Cet ex-entrepôt frigorifique du 13e devenu repère d’artistes abrite une locomotive Nazie

Les Frigos © Wikicommons

C’est à deux pas de la gare Bibliothèque François Mitterand que ce bâtiment surprenant transforme le paysage du 13e. Son nom : les Frigos. Une chose est sûre, avec son château d’eau, et ses murs en béton armé décorés de tags sauvages, les Frigos attise la curiosité. Ici, on crée, on garde, on protège, et surtout, on transforme.

Ancien entrepôt frigorifique

Le bâtiment des Frigos porte un nom qui, à l’époque, avait le mérite d’être clair. Il s’avère qu’après la Première Guerre mondiale, le lieu a été construit afin de faciliter l’approvisionnement en produits frais au marché des Halles de Paris. En 1920, le 13e n’était pas tel qu’on le connaît aujourd’hui : tout le périmètre était un quartier industriel. Personne ne s’y promenait, seules des voies de chemin de fer actives et des échanges y avaient lieu. Ces gigantesques entrepôts frigorifiques s’approvisionnaient même en viande venue directement d’Argentine. On surnommait les Frigos : « gare frigorifique de Paris-Ivry ».

L’architecture des Frigos est imposante, on y devine des toits pointus dits « à l’Alsacienne ». Les murs en béton de ce bâtiment historique atteignent parfois les 70 cm d’épaisseur ! Leur parfaite isolation sera un argument majeur, lorsque cette construction vivra une grande transformation après son abandon dans les années 60 ; date à laquelle le marché des Halles sera remplacé par celui de Rungis.

Les Frigos © Wikicommons
Les Frigos © Wikicommons

LE repère des artistes

Entre les années 60 et 70, bien que le site était toujours la propriété de la Société nationale des chemins de fer français, le devenir des Frigos n’a pas connu d’avancée. C’est en 1980 que des artistes commencent à occuper le lieu : comme dit, l’isolation thermique et phonique des Frigos est du pain béni pour la création ! Un artiste rapporte que la situation irrégulière dans laquelle ils étaient, fut, pour ce cas unique, une bénédiction. Personne n’a fait de demande : ce sont les premiers occupants des lieux qui ont construit des fenêtres au bâtiment, installé l’eau et l’électricité. Ainsi, puisque les autorités ne jetaient pas leur dévolu sur ce colosse en béton, il n’a pas été rasé, et les artistes n’ont pas été chassés. Pour plus d’anecdotes sur cette partie de l’histoire des Frigos, nous vous recommandons ce court documentaire :

Face à l’évolution des Frigos de Paris la situation du lieu se régularise en 2003, lorsque la mairie de Paris devient propriétaire des lieux. Désormais, plus de 120 artistes occupent ce bâtiment, en payant des loyers. En quelques sortes, les Frigos sont un village éclectique, où la musique ne dérangera jamais le peintre en concentration, et où le sculpteur pourra profiter d’espaces immenses pour créer !

 

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Une locomotive Nazie

C’est bel et bien au cœur de cet ex-entrepôt frigorifique de Paris qu’une locomotive Nazie se trouve. Il s’agit du modèle TY 2, qui pèse 73 tonnes et mesure 22 mètres de long. Ce colosse porte une histoire lourde ; puisqu’il s’agit d’une des locomotives qui a tracté les trains des déportés lors de la Seconde Guerre mondiale.

Les Frigos © @jimmy.cohrssen
Les Frigos © @jimmy.cohrssen

Un peintre français des Frigos, Jean-Pierre Frouin, en a fait l’acquisition et l’a en partie emmurée au cœur du bâtiment, depuis 1994. Si cette locomotive se trouve ici, c’est parce que tout a débuté par un projet. À l’époque, une exposition pédagogique à la gare d’Austerlitz a été organisée, puis, la locomotive a été transportée jusque dans les Frigos. Aujourd’hui, la locomotive Nazie est dans l’ombre, discrète. Elle n’est pas réellement exposée. Cela est dû à de la paperasse, des lois, et de nombreuses entreprises mêlées à l’affaire. Le temps passe, des projets sont imaginés pour cette locomotive par les artistes du bâtiment, mais rien n’entre en action. Pourtant, la peintre qui l’a acquis a tenté de la revendre, sans succès. Depuis, tout est incertain… L’avenir de cette locomotive Nazie à demi emmurée reste à écrire.

Si vous cherchez à l’entrevoir, ou, tout simplement, à découvrir l’ambiance artistique et musicale des Frigos, cela se fait sur rendez-vous, à l’exception des portes ouvertes organisées au mois de mai. Rendez-vous sur le site officiel pour en savoir plus. En attendant, vous pouvez toujours profiter d’une visite virtuelle !

19 rue des Frigos 75013 Paris

Bibliothèque François Mitterand, M14 et RER C

Photo à la une : Les Frigos © Wikicommons