrement bétonnée, l’édifice ne passe pas inaperçu, mais reste pourtant méconnu de la plupart des Parisiens. Érigée au sein de la commune d’Élisabethville, l’église Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus est un joyau de l’Art déco conçu entre 1927 et 1998 par une myriade d’artistes aux styles hétéroclites afin de célébrer l’union franco-belge.

Un hommage à l’amitié franco-belge

Si Élisabethville est aujourd’hui une zone résidentielle située dans le département des Yvelines, ce territoire a appartenu au fief de la Garenne vers la fin du XIe siècle. Celui-ci, qui dépendait de la seigneurie d’Aubergenville, est passé entre les mains de plusieurs familles nobles, avant d’être racheté par le financier Edmond Ramoisy en 1921. L’homme d’affaires lance les premiers travaux de la cité d’Élisabethville, placée sous le patronage d’Élisabeth en Bavière, reine des Belges. Un hôtel est tout d’abord construit dans le parc de l’ancien château de la Garenne.

Église Sainte-Thérèse-de-l'Enfant-Jésus d'Élisabethville
Façade de l’église Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus d’Élisabethville

Puis, grâce à sa proximité avec la capitale, la commune se transforme petit à petit en une véritable station balnéaire composée d’une plage artificielle sur la rive gauche de la Seine, de restaurants, d’un casino et d’un parcours de golf.

Église Sainte-Thérèse-de-l'Enfant-Jésus d'Élisabethville
Église Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus d’Élisabethville

C’est dans ce contexte que le prêtre d’Aubergenville lance en 1927 une souscription en vue de l’édification d’une église dans la nouvelle commune, déclarant qu’« une cité sans église est un corps sans âme ». Le monument doit alors célébrer l’amitié franco-belge qui a existé durant la Première Guerre mondiale. À l’aide de fonds privés franco-belges, Edmond Ramoisy confie le projet à Paul Tournon, un architecte d’origine belge. Ce dernier souhaite alors rendre hommage à l’union entre les deux pays par la création d’une « cathédrale de lumière », qui sera vouée à Sainte-Thérèse de l’Enfant Jésus. C’est seulement après un an de travaux que l’église est consacrée par l’évêque de Versailles, le 1er juillet 1928.

Une prouesse architecturale

Si les constructions relativement modernes d’Élisabethville n’ont pas d’intérêt particulier, son église vaut clairement le détour. Située au bord de la Seine, son architecture d’inspiration gothique est l’une des premières à avoir été construite entièrement en béton, et dispose d’une impressionnante nef unique de 20 mètres de haut, agrémentée d’une flèche perchée à 45 mètres. Mais l’un des éléments les plus remarquables est sûrement la cohabitation du béton avec une multiplicité de vitraux tout au long de la façade, concrétisant bien cette idée de « cathédrale de lumière ».

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L’église Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus d’Élisabethville – © Région Île-de-France, L. Kruszyk 2013 / ADAGP

De style Art déco, sa façade a été sculptée dans le ciment en prise direct par Carlo Sarrabezolles durant six semaines. Parmi les 35 figures, le cardinal Mercier, primat de Belgique, a été réalisé au-dessus du porche d’entrée en une seule journée. On retrouve aussi les patrons saint Michel à gauche et sainte Jeanne d’Arc à droite, unis par des blasons belges et français.

Sur la partie supérieure de la façade, une statue de sainte Thérèse de Lisieux lance des roses avec ses bras grands ouverts, et un Jésus en croix est soutenu par Dieu le père et le Saint-Esprit. Enfin, le portail d’entrée, dont la grille a été réalisée par le ferronnier d’art Raymond Subes, est peint en bleu et décoré des symboles animaliers des quatre saints évangélistes.

Une « cathédrale de lumière » hétéroclite

Les nombreux vitraux qui illuminent le chœur et la nef sont d’autant plus impressionnants lorsque l’on pénètre dans l’église. Réalisés par Marguerite Huré d’après les dessins de Marcel Imbs, ceux-ci ont été installés en 1933, et complétés ensuite avec les différents signes du zodiaque par Bruno de Pirey en 1998.

Église Sainte-Thérèse-de-l'Enfant-Jésus d'Élisabethville
Église Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus d’Élisabethville

Plusieurs sculptures ornent également l’intérieur de la nef : on retrouve un moulage représentant Jeanne d’Arc et un bas-relief avec sainte Élisabeth de Hongrie, tous deux réalisés par André Bizette-Lindet. À côté, les saints Antoine de Padoue, Jacques le Majeur, Christophe, Hubert et curé d’Ars ont été sculptés par Georges Dekoninck. On retrouve également un Christ en croix en béton réalisé par Carlo Sarrabezolles.

Église Sainte-Thérèse-de-l'Enfant-Jésus d'Élisabethville
Église Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus d’Élisabethville

Le chœur est quant à lui décoré d’une grande fresque peinte par Madame Chantot-Chabat avec des motifs végétaux et des oiseaux exotiques, dont le caractère profane a choqué le public lors de son inauguration. On peut aussi y lire la citation “Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre” attribuée à Sainte-Thérèse de Lisieux, qui est représentée sur une sculpture dorée réalisée par Lucie Delarue-Mardrus. Sur les fonts baptismaux, décorés par Élisabeth Tournon-Branly, on peut également voir une illustration des différentes vertus.

Un petit modèle parisien

Si vous découvrez tout juste cette église, sachez que l’une de ses illustrations se trouve pourtant en plein cœur de Paris. En effet, le monument est représenté sur l’un des 114 vitraux décorant les arches intérieures de la gare Saint-Lazare, qui sont visibles depuis le hall principal. Réalisés par l’artiste-cheminot Charles Sarteur entre 1928 et 1930, ces verres peints de style Art nouveau représentent les différentes destinations desservies par le réseau à l’ouest de la capitale.

Vitrail de la gare Saint-Lazare - © Gare Saint-Lazare
Vitrail de la gare Saint-Lazare – © Gare Saint-Lazare

Les vitraux de la gare, tout comme l’église, restent encore méconnus des Parisiens. Il a depuis été désacralisé et renommé l’édifice culturel Sainte-Thérèse, sans perdre pour autant de sa superbe.

Édifice culturel Sainte-Thérèse
2 avenue de Dixmude, 78410 Aubergenville

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Image à la une : Édifice culturel Sainte-Thérèse – © J’aime mon patrimoine