
Pendant près de dix ans, il a fasciné, fait trébucher, agacé et amusé des millions de voyageurs. Conçu pour être le trottoir roulant le plus rapide du monde, le célèbre tapis de la station Montparnasse devait symboliser le transport du futur. Il est finalement devenu l’un des plus célèbres flops technologiques parisiens.
Le tapis roulant qui voulait révolutionner les transports
Si tu es déjà passé par la gare Montparnasse, tu sais à quel point ses couloirs sont interminables. Le plus célèbre d’entre eux mesure près de 200 mètres ! Au début des années 2000, la RATP nourrit donc une ambition : raccourcir ce long couloir de correspondance reliant les lignes 4 et 12 aux lignes 6 et 13, ainsi qu’à la gare Montparnasse, emprunté chaque jour par plus de 100 000 voyageurs. Son idée ? Concevoir un trottoir roulant quatre fois plus rapide que les modèles classiques. Une innovation qui fait rêver les Parisiens toujours pressés. Le 2 juillet 2002, la station inaugure un prototype inédit au monde. Capable d’atteindre 3 mètres par seconde, soit près de 11 km/h, il promet de faire gagner jusqu’à 1 minute 30 sur le parcours. Pour les usagers quotidiens, cela représente quinze minutes économisées chaque semaine, soit près de dix heures par an. À l’époque, le projet est présenté comme une vitrine du savoir-faire français. Développé par les Constructions Industrielles de la Méditerranée (CNIM), après plusieurs années de recherches et d’essais, il doit ouvrir la voie à une nouvelle génération de trottoirs roulants dans les aéroports, les gares et les métros du monde entier.

Une accélération à l’origine de nombreuses chutes
Mais dès les premiers jours, tout ne se passe pas comme prévu. Pour atteindre les 11 km/h promis, le système repose sur un mécanisme particulièrement sophistiqué : avant d’arriver sur le tapis roulant, les voyageurs doivent poser les pieds sur une série de rouleaux accélérateurs tandis que leurs mains suivent une rampe mobile qui accélère elle aussi. Sur le papier, tout semble parfait. Dans la réalité, c’est une autre histoire. À peine une semaine après son inauguration, les premières chutes se multiplient : certains perdent l’équilibre, des valises partent dans tous les sens, des chevilles se foulent et quelques passagers terminent même leur trajet sur les fesses. Le tapis roulant le plus rapide du monde est en train de devenir… le plus redouté.

Pour tenter de rassurer les usagers, la RATP recrute des hôtesses chargées d’expliquer le fonctionnement du dispositif, installe des écrans pédagogiques et multiplie les annonces. Rien n’y fait. La vitesse est rapidement abaissée à 9 km/h, puis les ennuis mécaniques s’accumulent. Les fermetures pour maintenance deviennent presque aussi fréquentes que les périodes de fonctionnement, au point que certains habitués plaisantent en affirmant n’avoir jamais vu le tapis marcher à pleine vitesse. Et lorsqu’il fonctionne enfin, c’est bien souvent… à la même allure qu’un trottoir roulant classique, avec en prime la célèbre annonce diffusée en boucle : « Gardez le pied à plat. »
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Un prototype à 4,5 millions d’euros
Le projet représente pourtant un investissement considérable pour l’époque : 4,5 millions d’euros, financés à 50 % par la RATP, 25 % par la Région Île-de-France et 25 % par le Syndicat des transports d’Île-de-France. Pendant plusieurs années, les équipes de maintenance s’acharnent à améliorer le système : les accélérateurs sont modifiés, les mains courantes adaptées et les réglages revus à plusieurs reprises. En vain. Le trottoir roulant souffre d’un défaut de conception : il demande une véritable phase d’apprentissage. Contrairement à un tapis classique, il faut adopter un geste précis pour y monter, une contrainte pas vraiment compatible avec le rythme effréné d’une gare où chacun court après son train. Surtout, le prototype semble avoir été imaginé pour un voyageur « idéal » : en bonne santé, sans bagages volumineux et chaussé de manière adaptée. La réalité est évidemment bien différente. Quant à sa mécanique particulièrement sophistiquée, elle se révèle trop fragile pour supporter le passage quotidien de dizaines de milliers d’usagers.

Après huit années de difficultés, la RATP finit donc par jeter l’éponge. En mai 2010, elle annonce officiellement l’abandon du prototype, jugé trop complexe, insuffisamment fiable et trop difficile à maintenir. Quelques mois plus tard, le démontage commence pour laisser place à un trottoir roulant classique, mis en service en 2011. Le tapis roulant le plus rapide du monde disparaît ainsi, sans avoir connu la carrière internationale qui lui était promise.
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