
Aujourd’hui, prendre le RER, le transilien et le métro fait partie du quotidien. En preuve, la fameuse expression « métro-boulot-dodo ». À l’image de ces trois mots qui décrivent des habitudes banales et parfois moroses… Les gares de Paris ont perdu de leurs couleurs et de leurs particularités architecturales. Même si de nombreuses gares pourraient ressembler à des décors de films de science-fiction (surtout celles du futur Grand Paris), le « pep’s » d’antan semble s’être volatilisé. Mais pourquoi ?
Paris dans les années 70
Avant les années 70, les années 60 ont incarné une véritable évolution ! Les Trente Glorieuses ont entraîné des mutations importantes dans la France entière. Notre très cher Réseau Express Régional d’Île-de-France (RER) a vu le jour, et s’est ajouté au métro parisien déjà existant. Paris a alors vécu un changement drastique, et non des moindres : la banlieue était maintenant accessible et à portée de tous. À l’image des autres métropoles mondiales, Paris est devenue résolument moderne. Puis, en 1973, les billets sont devenus magnétiques (adieu les poinçonneurs). Les gares ont été de plus en plus empruntées, et se devaient donc d’être des espaces admirés et attractifs ! Alors on a pensé couleur, on a pensé modernisme, et on a pensé : grands architectes !
Des gares belles et colorées
Couleurs vives, néons, sièges en plastique colorés… Dans les années 70, Paris se décore avec des nuances explosives qui s’accordent à la mode du moment. Mais plus qu’une « passade » les gares deviennent des aires de jeux pour de très grands architectes. Ainsi, la gare d’Auber a été imaginée par André Wogenscky : un ami du Corbusier, ni plus, ni moins ! Vous pouvez d’ailleurs visiter la fondation qui porte son nom, et celui de sa femme, la célèbre sculptrice Martha Pan.

Auprès des architectes d’intérieur Alain Richard et André Monpoix, Wogenscky va offrir à Auber des espaces aussi vastes que des cathédrales, et surtout, cinématographiques ! Ces photographies rétros nous donnent l’impression d’admirer un film de Wes Anderson, et pourtant, ces décors incroyables aux bulles orangées faisaient partie du quotidien des Français. Désormais, ces bulles mythiques ne sont que des souvenirs, mais une chose est sûre : elles redonneraient de l’attrait à cette gare souterraine, et attireraient les photographes !

Nous pouvons également citer Châtelet-les-Halles : qui a ouvert l’année où le premier Star Wars a enflammé les salles obscures. En 1977, cette station labyrinthique portait également des couleurs vives, et son atmosphère futuriste appelait à la rêverie. Les murs bleutés sont des « émaux de Briares », des carreaux colorés et très résistants, qui emplifient la lumière. Offrir aux espaces des caractères visuels très marqués permettait aux voyageurs de se sentir ailleurs, et d’être stimulés. Il s’agissait également de véritables manifestes architecturaux.

Pourquoi tout a changé ?
Aujourd’hui, l’architecture demeure, mais nous sommes beaucoup plus nombreux à utiliser ces moyens de transports. L’objectif n’est donc pas de créer des lieux absolument uniques. L’esthétique de l’efficacité et de la praticité prône, au détriment d’idées farfelues, qui seraient toutefois bienvenues ! Il est également clair que le design des années 2020 est discret, même si certaines stations de métro méritent des mentions honorables.

Nous pensons notamment à la station Steampunk d’Arts et Métiers (M3 et 11), qui n’est autre que l’intérieur d’un sous-marin évoquant Vingt Mille Lieues sous les mers de Jules Verne. Concorde (M12) a des murs couverts par des lettres formant la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Puis, Louvre-Rivoli (M1) qui est une véritable galerie d’art !

Photo à la une : Station Auber avant © site officiel du RER A