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Philip Astley et les premiers pas du cirque parisien

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Par Romane Fraysse

Le cirque ne date pas d’hier ! Déjà, l’Egypte antique était friande de spectacles de jongleurs, d’équilibristes et d’acrobates à cheval. A Rome, de longues pistes ovales accueillaient quant à elles les courses de char. Et il n’était pas rare de voir se développer en France des troupes ambulantes dans les foires. Mais c’est au XVIIIe siècle que ces attractions prennent de l’ampleur et s’installent définitivement en Europe.

Une vogue de la voltige équestre

C’est à partir des années 1760 que l’on voit apparaître des représentations de voltige dans plusieurs coins d’Europe. Entre Hambourg, Saint-Pétersbourg et Vienne, un certain Jacob Bates présente notamment ses premiers spectacles équestres devant le roi Georges III, l’impératrice Catherine ou le Prince d’Orange William. Ce jeune écuyer anglais remporte un vif succès pour ses acrobaties inédites, montant debout sur trois ou quatre chevaux à la fois.

Arrivé en France en 1767, il époustoufle le public qui n’avait alors jamais vu de pareils exploits. Cette année-là, un article paru dans Les Annonces déclare : « Il y a un anglais d’une agilité surprenante, que l’on voit pour de l’argent. Il galope à toutes jambes debout sur trois chevaux qu’il conduit comme il veut, tout le monde est surpris de son adresse et de son agilité car, en courant au grand galop, il ramasse son fouet par terre, il saute à bas de son cheval et y remonte, le cheval galopant sans se prendre aux crins ni aux étriers et il ne conduit les chevaux qu’avec des bridons… ».

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Jacob Bates, piqueur anglois, faisant ses exercices publiquement, 1767

Face à un tel succès, l’écuyer ne tarde pas à être invité par la reine Marie-Antoinette pour se produire au Colisée des Champs-Élysées, et même à ce qui était dénommé le « Cirque Royal » du boulevard du Luxembourg. A l’époque, cet établissement n’en a que le nom puisqu’il est réservé aux bals et aux concerts. Mais grâce à sa maîtrise de la voltige équestre, Jacob Bates parvient à s’y imposer. En quelques années, il devient ainsi l’un des premiers à créer un engouement pour ce nouvel art auprès de la noblesse de toutes les Cours européennes, ouvrant la voie au spectacle de cirque.

Ainsi naquit le cirque moderne

Face à cet art d’un nouveau genre, un écuyer anglais dénommé Philip Astley décide lui aussi de se reconvertir dans la voltige. Dès les années 1770, il crée à Londres une piste à ciel ouvert nommé « Amphithéâtre d’Astley », où il mêle pour la première fois ses spectacles équestres à des acrobates, et engage même un clown dénommé Mr Merryman. Fort de ses succès, il décide lui aussi de s’installer à Paris dès 1774 dans l’idée de créer un nouveau bâtiment dédié à la voltige. En 1782, son « Amphithéâtre anglais » voit le jour au sein du faubourg du Temple, comportant deux rangées de loges décorées et plusieurs centaines de bougies. Contrairement à ses concurrents, Astley trace alors une scène circulaire lui permettant, grâce à la force centrifuge, de tenir en équilibre sur sa monture au galop. Enfin, il tapisse cette nouvelle piste de sciure afin de protéger leurs sabots.

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Représentation d’Astley dans son Amphithéâtre à Londres au début du XIXe siècle

Puis, l’année suivante, il le rebaptise le « Nouvel Amphithéâtre » et décide désormais de le protéger d’un toit. Quatorze colonnes corinthiennes soutiennent alors la grande charpente recouverte d’un vélum. Une décision qui n’est pas anodine, et qui ancre définitivement cet espace comme le premier lieu fixe français dédié à la voltige. Pour se démarquer, l’écuyer pense du même coup à développer sa troupe. Sur la piste, ses exercices se font au son des tambours et des fifres de musiciens, ponctués par des numéros de funambules, de jongleurs, de danseurs, de dresseurs, de pantomimes et de clowns. Sans le savoir, par cette diversité, l’écuyer est alors en passe d’inventer le cirque moderne.

La création d’un univers

Face au triomphe, toute la famille se met à l’ouvrage. Astley réalise les meilleures acrobaties, tandis que son fils, à peine âgé de 17 ans, joue le menuet de Devonshire sur des chevaux courant au grand galop. Sa femme est quant à elle reconnue pour savoir dresser des abeilles. Le public est alors friand de certains tours devenus célèbres, comme le cheval qui s’assied comme un chien, l’équilibriste Sanders déambulant sur le fil d’archal, les facéties du singe le Général Jacko, les chutes du clown Paillasse, ou la petite fille qui joue du piano-forte.

Cet Amphithéâtre va ainsi contribuer à développer tout un panel d’établissements dédiés au cirque dans l’ensemble de l’Europe. Sa renommée perdure grâce à la peinture et la littérature. Des auteurs comme Charles Dickens, Jane Austen ou William Makepeace Thackeray y font plusieurs fois référence. Ainsi, on peut lire dans le chapitre 54 d’Emma : « Emma avait eu soin d’accueillir Henriette avec les plus chaudes félicitations afin de dissiper toute crainte relative à son approbation : celle-ci fut en conséquence très heureuse de donner tous les détails touchant leur soirée à Astley et le dîner du lendemain ».

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L’écuyer aux quatre chevaux, lithographie, 1894

Célébré en son temps, Astley est désormais considéré comme l’un des principaux pionniers du cirque moderne, ayant contribué à créer un univers éclectique et insolite. Si cet art a ensuite pâti du succès des music-hall, il demeure toujours présent dans les villes avec ses salles attitrées et ses troupes ambulantes, tout comme au cinéma et dans les émissions télévisées.

Romane Fraysse

A lire également : Bye bye les animaux sauvages dans les cirques parisiens

Image à la Une : Arturo Michelena, Escenas del circo, 1891



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