Miss Tic : sa vie, son œuvre

L’artiste plasticienne et poète Miss.Tic nous a quittés cette semaine. Connue pour ses œuvres de street-art faites au pochoir, elle apportait un peu de poésie sur les murs de la capitale. Nous lui rendons hommage aujourd’hui.

Jeunesse et révélation

Miss.Tic est née Radhia Novat en 1956 dans les petites rues de la Butte-Montmarte. Son père est tunisien, sa mère est normande. Dès sa jeunesse, sa vie est marquée par le deuil : elle perd en une fois sa mère, son frère et sa grand-mère dans un accident de voiture, alors qu’elle n’a que 10 ans. Quelques années plus tard, c’est son père qui succombe d’une crise cardiaque. A seize ans, Radhia est orpheline.

© Miss Tic

Rapidement, elle trouve un refuge dans l’art et poursuit ses études en arts graphiques. Elle travaille pour des décorateurs de théâtres avant de devenir elle-même comédienne de rue avec la compagnie Zéro de conduite. Au début des années 1980, elle part s’installer aux Etats-Unis où elle fréquente le milieu punk. Si ce séjour est enrichissant artistiquement, Miss.Tic avouera par la suite y avoir eu de mauvaises fréquentations.

La naissance de Miss.Tic

En 1985, elle rentre à Paris après un chagrin d’amour. Elle rencontre plusieurs groupes d’artistes qui expriment leur art dans la rue. Elle hésite un peu, puis se lance : « Je me suis dit d’abord : Je vais écrire des poèmes. Puis : Il faut des images, avec les poèmes. » Elle commence alors elle aussi à peindre sur les murs de la capitale avec une bombe aérosol et des pochoirs : « J’ai commencé par des autoportraits, puis j’ai continué vers les autres femmesSa première œuvre est peinte dans le 14ème arrondissement. Elle représente une jeune fille  accompagnée des vers : « J’enfile l’art mur pour bombarder des mots cœurs. »

© Ville de Paris

Pour accompagner sa nouvelle activité, elle choisit un pseudo. Elle le trouve dans un album de Picsou, la sorcière Miss Tick qui cherche à tout prix à voler le héro. Elle le modifie légèrement pour devenir Miss.Tic. La légende est née.

Ses œuvres

Dans les années 1990, Miss.Tic multiplie les œuvres dans Paris. Sa signature, ce sont les portraits de femmes brunes comme elle, sensuelles, un brin provocatrices sans jamais verser dans le vulgaire.  Elle accompagne toujours ces silhouettes de messages en jeux de mots qui expriment ses pensées. Au travers de ses pochoirs, ce sont des thèmes comme l’amour, la rupture, le rêve, l’art qui sont abordés.

© Miss.Tic

Ce qu’elle prône avant tout, c’est l’idée de la liberté. C’est pour cela que les vers qui accompagnent ses œuvres sont toujours des jeux de mots, pour laisser la liberté de l’interprétation. Elle confiera : « Puisque chacun peut décider du sens de ce qu’il voit, comprendre comme il l’entend le jeu de mots ou le mot d’esprit. En pastichant la femme fatale, le fétichisme, je dénonce les rapports de domination, de soumission idéologique, machiste, phallocrate. »

© Instagram de Miss Tic

Pourtant, le style de Miss.Tic ne plaît pas à tout le monde. A cette époque, l’art urbain est plus vu comme du vandalisme que comme un art à part entière. En 1997, elle est surprise en train de tagger sur les murs d’un immeuble du Marais. Le propriétaire porte plainte et Miss.Tic est arrêtée pour détérioration d’un bien. Début 2000, elle est finalement condamnée  à une amende de 22 000 francs (soit 3350€ actuels).

La reconnaissance

Les années 2000 entraînent une reconnaissance du  street-art et Miss.Tic en profite. Après l’incident du Marais, elle demande désormais toujours la permission à la mairie ou aux propriétaires d’un immeuble avant d’y peindre. Dans les Vème, XIIIème et XXème arrondissements, son art est particulièrement apprécié.

Elle expose dans des galeries, notamment la Galerie Lélia Mordoch (VIème) qui lui consacre de nombreuses expositions. Dans le clip de la chanson « Quelqu’Un Appelle » de Paul Personne, on peut voir ses dessins. Elle reçoit même des commandes de grandes institutions : Louis Vuitton lui demande de créer des pochoirs pour des cartons d’invitations et Kenzo produit des vêtements reprenant ses œuvres.

© Instagram de Miss Tic

Elle fraye également avec le cinéma, puisqu’elle est l’autrice de l’affiche du film La Fille coupée en deux de Claude Chabrol, sorti en 2007. Même la Poste va reproduire ses personnages féminins sur des timbres spéciaux pour la Journée internationale des droits des femmes en 2011. En octobre 2013, elle est choisie par l’Agglomération de Montpellier pour designer la 5e ligne de tramway du réseau.

La fille coupée en deux Chabrol

Elle devient une artiste incontournable des foires internationales d’art contemporain, comme la Biennale de Venise, et ses œuvres s’exposent dans des lieux d’exception comme le Fonds municipal d’art contemporain de Paris ou la collection du Victoria et Albert Museum de Londres.

© Instagram de Miss Tic

Miss.Tic nous a quittés, mais ses œuvres orneront toujours les murs de la capitale de leur poésie et leur délicatesse.

 

Virginie Paillard

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Image de mise en avant : © Bertrand GUAY / AFP

 

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