Combien de carreaux de céramique cachent le message secret de la station Concorde ?

Impossible de passer à côté de cette mosaïque de lettres bleues sur fond blanc qui recouvre les quais, les murs et même la voûte de la station Concorde. Vue de loin, elle évoque un jeu de Scrabble. De plus près, certains y voient un air de famille avec le célèbre cryptex du Da Vinci Code. Les caractères semblent disposés sans aucune logique. Pourtant, derrière cette décoration intrigante se cache une œuvre monumentale qui fait aujourd’hui de Concorde l’une des plus belles stations du métro parisien. Mais que signifient toutes ces lettres ? Et surtout, combien de carreaux émaillés composent cette incroyable fresque ?

« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits »

Située sous la célèbre place de la Concorde, dans le 8ème arrondissement, cette station est desservie par les lignes 1, 8 et 12 du métro parisien. Son nom évoque la réconciliation nationale voulue après les heures sombres de la Révolution française, un symbole qui fait écho à l’œuvre qu’elle abrite. Depuis 1991, les quais de la ligne 12 accueillent une installation imaginée par l’artiste plasticienne Françoise Schein. Cette œuvre, créée dans le contexte du bicentenaire de la Révolution française, reproduit intégralement le texte de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.

©déclarationdesdroitsdelhommeetducitoyen1789

Le puzzle géant imaginé par Françoise Schein

Mais pour éveiller la curiosité des voyageurs, Françoise Schein a choisi de supprimer tous les espaces entre les mots et de repousser la ponctuation à la fin de chaque article. Résultat : au premier regard, impossible de reconnaître le texte. Les 1 000 m² de lettres Garamond imprimées sur des carreaux de grès ressemblent à un puzzle où les caractères semblent avoir été disposés au hasard. Puis, comme dans une grille de mots mêlés, un mot apparaît, puis un deuxième… On comprend alors que ce désordre apparent cache un texte fondateur : la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.

©F. Schein

Pour l’artiste, cette découverte progressive invite chacun à se réapproprier ces principes universels au fil de son trajet. Fidèle à son engagement en faveur des droits humains, Françoise Schein a décliné ce concept dans plusieurs autres stations de métro européennes, notamment à Bruxelles (Parvis de Saint-Gilles), Lisbonne (Parque), Berlin (Westhafen) et Stockholm (Universitetet).

©F. Schein

44 000 caractères à déchiffrer

Au-delà du texte, une autre question intrigue souvent les voyageurs : combien de carreaux composent réellement cette fresque ? À première vue, impossible de les compter. Chaque carreau en céramique émaillée ne porte pourtant qu’un seul caractère bleu : une lettre, un chiffre ou un signe de ponctuation. Mis bout à bout, ils reconstituent fidèlement les 17 articles de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Ce gigantesque puzzle typographique donne l’impression d’un texte infini. Pourtant, il repose sur un chiffre bien précis. La réponse est à la hauteur de l’œuvre : 44 000 carreaux vitrifiés sérigraphiés. Un scrabble géant qui transforme la station Concorde en l’une des plus étonnantes du métro parisien.

Rédacteur
Touche-à-tout passionné, on peut aussi bien le croiser dans la fosse d’un concert qu’au détour d’une exposition ou au balcon d’un théâtre.