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Portrait de parisienne : Marguerite Duras

Par Lisa B

Femme engagée et autrice reconnue de son vivant, Marguerite Duras – née Donnadieu – a marqué la seconde moitié du XXème siècle par ses mots et ses combats. Ses 47 livres signés de sa main, traduits dans 35 pays, font d’elle l’une des écrivaines françaises les plus lues depuis près de cinquante ans. 

L’enfance dans les colonies 

L’histoire de Marguerite Donnadieu commence aux confins de l’Indochine Française, actuel Vietnam. Elle naît le 4 avril 1914 à Gia Dinh, dans la banlieue de Saïgon. Dès son plus jeune âge, la misère et la pauvreté des habitants lui sautent au visage. Bien qu’issue de colons, ses parents ne roulent pas non plus sur l’or. Son père Emile est professeur de mathématiques et sa mère, qui est institutrice, donne la classe aux enfants locaux. 

Dans les premières années de Marguerite, son père tombe malade, ce qui oblige la petite famille à retourner vivre en France, dans un village près de Duras dans le Lot-et-Garonne. Vous l’avez compris, Marguerite s’est très certainement inspirée de ce nom pour son pseudonyme bien des années plus tard ! Malheureusement, son père Emile décède et sa mère décide de retourner au Vietnam avec ses trois enfants, à Vinh Long en 1923 puis à Sadec. La jeune Marguerite souffre d’ailleurs de ne pas être plus proche de cette mère dépressive qui l’appelle “ma petite misère”. 

En 1932, elle obtient son baccalauréat au lycée Chasseloup-Laubat de Saigon et fait ses valises pour partir étudier en France. Même si elle écrit déjà, Marguerite Donnadieu ne songe pas à en faire un métier. Arrivée à Paris, elle se lance dans des études de droit et de sciences politiques. Sur les bancs de la faculté, elle rencontre celui qui deviendra en 1939 son premier mari : Robert Antelme. Une fois diplômée, elle intègre le Ministère des Colonies pour rédiger des textes de propagande sur la colonisation. Bien que très bonne rédactrice, elle ne supporte pas d’écrire de telles choses et finit par quitter son travail.

Les affres de la Guerre

En 1943, elle déménage avec son mari à Saint-Germain-des-Prés, au 5 rue Saint-Benoît. Avec leur ami Dionys Mascolo – qui est par ailleurs plus qu’un ami pour elle – ils entrent en Résistance. Dans la même période, celle qui se fait appeler désormais Marguerite Duras publie son premier roman intitulé Les Impudents. Mais en 1944, tout bascule : Robert est arrêté et déporté à Buchenwald puis à Dachau. Pour le sauver, l’écrivaine aurait même entretenu une relation ambiguë avec Charles Delval, l’agent de la Gestapo qui a fait arrêter son mari. Malgré cela, elle ne retrouve son cher Robert qu’à la fin de la Guerre, malade du typhus et “plus mort que vif”. Dans son roman La Douleur publié en 1985, elle raconte les longs mois à soigner son mari revenu de l’enfer. Malgré son affection pour lui, Marguerite Duras décide finalement de divorcer en 1947 et se remarie avec Dionys Mascolo, avec qui elle aura un fils. 

 

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À la Libération, Marguerite Duras en profite pour s’inscrire au Parti Communiste Français, avant de le quitter (ou d’en être exclue ?) en 1950. Elle continue néanmoins de défendre de grands combats de l’époque, ses convictions chevillées au corps. Elle milite contre la guerre d’Algérie et signe le Manifeste des 121, une pétition sur le droit à l’insoumission dans la guerre et soutient le droit à l’avortement

Une période prolifique 

Dans les années 50, elle publie de nombreux romans comme Un barrage contre le Pacifique, premier de ses ouvrages adapté au cinéma en 1958 ; Le marin de Gibraltar en 1952 ou Le Square en 1955. En 1957, elle collabore avec Gérard Jarlot, qui devient également son compagnon, sur des adaptations théâtrales et cinématographiques de ses œuvres. Elle réalise elle-même certains films et des courts-métrages. Au fil du temps, elle acquiert une renommée nationale. La consécration a lieu en 1984 lorsqu’elle reçoit le prix Goncourt pour son œuvre L’Amant. Ses différentes versions de cette œuvre dégagent une sensualité propre à son auteure et abordent le désir féminin des jeunes filles. Ce roman serait d’ailleurs inspiré de sa propre expérience.  Sa popularité est au plus haut, mais sa santé ne cesse de décliner. Elle noie régulièrement sa mélancolie dans l’alcool, ce qui lui vaut plusieurs séjours en cures. Elle décède à l’aube du XXIème siècle, le 3 mars 1996.  

Crédit photo : Rue des Archives via @figaroarchives sur Instagram

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