“Tout Paris n’avait d’yeux que pour elles” : quand les deux premières policières de France fascinaient Paris

Policière © Adobe Stock

Tout Paris n’a d’yeux que pour ces deux nouvelles assistantes de police. Le féminisme remporte une victoire ! Si les femmes n’ont pas pu pénétrer au parlement, elles ont conquis la préfecture de police” ! Ces mots sont ceux que les spectacteurs de Gaumont Actualités peuvent entendre le 19 avril 1935, tandis qu’un reportage est diffusé sur l’histoire de deux pionnières. 

https://f.info.pariszigzag.com/f/p?q=n4l6TIJ-xaXwmPcVukeg0JIv3j35jY1Hp2d9b9w0MxToUZjbYmkjQJFGucEje1zlUsrplyzy9fTMEuGtw5Uuk4PoGLToiAdX7q7gCE5Ygds9xBhdFqorr2qPLhut1rdkUQO0aAGCidqra1GnWkoTHPimgWFOY7qWJPEXp_zcUbNP0UkwaMecwb0zO5uuH0rpRjwOw5fN0JrNnvIqari3wp9gPUvD1NMV1aFunX5bGC1780yCJ0nq4OqSUdUqIc4l

Des femmes d’action œuvrant au quotidien sur la voie publique

Sur les images paraissent alors deux femmes souriantes, serrant la main d’un homme coiffé d’un képi, et entourées d’un groupe de policiers. Ces deux femmes, ce sont Simone Monvert et Berthe Rolland, les deux premières policières de France. Nommée par le préfet de police de Paris quelques jours plus tôt, Simone Monvert est la première assistante de police de Paris. Sa nomination est le fruit d’un long travail de lobbying par le Conseil national des femmes françaises et de femmes engagées dans la lutte pour l’égalité des hommes et des femmes, auprès du Conseil municipal de Paris. Bien entendu, cette nomination ne repose pas seulement sur ce travail de lobbying. Le choix des candidates se fait en fonction de leur formation et de leur capacité physique : elles doivent être issues du corps des assistantes sociales et être en bonne condition physique pour mener à bien le travail sur la voie publique. Leur mission principale couvre la protection de l’enfance, notamment dans la répression du vagabondage scolaire. Mais leur mission va au-delà des enquêtes sociales puisqu’elles sont amenées à travailler sur la voie publique en surveillant notamment les sorties d’école, les jardins, les gares. D’ailleurs, leur uniforme, confectionné par la célèbre enseigne À la Belle Jardinière, ressemble à s’y méprendre à celui de assistantes sociales : manteau de teinte “bleu préfecture”, uniforme constitué d’une veste et d’une jupe bleue, chemisier bleu clair, un chapeau de feutre et un insigne de la Ville de Paris. 

Simone Monvert en uniforme en 1935 © Wikimedia Commons 
Simone Monvert en uniforme en 1935 © Wikimedia Commons

Des figures de la police longtemps oubliées ou méconnues

Avec sa collègue Berthe Rolland, elles forment donc la première brigade féminine de la police municipale. Une brigade qui comptera même jusqu’à 5 femmes à la fin de l’année 1938 : Simone Monvert, Berthe Rolland, Jeanne Begou, Odile Rieder et Huguette Laurent. Si elles sont interdites du port d’armes et sont placées sous l’autorité du préfet, elles peuvent toutefois exercer le droit d’arrestation et d’amendes. Avec l’entrée en guerre en septembre 1939 et après l’épisode de l’exode en mai et juin 1940 ou les assistantes de police ont été fortement mobilisées, Simone Monvert prend la décision de partir de la préfecture de police en octobre 1940, pour rejoindre le Secours national à Amiens comme assistante principale. La suite est malheureusement plus sombre : après avoir commencé un traitement médical à l’hôpital de Villejuif et plusieurs séjours de convalescence au préventorium de l’abbaye de Valloires, Simone Monvert décède le 7 août 1944. De cette figure longtemps méconnue de l’histoire de la police, il subsiste heureusement des traces, comme le journal qu’elle a tenu de son activité au sein de la police municipale, des prémices de sa nomination à l’automne 1934 jusqu’au 31 décembre 1938. 

 

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Anaïs Eveno (@anais.eveno)

Un long chemin vers la parité homme-femme dans la police

Quant aux femmes dans la police, longtemps cantonnées à des rôles spécifiques souvent liés à la protection de l’enfance et des femmes, ou à des tâches administratives, les changements législatifs et sociétaux ont peu à peu permis à celles-ci de s’imposer dans des fonctions plus variées. À partir des années 60, les évolutions s’accélèrent et les voies d’accès s’ouvrent au personnel féminin, comme l’ouverture au concours de commissaire de police en 1974 ou celui d’officier de la paix en 1984. Au fil des années, elles obtiennent peu à peu des postes plus importants et accèdent à des unités qui leur étaient autrefois interdites. Aujourd’hui, les femmes peuvent accéder à tous les métiers de la Police nationale, y compris ceux autrefois réservés aux hommes, comme la Brigade Anti-Criminalité (BAC) ou le RAID par exemple. Surtout, elles sont désormais présentes dans tous les services, de la police aux frontières à la police judiciaire, en passant par la police technique et scientifique, où elles sont majoritaires. Si certains métiers restent encore plus très majoritairement masculins, notamment dans les unités d’intervention spécialisées telles que le RAID ou la Brigade de Recherche et d’Intervention (BRI), les statistiques montrent une hausse régulière du nombre de femmes officiers et commissaires.

 

À lire également : Savez-vous pourquoi cette voie montmartroise a été baptisée “rue des Martyrs” ?

Image à la une : Policière © Adobe Stock

https://f.info.pariszigzag.com/f/p?q=n4l6TIJ-xaXwmPcVukeg0JIv3j35jY1Hp2d9b9w0MxToUZjbYmkjQJFGucEje1zlUsrplyzy9fTMEuGtw5Uuk4PoGLToiAdX7q7gCE5Ygds9xBhdFqorr2qPLhut1rdkUQO0aAGCidqra1GnWkoTHPimgWFOY7qWJPEXp_zcUbNP0UkwaMecwb0zO5uuH0rpRjwOw5fN0JrNnvIqari3wp9gPUvD1NMV1aFunX5bGC1780yCJ0nq4OqSUdUqIc4l