Vous ne connaissez pas ces anecdotes sur la Braderie de Lille

Tas de moules du restaurant Aux Moules en 1970 © Good Morning Lille - Lille Zigzag

Chaque année, le premier week-end de septembre, Lille se transforme en un gigantesque braderie de plus de 100 kilomètres d’étals. Elle est considérée comme la plus grande braderie d’Europe. Mais au-delà de sa réputation festive, voici les histoires les plus folles de la Grande Braderie !

1. Des « franches foires » à la Braderie

Les premières traces écrites qui font mention de la Braderie remontent à 1127, sous la plume du chroniqueur Galbert de Bruges. À l’époque, l’événement s’appelle la « franche foire » : c’est une période pendant laquelle la ville autorise exceptionnellement les marchands étrangers à venir vendre leurs produits aux côtés des commerçants lillois, sans payer aucune taxe. C’est seulement au XVe siècle que le mot « braderie » fait son apparition. Deux gérants d’établissements, Pierre Tramart et Gobin Maille, obtiennent la permission de faire rôtir de la viande et du hareng sur le trottoir. Le terme découlerait directement du flamand braden, qui signifie « rôtir ». Quant au côté vide-grenier, il s’installe progressivement lorsque les domestiques reçoivent l’autorisation de revendre les objets usagés dont leurs maîtres ne veulent plus. Alors aujourd’hui vous chinez tranquillement chaque année, mais on parie que vous ne connaissiez pas cette anecdote !

2. Quand Lille rejoue un tableau du 17e siècle

En 1882, la municipalité lilloise prend une décision inédite : bousculer la tradition en décalant la Braderie d’un mois, jusqu’en octobre. L’objectif ? Célébrer les 90 ans de la fin du siège de Lille par l’armée autrichienne en 1792. Pour marquer le coup, les autorités demandent aux participants de se vêtir à la mode du XVIIIe siècle, afin de reconstituer grandeur nature le célèbre tableau d’époque peint par François Watteau. Une petite session de cosplay historique avant l’heure !

Une du Monde Illustré en 1882 / La Braderie, François Watteau, 1799 - Lille Zigzag
Une du Monde Illustré en 1882 / La Braderie, François Watteau, 1799

3. La Braderie d’après-guerre… sans moules ! (1945)

Après l’interruption forcée durant la Seconde Guerre mondiale, les Lillois ont hâte de retrouver leur grande fête populaire en 1945. Problème : la France sort tout juste du rationnement et les côtes nationales sont vides. Pour sauver la tradition, la ville passe une commande express de moules en Hollande. Malheureusement, à leur arrivée en gare de Lille Saint-Sauveur, les cargaisons sont jugées totalement avariées et doivent être jetées d’urgence à la poubelle. Une édition d’après-guerre qui restera à jamais gravée comme la « Braderie sans moules » !

4. Les compétitions de moules

La consommation de moules est devenue incontournable suite à des épidémies ayant touché les volailles (que l’on consommait à l’origine). On retrouve d’ailleurs les premières traces de tas de coquilles devant les restaurants dès 1904. Depuis, les restaurateurs du centre-ville rivalisent d’inventivité pour ériger la montagne de coquilles la plus haute devant leur vitrine. Cette compétition informelle mais prise très au sérieux donne lieu à des scènes très marrantes : il n’est pas rare de voir des patrons de brasseries sortir discrètement dès 6h du matin pour mesurer la pile du concurrent d’en face !

Tas de moules du restaurant "Aux Moules" place Rihour à Lille en 1970 VS en 2025 - Lille Zigzag
Tas de moules du restaurant « Aux Moules » place Rihour à Lille en 1970 VS en 2025

5. Le vent de fraîcheur de Mai 68 et des radios libres

Dans l’après-guerre, la Braderie s’essouffle et perd un peu de son esprit festif au profit d’un aspect purement commercial. Mais dans la foulée de Mai 68, la jeunesse militante réinvestit les rues dans les années 70. La Braderie devient alors une tribune à ciel ouvert : pétitions en tous genres, collectes associatives et concerts improvisés sur des podiums. C’est également le terrain de jeu privilégié des radios libres (alors encore clandestines), qui profitent de la cohue générale et d’une certaine tolérance pour émettre dans toute la métropole.

6. Quand le Premier ministre ramène les médias (1981)

Si la Braderie est un monument dans le Nord, son aura reste longtemps régionale. Tout bascule en 1981 avec l’élection de François Mitterrand et la nomination de Pierre Mauroy, alors maire de Lille, au poste de Premier ministre. Fervent amoureux de sa ville, il emmène dans ses bagages une armée de journalistes parisiens et les caméras d’Antenne 2 pour couvrir l’événement en direct. Du jour au lendemain, la France entière découvre la convivialité des bradeux lillois !

Pierre Mauroy à la braderie de Lille en 1981 © CMCM - Lille Zigzag
Pierre Mauroy à la braderie de Lille en 1981 © CMCM

7. Quand le « lundi de Braderie » a tiré sa révérence (1996)

Les plus anciens s’en souviennent : pendant très longtemps, la Braderie s’est déroulée du dimanche au lundi ! Les Lillois posaient régulièrement leur journée de début de semaine pour chiner au calme. Ce n’est qu’en 1996 que le format a été officiellement basculé sur le week-end (du samedi matin au dimanche soir) pour permettre à des millions de visiteurs hors région de pouvoir faire le déplacement plus facilement.

8. La grosse drache de 2011

Le samedi 3 septembre 2011 débute sous un soleil radieux et une chaleur estivale. Mais en fin d’après-midi, le ciel s’assombrit brutalement : Météo France déclenche une alerte orange pour des pluies diluviennes accompagnées de rafales de vent à plus de 90 km/h. En quelques minutes, les rues se changent en torrents, les bâches s’envolent et les bradeux remballent leurs affaires dans une panique mémorable. Dès le lendemain matin, le soleil était de retour et la fête reprenait comme si de rien n’était !

Photo en couverture © Good Morning Lille

Rédactrice et vidéaste
Je vous embarque dans les rues pavées de Lille pour débusquer des lieux secrets et des pépites méconnues !