L’heureux mélange des genres de l’église Saint-Roch

11 février 2018

Intérieur de l'église saint Roch à Paris

La magnifique église Saint-Roch est l’une de celles où les styles classique et baroque se mélangent. Cet « aménagement » s’explique par le temps qu’a pris sa construction, qui s’est étalée pendant presque un siècle de 1653 et 1722.

En lieu et place de l’église Saint-Roch se trouvait une petite chapelle dédiée à Sainte Suzanne. Cette dernière a été édifiée en 1521 par un commerçant. 56 ans plus tard, comme un éternel signe de reconnaissance, le neveu de ce commerçant a fait bâtir cette grande église que nous connaissons aujourd’hui, sous la protection de Saint Roch.

Elle est alors plus grande, mais n’a pas encore la stature d’une des « grandes églises » de la capitale. Pour le moment… puisqu’en 1653 le corps de l’église est élevé. Et comme pour lui apporter une certaine légitimité, c’est le monarque de droit divin, Louis XIV lui-même, accompagné de sa mère Anne d’Autriche qui pose la première pierre. Jusqu’à 1690, ce sont les plans de Jacques Le Mercier, l’architecte de la Sorbonne, qui sont suivis pour la construction. On lui doit d’ailleurs le sublime chœur et de la nef.

Chapelle de la Vierge à l'intérieur de l'église Saint Roch

Chapelle de la Vierge à l’intérieur de l’église Saint Roch

Parmi les nombreuses chapelles présentes dans l’église, l’une des premières construites fut celle en l’honneur de sainte Suzanne, en guise d’hommage à la précédente petite église.
La bâtisse subit de nombreuses transformations au cours du XVIIIe siècle, comme l’ajout de chapelles, la transformation de la façade ou encore celle de la toiture. Elle devient, alors, l’une des plus vastes églises de Paris. Pour juger de son prestige, il suffit de regarder les personnalités qui y ont été inhumées à l’image des sculpteurs François et Michel Anguier, l’écrivain Pierre Corneille, le « jardinier » Le Nôtre, l’amiral Dugay-Trouin, ou encore le célèbre écrivain Diderot.

Une paroisse qui témoigne de l’histoire

On peut encore observer aujourd’hui des trous sur la façade, stigmates des conflits entre des groupes révolutionnaires et monarchistes. Il faut dire que l’église se trouvait au centre des tensions. En effet, durant la Révolution, c’est par la rue Saint Honoré que les condamnés de la Conciergerie étaient conduits jusqu’à la place de la Concorde pour y être exécutés. Des groupes de résistants menaient alors des embuscades pour tenter de libérer leurs camarades. Si les dégâts sont toujours visibles à l’extérieur, des méfaits ont également été perpétrés à l’intérieur même de l’église. Ainsi de nombreuses œuvres d’art et objets ont été pillés en cette période, même les tombeaux ont été vidés de leurs dépouilles. Par exemple, le corps de Diderot n’a jamais été retrouvé.

Le jeune Général Napoléon donnant l'ordre de tirer sur les insurgés sur le parvis de l'église saint Roch

Le jeune Général Napoléon donnant l’ordre de tirer en direction des insurgés sur le parvis de l’église saint Roch

En 1798, elle est faite temple du Génie par les théophilanthropes, des pratiquants religieux qui ne croient qu’en Dieu et en l’amour de leurs prochains. Cependant, le culte catholique est rétabli en 1804 et 9 ans plus tard, l’église est littéralement saccagée par des milliers de manifestants protestant violemment contre la décision de l’église de ne pas enterrer chrétiennement la comédienne Françoise Raucourt. Ce sera, heureusement, le dernier incident religieux de l’histoire de la paroisse.

L’église saint Roch – 296 Rue Saint Honoré, Ier
Métro : Ligne 7, 14 Pyramides
Ouverte tous les jours de 8h30 à 19h

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