
Plus étonnant que cela puisse paraître, le Vieux-Lyon a failli être annihilé. On vous raconte le projet « Navigation » qui avait pour objectif de réduire un néant ce quartier mal aimé et insalubre, loin des belles couleurs qu’on lui connaît aujourd’hui.
Le Vieux-Lyon menacé
Difficile de l’imaginer aujourd’hui en traversant les rues Saint-Jean, du Bœuf ou des Trois-Maries. Avec ses traboules, ses façades Renaissance et ses cours intérieures, le Vieux-Lyon est aujourd’hui un des principaux emblèmes de la ville. Mais au début du XXe siècle, ce quartier est un cauchemar pour les Lyonnais. Il est vieillissant, paupérisé, totalement insalubre ! Nous avons eu du mal à y croire, mais les belles couleurs n’y étaient pas du tout encore d’actualité. Après-guerre, une autre conception de la ville s’impose : on cherche à modernité. La circulation automobile est le fer de lance du progrès. Ça aussi, difficile d’y croire, surtout en 2026 !

Sous le mandat de Louis Pradel, maire de Lyon à partir de 1957, le Vieux-Lyon va être la cible du fameux projet « Navigation ». Notez qu’on le surnommait « Zizi Béton », car il était connu pour avoir des projets de bâtiments s’élevant vers le ciel, au détriment des arbres. Il n’empêche que sa politique urbaine était particulièrement ambitieuse, puisqu’il souhaitait adapter la ville à la circulation en pleine croissance ! L’idée reprend en partie un projet antérieur : remplacer le vieux pont du Change, puis prolonger le nouvel axe depuis la Saône par une large voie urbaine remontant vers Fourvière et permettant une connexion avec le réseau routier et autoroutier. Pour que ce souhait voie le jour, pas le choix, il faut démolir une partie du Vieux-Lyon. Les documents d’urbanisme de cette période prouvent que cette idée n’étaient pas seulement des paroles en l’air !
Finalement, le projet « Navigation » ne sera pas réalisé dans sa totalité. Ce grand miracle porte des prénoms que l’Histoire lyonnaise n’oubliera jamais.
La mobilisation face au projet « Navigation »
L’association Renaissance du Vieux-Lyon, fondée dès 1946, joue un rôle essentiel dans la prise de conscience de la valeur du quartier. À partir de 1961, elle est présidée par un journaliste lyonnais, véritable personnage principal de cette histoire : Régis Neyret. Sa femme, Annie Neyret participe aussi activement à cette bataille. Le combat du couple consiste à préserver un quartier habité et vivant, tout en restaurant son patrimoine. Avec « Renaissance du Vieux-Lyon » et d’autres organisations, les Neyret militent pour faire reconnaître la valeur architecturale d’un ensemble encore largement considéré comme vétuste. Imaginez : David contre Goliath. En plus, leurs arguments étaient de taille, parce qu’ils habitaient eux-mêmes le Vieux-Lyon.

Les époux Neyret et les associations parviennent d’abord à freiner les projets de Louis Pradel et à attirer l’attention sur la valeur patrimoniale du quartier. Puis, arrive 1962 et là, le retournement de situation n’en est que plus spectaculaire !
Lyon sauvé : inscrit au patrimoine mondial
Cette année-là, André Malraux, ministre chargé des Affaires culturelles, fait adopter la loi qui permettra de protéger des quartiers historiques entiers plutôt que seulement des monuments isolés. Et deux ans plus tard, le 12 mai 1964, le Vieux-Lyon devient officiellement le premier secteur sauvegardé de France. Le rêve des Neyret et des associations prend vie : on commence à restaurer le quartier entre 1964 et 1976. D’ailleurs, Louis Pradel n’est pas en reste ! Dès 1962 il participe à la création de la SEMIRELY, « Société d’économie mixte de restauration du Vieux-Lyon ». Goliath s’est allié à David. En 1998, le site historique de Lyon est finalement inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Comptez 427 hectares ! Donc, en à peine 30 ans, le Vieux-Lyon est passé de quartier mal-aimé et insalubre à une véritable pépite protégée. Quant aux époux Neyret, bien qu’ils ne soient plus de ce monde, Lyon les a rendus immortels. En 2023, le long de la promenade éponyme, vous pouvez retrouver une sculpture en bronze qui les symbolise. Elle a été réalisée par la sculptrice Annick Leroy.

Photo à la une : Le Vieux-Lyon depuis les quais aujourd’hui © Adobestock Sergi Funiyi