Que racontent ces mystérieux repères installés sur les murs de Paris ?

Repère de crue 227 rue de Bercy, Paris 12e © MULLER Marc

Ouvrez les yeux lors de vos prochaines balades dans Paris… Sur certaines façades parisiennes se cachent des témoins discrets d’anciennes catastrophes : les repères de crue. Ces inscriptions marquent les niveaux atteints par la Seine lors de ses débordements les plus spectaculaires ! Parfois masquées ou effacées, ces traces constituent un patrimoine méconnu qui raconte la vulnérabilité de Paris face à son fleuve. Une soixantaine de repères sont recensés dans la capitale, dont 51 concernent la célèbre crue de 1910. Voici où les trouver.

Le plus ancien repère de crue de Paris

C’est place Maubert que se trouve cette marque gravée datant de la crue de mars 1711, qui atteignit 7,55 mètres. À l’angle de la rue Maître-Albert, un habitant du nom de Loisel a fait graver dans la pierre devant son domicile un témoignage de l’importance de cette crue, qui transforma littéralement le quartier en lac !

Repère de crue Place Maubert
Repère de crue Place Maubert © Wikipédia

Mais le repère le plus poétique se trouve au 28 rue de Charenton, à côté de l’entrée de l’hôpital des Quinze-Vingts. Gravée dans la pierre, l’inscription témoigne de la crue du 26 décembre 1740 en ces mots : “La pointe de la rivière est venue vis-à-vis de cette pierre“, signée par un certain Thomas Bouquet. Cette crue historique a atteint 8,05 mètres sur l’échelle du pont d’Austerlitz, faisant d’elle la troisième plus importante après celles de 1658 et 1910. Ce Parisien, manifestement choqué par l’événement, a choisi de figer ce moment dans la pierre pour les générations futures.

Repère de crue rue du Charenton
Repère de crue sur l’Hôpital des Quinze-Vingt © DIREN IDF

Un patrimoine fragile et en danger

Ces repères ne sont pas de simples curiosités historiques. Ils constituent un patrimoine fragile qui peut disparaître lors de ravalements de façades, de destructions d’immeubles ou simplement par manque d’entretien. Chaque repère qui disparaît emporte avec lui une information précieuse sur l’histoire des inondations parisiennes.

Repère de crue - Crue janvier 1910 - 238, quai de Bercy. Paris, 12e © MULLER Marc
Repère de crue – Crue janvier 1910 – 238 quai de Bercy, Paris 12e © MULLER Marc

Si la crue de 1910 reste la plus documentée et la mieux connue, avec ses 8,62 mètres au pont d’Austerlitz qui submergea le célèbre Zouave jusqu’aux épaules, la pire inondation de l’histoire de Paris reste celle de 1658. Pourtant, de cette catastrophe, il ne subsiste presque aucune trace visible dans les rues de la capitale…

Quand le Zouave a les pieds dans l’eau © AFP / Philippe Desmazes
Quand le Zouave a les pieds dans l’eau © AFP / Philippe Desmazes

Aujourd’hui, ces marques gravées prennent une dimension particulière. Paris reste exposée au risque d’une crue centennale, et ces repères historiques nous rappellent que la menace est réelle. En se promenant dans Paris, il suffit de d’ouvrir l’œil pour apercevoir ces témoins du passé : à la Conciergerie sur le boulevard du Palais, au pont Alexandre-III, ou encore rue des Cévennes dans le quartier de Javel. Autant d’avertissements gravés dans la pierre qui racontent la fragilité de la ville face à son fleuve.

Repère de crue 1910, quartier de Javel © Wikipédia
Repère de crue 1910, quartier de Javel © Wikipédia

 

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Crédit photo de une : Repère de crue 227 rue de Bercy, Paris 12e © MULLER Marc

A. C.