
Méconnu et pourtant si important. Situé en plein cœur de la Faculté de Pharmacie de Paris, ce musée dont le nom officiel est “Collections de Matière Médicale de la Faculté de Pharmacie de Paris” n’est assurément pas un musée comme les autres.
Une collection de plantes aux vertus médicinales
Comme son nom l’indique, il regroupe avant tout une collection destinée aux recherches menées par le Laboratoire de pharmacognosie. Qu’est-ce que la pharmacognosie ? La science des matières premières à potentialité médicamenteuse, qu’elles soient d’origine biologique ou minérale. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce site à Paris en est un véritable temple. Présente dans ces locaux depuis 1882, une partie des échantillons remonte jusqu’au XVIIIe siècle. La collection s’est ensuite considérablement étoffée au XIXe siècle grâce aux échantillons provenant des expositions universelles de 1855, 1867, 1878 et 1889 à Paris et, plus tard, grâce aux expositions coloniales. Au début du XXe siècle, le musée a ensuite acquis de nouveaux produits par le biais d’expéditions scientifiques dans les colonies françaises et dans les territoires d’outre-mer. Si le nom du lieu porte également le nom d’un regretté directeur du laboratoire de pharmacognosie et responsable des collections du musée, l’idée de constituer une telle collection de matières médicales à Paris remonte tout de même… à la fin du XVIe siècle, lors de la création de la Maison de la charité chrétienne. Il s’agissait d’un endroit où l’on soignait les gens et où l’on cultivait des plantes médicinales. Par ailleurs, on y formait des orphelins au métier d’apothicaire et ces élèves avaient alors besoin d’une collection de matière médicale et autres drogues pour se former. Située rue de l’Arbalète, dans le 5ème arrondissement de Paris, la Maison de la charité chrétienne a ensuite été remplacée par l’École de Pharmacie, qui s’est installée en 1882 dans ses bâtiments définitifs du 4 avenue de l’Observatoire (6ème arrondissement). Bienvenue au musée François Tillequin – Collections de matière médicale.
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Un temple méconnu de trésors historiques
Toujours en activité, le site est beaucoup plus grand et bien mieux adapté aux activités d’enseignement et de recherche. Comme dans tout autre musée, les pièces qu’on y trouve ici sont de véritables témoignages du passé, qui ont demandé une attention toute particulière. Aujourd’hui, le musée contient environ 25 000 échantillons d’origine essentiellement végétale, au point d’être considéré comme l’un des plus importants du monde. Les échantillons les plus emblématiques sur le plan thérapeutique sont accompagnés de nombreux objets illustrant leur récolte, leur transport et leur emploi. On peut par exemple citer celles provenant de l’expédition Bonaparte en Égypte du début du XIXe siècle. Pour rappel, ce dernier s’était entouré de scientifiques lors de sa campagne militaire. On y trouve également des échantillons ramenés par des explorateurs partis en Afrique dans les années 1960. Les échantillons sont ainsi regroupés par zones géographiques cohérentes : Asie (Chine, Vietnam, Japon, Inde, Ceylan et Indonésie, Turquie, Perse), Afrique, Amérique (Amérique du Nord, Amérique Centrale, Amérique du Sud) et Océanie. Autre détail qui ajoute encore plus d’intérêt au musée : les vitrines, préservées depuis la construction du musée, ainsi que le meuble central en “pagode” hérité de l’exposition universelle de 1889. Ouvert chaque année à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine, ce musée présente un double intérêt, à la fois patrimonial et scientifique. Si ces collections illustrent l’histoire de la Pharmacie à travers les siècles avec la présence d’échantillons des XVIIIe, XIXe et XXe siècles, elles sont également une source de travail non-négligeable pour les scientifiques, étudiants, historiens des sciences, spécialistes des substances naturelles ou encore ethnobotanistes.
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Un haut-lieu pour la recherche scientifique
Avec le temps, la façon d’aborder la matière médicale a bien entendu évolué. S’il n’est par exemple plus possible de ramener des échantillons en provenance du monde entier sans autorisation, les prélèvements sur les animaux sont aujourd’hui strictement interdits. Même si certaines substances animales, comme les glandes anales de la civette, représentent un certain intérêt pour la parfumerie, par exemple. Si la matière médicale recouvre historiquement le minéral, le végétal et l’animal, le Laboratoire de pharmacognosie s’intéresse beaucoup aux résines végétales de nos jours. En digne héritière de l’École de pharmacie, la Faculté abrite, dans ses 34 000 m², des services administratifs et techniques, des salles de cours et de travaux pratiques, 6 amphithéâtres, un jardin botanique de 3 436 m², une trentaine de laboratoires et équipes de recherche ainsi qu’une bibliothèque interuniversitaire de pharmacie riche de plus de 100 000 ouvrages et périodiques. Plus de 4 000 étudiants y sont inscrits et 200 doctorants se forment à la recherche et par la recherche. En plus de son cursus traditionnel pharmaceutique qui se déroule sur six ans, la Faculté propose une offre de formation en Sciences de la Vie et de la Santé de niveau Licence, Master et Doctorat. Le tout dans un cadre forcément inspirant. Située au cœur de Paris à proximité du Sénat et du jardin du Luxembourg, la faculté de Pharmacie de Paris réunit, dans ses bâtiments datant pour la plus grande partie de la fin du XIXe siècle, de nombreux éléments artistiques et historiques (peintures, sculptures, mobilier, faïences, jardin botanique…) qui reflètent l’activité d’enseignement et de recherche au fil du temps.
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Musée François Tillequin – Collections de matière médicale
Faculté de Pharmacie de Paris
4 avenue de l’Observatoire
75006 Paris
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Image à la une : Musée François Tillequin © Faculté de Pharmacie de Paris
