La mythique Route du Poisson renaît après 9 ans d’absence !

La route du Poisson est de retour ! Ou plutôt devrait-on l’appeler la route deuch’Pichon en Picard ! Cette course populaire d’attelage équestre aura lieu du 21 au 26 septembre prochain, après neuf longues années d’absence. 1400 participants et des chevaux de trait entament une course d’endurance pour parcourir les 300 kilomètres qui séparent la « capitale de la Côte d’Opale » de Paris. On retrace avec vous l’histoire de cette folle aventure.

Une pratique du XIIIe siècle en pleine renaissance

Cette course pittoresque prend en réalité racine dans une pratique bien ancrée en France jusqu’au milieu du XIXe siècle. À l’origine, la « Route du Poisson » désigne l’itinéraire qui part du premier port de pêche de France, Boulogne-sur-Mer dans le Pas-de-Calais, jusqu’aux marchés parisiens, du poisson fraichement pêché en Mer du Nord.

Les chevaux de trait, avant de servir à la boucherie chevaline, servaient en effet principalement à tracter une calèche à deux roues, attelés seul et jusqu’à cinq pour approvisionner le Boulevard Poissonnière et les Halles. Et ce depuis le Moyen-Âge ! Pour assurer la conservation des poissons, ces derniers étaient placés dans de grands paniers protégés par des algues et enveloppés dans de la glace. Les calèches, alourdies de la sorte, pouvaient peser jusqu’à 3,5 tonnes. Cette activité vitale pour la capitale se pratiqua pendant 600 ans et pris brutalement fin en 1848 avec l’avènement de la Compagnie des chemins de fer du Nord par le baron de Rothschild.

Mais l’esprit de la Route du Poisson ne disparait pas totalement… En 1989, un groupe d’historiens passionnés par les chasse-marée – l’homme chargé de mener l’attelage – présente à Bruno Pourchet, directeur du haras national de Compiègne, leur projet. En 1991, ce dernier accepte de faire renaître l’itinéraire grâce à une course organisée annuellement. Jusqu’en 2012 où elle s’arrête faute de financement, l’événement attire quelques 400 000 spectateurs. Elle renaîtra une deuxième fois de ses cendres grâce à Thibaut Mathieu, entrepreneur et cavalier, en septembre prochain.

« Le sport au service du patrimoine »

Thibaut Mathieu expliquait avec enthousiasme au Parisien que « ce trajet est entré dans l’histoire quand, en 1671, le grand cuisinier François Vatel, l’inventeur de la crème Chantilly, s’est donné la mort. Ne voyant pas venir les chasse-marée, l’intendant qui prévoyait un festin de poisson pour le roi Louis XIV en visite chez le prince de Condé n’avait pas voulu subir l’affront d’être incapable de les servir. » Pour faire revivre cet itinéraire mythique, il a œuvré depuis janvier 2020 avec une cinquantaine de salariés pour organiser la compétition.

En septembre prochain, ce seront donc 6000 bénévoles, 50 vétérinaires et 15 équipes de onze paires de chevaux – françaises, allemandes, suédoises ou encore autrichiennes – qui franchiront la ligne de départ. La plus grande course d’attelage d’Europe s’étendra sur cinq jours ; la course se fera par étape de 15 kilomètres pour relayer les chevaux, mais il y aura également sept épreuves « spéciales » organisées au Touquet, haut lieu de l’équitation en France. Ces épreuves reprennent les traditions d’attelage comme la traction du flobart durant laquelle les chevaux doivent tirer une barque de 125m de long ou encore l’épreuve du débardage qui consistera à déposer un tronc de 35m de long sur un rondin, en équilibre.

À Paris, les festivités auront évidemment lieu le dernier jour, le dimanche 26 septembre 2021, puisqu’il s’agit du point d’arrivée :

08h00 : Arrivée du premier concurrent à Chantilly
10h00 à 11h00 : Départ pour la dernière étape de Paris Intramuros
10h00 Ouverture du village arrivée
11h00 > 12h13 : Arrivées de l’étape
13h00 à 15h00 : Équipes en démonstration sur les Champs Elysées
15h00 : Livraison du poisson frais à l’Élysée par l’équipe gagnante
16h00 à 17h00 : Remise des prix

Démonstration de l’épreuve du flobart.
© Jean-Léo Dugast

L’envie de faire renaître la course vient aussi de la menace d’extinction du Boulonnais. Cette race de cheval de trait, symbole du Nord de la France est aussi appelé « le colosse en marbre blanc ». À l’époque, les États-Unis en ont même fait venir de France pour labourer les champs du grand Ouest ! Grand gagnant de quatre éditions, le Boulonnais sera également présent en septembre pour cette course qui s’attache à illustrer la relation homme – cheval et non la soumission de ce dernier par l’humain.

Mais ce que Thibaut Mathieu souhaite profondément mettre en valeur, c’est le savoir-faire maritime et agricole français. Durant la course, pas moins de 100 villes et villages seront traversés. L’occasion de rassembler les territoires et de faire valoir leur patrimoine. En 1991, lors de la première édition réinventée de la Route du Poisson, un défilé costumé avait rejoint les Halles pour une distribution symbolique de poissons aux restaurateurs. En attendant le mois de septembre et pour fêter le retour des bars le 19 mai, trois attelages livreront du poisson à l’association des Maîtres restaurateurs parisiens valorisant le fait-maison !

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