« Remplace la guillotine, utile pour les belles-mères » : l’histoire mouvementée du funiculaire de Belleville

Funiculaire belleville © Wikicommons

Saviez-vous qu’entre 1891 et 1924, le quartier de Belleville avait un funiculaire ? Loin d’avoir la cote comme celui de Montmartre, ce moyen de transport était aussi une révolution qu’un puits d’anecdotes plus ou moins mortelles. De la place de République jusqu’à l’église Saint-Jean-Baptiste de Belleville, ce funiculaire était d’utilité publique, mais en aura fait voir de toutes les couleurs aux habitants !

Le Funiculaire de Belleville

Il y a 135 ans, Belleville était une ville à part entière : c’est plus tard que cette commune a été unie à Paris. Postée sur sa colline homonyme, Belleville connut un développement démographique exponentiel durant le XIXe siècle. La raison : une population ouvrière en quête de travail, et de meilleures conditions de vie. Les chiffres officiels évoquent 9000 petits fabricants, 30000 ouvriers… Une fourmilière immense, mais qui ne faisait pas affaire à Belleville même ! Se déplacer devenait chronophage, et le fameux funiculaire de San Francisco faisait des envieux depuis 1873. Or, Paris n’a rien avoir avec les États-Unis et ses villes nouvelles où les avenues sont vastes. Pour construire le funiculaire de Belleville, il fallait être innovant face à l’architecture étriquée des rues parisiennes.

Une histoire mouvementée

C’est là que Fulgence Bienvenüe entre en scène : cet homme est celui qui édifiera le métropolitain parisien (rien que ça) ! Avant cela, les travaux de ce funiculaire lui furent confiés. Il a bien sûr été assisté par toute une équipe, et les travaux ont duré environ 6 mois. En vue des pentes de Belleville, l’élaboration de ce nouveau moyen de transport a été d’une difficulté sans pareille. Le funiculaire de Belleville fut une première audacieuse en Europe !

Funiculaire belleville © Wikicommons
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Malheureusement, suite à de nombreux accidents que nous allons vous conter, puis la Première Guerre mondiale, le funiculaire ne fera pas long feu. Son exploitation prendra fin en juillet 1924, et un bus remplacera ce funiculaire « fou ». Enfin, en 1935, la ligne 11 du métro verra le jour, célébrant l’avènement d’une nouvelle ère pour Paris.

Le remplaçant de la guillotine

L’existence du funiculaire a nourri la presse et les faits divers. Si vous vous souvenez de cette locomotive qui a explosé la façade de la gare Montparnasse, vous ne serez pas déçus avec ce tramway sur rails !

Rien que quelques mois après sa mise en service, une voiture se détache et dégringole tout le long de la colline de Belleville. Il n’y aura que des blessés et pas de morts à déplorer… Mais cet accident n’a été que le premier d’une longue liste. Notez néanmoins que ces événements ne sont pas dus à des erreurs de constructions, mais plutôt aux nouveautés techniques de ce funiculaire qu’il était impossible de prédire. La une du journal Diane écrira ce titre mythique : : « Le funiculaire remplaçant la guillotine. Cet instrument de supplice est recommandé à la Justice et aux personnes attendant un héritage. Très utile aussi contre les belles-mères ».

Funiculaire belleville © Wikicommons
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Le funiculaire de Belleville deviendra même un sujet de blagues et d’argot. On dira « avoir les pieds funiculés » pour définir le refus de marcher.

En 1906, un incident bien plus critique a lieu. Le véhicule subit une rupture de son câble principal. Il dévale alors la colline de Belleville a presque 120 km/h. Le funiculaire devient une montagne russe mortelle. Il finira par dérailler dans la rue du Faubourg-du-Temple. Pris de panique, beaucoup sauteront du funiculaire en marche. Les accidents se poursuivront :collisions, câbles qui rompent de nouveau…, etc.

Le funiculaire de Belleville reste désormais dans les annales et dans les anciennes cartes postales. Sans doute est-ce mieux ainsi !

Funiculaire belleville © Wikicommons
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Photo à la une : Funiculaire belleville © Wikicommons

Rédactrice
Mes écrits révèlent mes passions, aussi brûlantes que mon imagination. Je rêve d'architecture, d'art naïf, de nature, d'histoires oubliées, de l'Île-de-France et ses secrets.