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La petite histoire des marchands de couleurs parisiens

Par Lisa B

Sans eux, de nombreuses œuvres n’auraient peut-être jamais vu le jour… Indispensable à la création des artistes, les marchands de couleurs se sont particulièrement multipliés au cours du XIXème siècle et ont tissé des liens forts avec les plus grands artistes : de Van Gogh à Toulouse-Lautrec, en passant par Delacroix

Vendeurs de couleurs

Au milieu du XVIIIème siècle, une catégorie de commerce émerge dans la capitale : les marchands de couleurs. Ces commerçants occupent un rôle primordial dans la vie des peintres puisqu’ils les fournissent en matière première et en matériel. Au départ, la peinture était vendue séchée, sous forme de pâte ou de pastilles. Pour l’utiliser, les artistes devaient les broyer finement et y ajouter un liant avant tout usage. Peu à peu, les marchands ont commencé à proposer des mélanges originaux et des couleurs “prêtes à l’emploi” conservées dans des vessies de porc pour éviter qu’elles ne sèchent. Cette méthode de broyage et de préparation des pigments est devenue finalement la norme. C’est le début de la peinture comme on la connaît aujourd’hui ! Toutefois, il n’est pas facile d’anticiper les besoins des artistes qui ont la plupart du temps des demandes urgentes et très spécifiques. 

Portrait du Père Tanguy (1887) par Emile Bernard © Musée de Bâle

Peintres et marchands sont, d’une certaine manière, dépendants du travail de l’autre, ce qui favorise la création de liens étroits de “services mutuels” voire affectifs. C’est le cas notamment entre Julien Tanguy, dit “Le père Tanguy” et ses chers amis Vincent Van Gogh, Toulouse Lautrec et Emile Bernard. Delacroix et la famille Haro, marchands de couleurs, se soutiennent et se recommandent également jusqu’au bout.  

L’essor du XIXème siècle 

C’est au tournant du XIXème siècle que la profession connaît un essor, notamment en raison d’un engouement marqué pour les beaux arts et la pratique picturale. Le nombre d’artistes en activité est multiplié par dix à cette époque et automatiquement, la demande de matériel s’accroît. En revanche, le nombre de ces boutiques spécialisées reste stable avec le temps. On compte un peu moins de 30 marchands de couleurs en 1800 et seulement une quarantaine en 1880 à Paris.  

Portrait d’Etienne Haro (1873) par Carolus-Duran © Petit Palais, musée des Beaux-arts de la Ville de Paris

On les retrouve initialement autour du quartier Louvre-Palais Royal puis autour de l’école des Beaux Arts sur la rive Gauche. Ils s’installent ensuite plus au nord, dans le triangle Bourse-Rue Laffitte-Saint-Lazare, chef-lieu de l’art contemporain dans les années 1880 et sur la Butte Montmartre où beaucoup d’artistes désargentés viennent s’installer en raison des faibles loyers. Ainsi, ces stratégies d’emplacement confèrent une clientèle originale et une identité propre à chaque commerce.  

Marchands de couleurs à marchands d’art 

Comme l’explique Séverine Sofio, les marchands de couleurs sont au carrefour de plusieurs types de clientèles. Pour s’assurer un revenu et se diversifier, ils ne vendent pas seulement de la peinture, des toiles ou des châssis. On peut retrouver sur leurs étalages de la papeterie ou des estampes afin d’attirer de nouveaux clients non-artistes. D’autres se spécialisent en proposant des services d’encadrement sur mesure ou de restauration. 

Au fil du temps, les marchands se livrent également au commerce d’œuvres d’art, cédées par les artistes eux-mêmes pour éponger leurs dettes. La pratique de l’ardoise est courante à l’époque pour ces peintres en mal de succès. C’est ainsi qu’un Américain nommé William Morris Hunt achète en 1850 un tableau de Millet auprès d’Armand Auguste Deforge, pour un montant bien moins élevé que s’il l’avait acheté à l’artiste lui-même. Deforge est par ailleurs reconnu pour être un marchand de couleurs fiable et son commerce, comme une galerie pionnière. 

Tableau de Une : Le père Tanguy (1887) par Vincent Van Gogh © Musée Rodin

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