Le dandy est l’archétype d’une philosophie de vie marquée du sceau de l’élégance, de la politesse et parfois même empreinte d’une certaine forme de décadentisme… Or, de plus en plus, semble resurgir dans la bonne société parisienne des références à ce style de vie. Entre volonté de renouer avec une certaine forme d’esthétisme surannée, refus du monde contemporain ou encore simple narcissisme exacerbé, investiguons les origines de cette remise au goût du jour du Dandysme !

Dandys de la chaussée d’Antin … à Pékin, estampe, par Nadar (1820-1910), 1837.

L’origine du dandy

Les premiers dandy sont à chercher du côté de Londres, le berceau du flegme et de l’élégance. Si l’origine du mot est incertaine, tout porte à croire que le mot “dandy” émergerait à partir des années 1780, lorsque de jeunes hommes se seraient mis à adopter un style vestimentaire volontairement excentrique les jours de messes. Signe d’une époque tendant vers le romantisme et à une certaine déchristianisation des mœurs, ces jeunes garçons affirmaient, par leurs vêtements, une identité volontairement anticonformiste.

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Caricature anglaise, datant de 1818. Les deux jeunes dandys sont ici représentés sous les traits du voleur fourbe et transgressif.

C’est surtout au XIXe siècle, à partir des années 1810 notamment, que la jeunesse romantique, souvent issue des hautes -classes bourgeoises (voire aristocrates), s’empara de ce style à contre-courant de l’ordre classique. Chef de file de cette mode, l’écrivain normand Barbey d’Aurevilly (1808-1889) exprime, à travers ses écrits bien sûr, mais aussi à travers son apparence, une ethos, un corpus de valeurs particulier. Celles-ci souhaitent se distinguer de la norme, et fait du beau (au sens large) la ligne directrice de toutes les actions quotidiennes. L’expression verbale et corporelle est soignée, de même que cela s’accompagne d’une posture critique envers la modernité, que les dandys accusent parfois de verser dans la décadence : le fameux « mal du siècle » des romantiques, en butte contre une société bourgeoise corsetée. Si certains dandys, à l’instar de Barbey vont revendiquer une attache réactionnaire, monarchiste, d’autres, comme l’écrivain Alfred de Musset, et bien d’autres, vont se ranger du côté d’un idéal révolutionnaire : ils formeront la cohorte des écrivains pro-républicains de la révolution 1848 !

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Jules Barbey d’Aurevilly en 1882 par Émile Lévy. L’auteur du Chevalier des Touches est un écrivain dandy emblématique.

Une esthétique de l’âme et du corps

En outre, d’un point de vue vestimentaire, le dandy romantique n’a rien à envier à son pendant féminin, « l’élégante ». Le dandy aime courir les boutiques des rues Viviennes ou du boulevard des Italiens, ou encore les galeries du Palais-Royal, qui sont les quartiers à la mode dans la première moitié du XIXe siècle. A la manière des hipsters d’aujourd’hui, les dandys s’arrachaient les derniers vêtements tendances, tels les chapeaux haute-forme en feutre, les cravates de mousseline ou de satin, les célèbres redingotes de drap, les gilets, ou encore les bas de soie qui constituaient l’attirail du parfait dandy. Dans les nouveaux manteaux prisés par les dandys, des poches font leur apparition, ce qui permet à son propriétaire épris de littérature romantique de ranger le livre de son auteur préféré (le format poche est justement créé au début du XIXe siècle) et vient ainsi parfaire l’équipement. Pour les dandys les plus nantis, les vêtements se faisaient blanchir… à Londres, car considérée comme la ville symbole de l’élégance vestimentaire. Cela fait un peu cher la laverie !

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Une redingotte blanche, exposée au Petit Palais, à l’occasion de “Paris romantique”

Outre le vêtement, le dandy doit afficher fièrement une supériorité naturelle, une sorte de mépris aristocratique à l’endroit des représentants de la laideur. Le voix se fait assurée, nonchalante, le langage se fait précieux, tout en étant parfois subversif et moqueur. Aucun signe de faiblesse extérieur ne doit également se manifester et le flegme est tenu pour nécessaire. Si certains dandys, amoureux des choses simples et des belles choses, revendiquent une vie de bohème, n’est pas dandy qui veut ! Un bon portefeuille doit souvent agrémenter le tout, pour soutenir un certain train de vie….

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@Gallica. Les jardins du Palais-Royal, dessin (1819), Gabriel Civeton.

Le style dandy continue de susciter des émules parmi les hommes de la seconde moitié du XIXe siècle, avec au premier chef Oscar Wilde (1854-1900), le représentant d’un dandysme assumé. Le personnage de Dorian Gray, dans le livre éponyme de Wilde, coche, à cet égard, toutes les cases du parfait dandy : narcissisme, apparence soignée et maniérée, mépris des règles et de la tradition… En France, le roman A rebours, de John Carl Huysmans (1848-1907), paru en 1884, peut également se rapprocher de l’esthétique dandy. L’essentiel de la narration tourne autour des goûts du personnage principal, Jean des Esseintes, personnage excentrique et esthète : le roman est une sorte de représentation paroxystique du mode de vie dandy, centré autour des frivolités de l’apparence.

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Robert de Montesquiou. (Portrait par Giovanni Boldini (1897). Paris, Musée d’Orsay.). Robert de Montesquiou est un homme de lettre, considéré comme le symbole du mode de vie dandy à la fin du XIXe siècle. Il aurait inspiré le personnage des Esseintes dans À Rebours de Huysmans.

L’esprit dandy aujourd’hui

Le dandy aurait, de nos jours, subi une sorte de mutation : du dandy romantique, nous serions passés au hipster anticonformiste, mais avec un arrière-fond rappelant la figure de l’ancien. Une forme de snobisme, couplée à une volonté d’affirmer une identité propre par le truchement de l’apparence, serait ici le lot de nombreux jeunes citadins. A ce goût pour l’apparence peut également, encore aujourd’hui, se superposer un dégoût pour le monde moderne, comme en témoigne la remise au gout du jour du concept d’authenticité, qui irrigue bon nombre de modes de consommation : recherche d’une alimentation authentique, d’une vie authentique, d’une table authentique, d’un vélo authentique…

En somme, le dandy évolue à contre-courant de son époque et manifeste le plus souvent une attitude de supériorité vis-à-vis de ses contemporains. Souvent membre de l’élite, le dandy assume un mode de vie alternatif. “Dandy” reste néanmoins un mot-valise, et se décline en une grande variété de profils (du dandy décadentiste au dandy révolutionnaire en passant par le dandy nihiliste). Au XXIe siècle, Karl Lagerfeld faisait figure, il y a encore pas si longtemps, de vestige vivant de cet art de vivre dandy. Mais cette tendance dandy peut également se retrouver dans certaines philosophies de vie qui ont le vent en poupe aujourd’hui : typiquement, le hiptser urbain, qui suscite tant de réactions négatives…hipster-vin-paris-zigzag

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Crédit illustration de Une : tableau de dandy, JC Leyendecker, 1905.

 

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