Les utopiques maisons ouvrières du 20e arrondissement

09 avril 2018

Groupe Maisons Ouvrières

Porche monumental, mosaïques en céramique, grande cour donnant sur des immeubles à brique apparente… C’est à quelques minutes du plus grand cimetière de la capitale, sur les hauteurs du quartier Gambetta, que se cache ce très bel ensemble d’immeubles caractéristique des constructions ouvrières du début du XXe siècle. On le découvre.

Un ensemble d’immeubles érigé pour les ouvriers et les travailleurs pauvres

Dans ce quartier, qui fait la part belle aux logements à brique apparente – vestiges des habitations à loyer modéré de la première moitié du XXe siècle – cet ensemble d’immeuble pourrait ne pas attirer l’oeil. Et pourtant, en arrivant devant les numéros 1 à 17 de la rue d’Annam, on est immédiatement attiré par un détail : le fronton du porche. Ce dernier se compose d’une fresque en céramique et d’un bas-relief représentant une femme offrant un objet, vraisemblablement un mouchoir, à un groupe de personnes. En s’intéressant de plus près à l’histoire du lieu, on comprend rapidement que la femme en question est la créatrice de la fondation “Groupe des Maisons Ouvrières” et  les personnes qui lui font face sont des ouvriers et employés en passe de devenir locataires.

Groupe Maisons Ouvrières

Cette femme s’appelle Amicie Lebaudy et a créé, à la fin du XIXe siècle, l’une des toutes premières fondations dédiées à la construction d’habitations salubres et bons marchés pour les foyers modestes. En cette époque post-révolution industrielle, l’habitat social est considéré comme un moyen de contrôle des couches populaires et comme un enjeu pour la productivité. Si les premières lois donnant la possibilité à l’État d’agir dans le domaine immobilier sont déjà en vigueur, les logements bons marchés sont la plupart du temps le fruit d’initiatives privées comme celles de la fondation Rothschild ou, ici, la fondation Groupe des Maisons Ouvrières. Ces constructions sont aussi bénéfiques pour les ouvriers qu’intéressantes pour les entrepreneurs.

Amicie Lebaudy, veuve de Jules Lebaudy (l’une des plus grandes fortunes de France de l’époque) créé donc sa fondation philanthropique à l’aube du XXe siècle. Son ambition est de bâtir des « logements à bon marché présentant toutes garanties au point de vue de l’hygiène ». Parmi ces habitations se trouvent de logements situés au niveau de l’avenue Daumesnil (12e) ou dans la rue de l’Amiral Roussin (15e) et cet ensemble du 20e arrondissement que nous découvrons.

Groupe Maisons Ouvrières

Édifié en 1913 par Auguste Labussière, cet ensemble d’immeubles fait donc partie des premiers prototypes d’Habitations Bons Marchés (HBM) français. Composé de 217 appartements, il est particulièrement représentatif de l’architecture hygiéniste en vogue à l’époque : la façade en brique apparente s’accompagne de soubassements en meulière. Les espaces de vie sont aérés par une grande cour lumineuse. Aussi, les appartements répondaient à toutes les exigences d’hygiène et de confort de l’époque, en donnant aux locataires des WC individuels et deux lavoirs collectifs, un pour les hommes et un pour les femmes, à l’emplacement de l’immeuble central bâti dans les années 1970.

Groupe Maisons Ouvrières

Si le calme, le terrain accidenté et la verdure de ce petit coin du 20e arrondissement sont résolument dépaysants, le détail le plus impressionnant reste l’imposant porche voûté et orné de mosaïques colorées. De chaque côté du porche, se trouvent des fresques aux tons orangés et bleus nous rappelant que nous entrons dans une propriété gérée par le “Groupe des Maisons Ouvrières”. Une sublime loge qui accueille, depuis toujours, un gardien, complète cet étonnant tableau.

Groupe Maisons Ouvrières

Ces immeubles du 20e arrondissement ne sont plus aujourd’hui considérés comme des habitations à loyer modéré. Toutefois, ils sont toujours gérés par la fondation “Groupe des Maisons Ouvrières” – devenue “Fondation Madame Jules Lebaudy” à la mort de sa créatrice en 1917 – et continue d’offrir un environnement calme et privilégié pour un prix bien inférieur à celui du marché.

Groupe Maisons Ouvrières

Fondation Groupe des Maisons Ouvrières – 1-17 rue d’Annam, 75020
Métro : Gambetta (ligne 3)

Crédit texte et photos : Cyrielle Didier / Paris ZigZag