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La création artistique fut pendant plusieurs siècles guidée par un seul souci : la recherche du beau. Au XXe siècle, sous l’effet d’artistes novateurs et anticonformistes, l’art changea radicalement d’objectif pour se concentrer sur la recherche de  « l’intellect ». Fini la beauté, la grâce héritées des codes classiques, place dorénavant au « concept ». A l’origine de ce tournant, une œuvre qui a marqué toute une civilisation : Fontaine, de l’artiste Duchamp.

La révolution par l’urinoir

En 1917, l’artiste français Marcel Duchamp (1887-1968) suscite le scandale dans les milieux artistiques occidentaux, en exposant, sous pseudo, un objet particulièrement anticonformiste, à la société des artistes de New York : un urinoir (ou pissotière) dans son plus simple appareil, sans artifice ni apports. Contre toute attente, la société des artistes crie au génie ! Séduit par les explications du Français, qui voit dans le choix d’une œuvre, et non dans sa réalisation, l’origine de l’art, l’institution américaine salue une “œuvre révolutionnaire”.

Pourtant, derrière une explication de l’œuvre un peu pompeuse, truffée d’expressions grandiloquentes telle « c’est sacré parce que choisi », Marcel Duchamp ne recherche, à l’origine, que l’amusement, et dans une moindre mesure le scandale. Tombé dans le piège, l’institution américaine vante pourtant les mérites intellectuels des premiers ready-mades de l’histoire, c’est-à-dire objets « tout faits », que Marcel Duchamp utilise depuis 1913 pour susciter la polémique dans les milieux artistes parisiens. L’artiste normand ne fait ici pourtant que s’approprier un objet, laid, sans réel intérêt à l’origine, si ce n’est de répondre à un besoin primaire, et souhaite lui donner une légitimité artistique… seul le choix de l’objet préside la réalisation artistique ici.

Aux sources de cet engouement américain pour l’urinoir de Duchamp, viennent également s’adjoindre des considérations politiques. Depuis le début du XXe siècle, l’art américain souhaite en effet s’affranchir du carcan européen et imposer une nouvelle manière d’aborder l’art. L’intelligentsia américaine se targue d’être plus progressiste que sa grande sœur européenne et en vient, pour cela, à tresser des louanges à tout ce qui sort des codes classiques.

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Marcel Duchamp, ‘Roue de bicyclette’, 1913, © ina

Un héritage duchampien…

Tout au long du XXe siècle, les artistes contemporains souhaitent s’inscrire dans le sillage de Marcel Duchamp. Ce dernier aurait, modestement, libéré l’art des anciennes pesanteurs morales, et repoussé les limites de la réalisation, ouvrant la voie à la « vraie création ». Dans la postérité de Duchamp, c’est même quasiment tous les artistes qui se réclament du plasticien français, quitte à faire d’une « blague » un objet de sérieux. L’urinoir de Duchamp prend en cela parfois la forme du dogme, à des années lumières pourtant de l’origine malicieuse de l’œuvre

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