Eugene Poubelle

En tant que Préfet de la Seine, cet homme politique et juriste de formation aura modifié en profondeur les habitudes des Parisiens. On vous raconte son histoire et comment ce Caennais de naissance a donné son nom à l’un des objets les plus utiles de notre quotidien !

Un tour de France avant d’arriver à Paris

en 1831 dans une famille bourgeoise installée à Caen, Eugène René Poubelle n’envisageait sans doute pas une carrière dans l’administration… Après des études de droit menées brillamment jusqu’à l’obtention d’un doctorat, c’est en tant que chargé de cours au sein de plusieurs universités françaises qu’il se forge ses premières expériences professionnelles. Professeur émérite, Eugène Poubelle ne débute sa carrière administrative qu’à l’aube de ses quarante ans, lorsqu’Adolphe Thiers, tout juste arrivé à la présidence française en 1871, le nomme Préfet de la Charente. S’ensuivent de multiples affectations préfectorales aux quatre coins de la France. Entre 1871 et 1883, il passera ainsi par les préfectures de Charente, d’Isère, de Corse, du Doubs et enfin des Bouches-du-Rhône !

21e préfet de la Seine et combattant pour l’hygiène

C’est donc en 1883 qu’Eugène Poubelle prend la succession de l’éphémère Louis Oustry en tant que Préfet de la Seine. Ce poste, directement administré par l’État, équivaut dans les faits à celui de Maire de Paris et est, par conséquent, essentiel au bon fonctionnement de la capitale. Arrivé à la tête du département en octobre, Eugène Poubelle – qui se révélera particulièrement préoccupé par la propreté – n’attend pas bien longtemps pour chambouler le quotidien des Parisiens grâce à sa mesure-phare, le ramassage des déchets. Dès le 24 novembre 1883, il publie l’arrêté préfectoral qui fait de lui ce qu’il est aujourd’hui : le père de la poubelle !

Cet arrêté oblige les propriétaires parisiens à mettre à la disposition de leurs locataires “un récipient de bois garni à l’intérieur de fer blanc” muni d’un couvercle et destiné à recevoir les ordures ménagères. Il est également prévu de procéder à un ramassage quotidien de ces récipients et à un tri sélectif : une première boîte contiendra les déchets alimentaires, une seconde sera dédiée aux chiffons et papiers. Une troisième, enfin, contiendra les débris de vaisselle, de verre, de poterie et les coquilles d’huîtres.

Eugène Poubelle, homme politique et inventeur

Dès la parution de cet arrêté, et plus encore lors de sa mise en place au matin du mardi 15 janvier 1884, la mesure suscite une levée de bouclier sans précédent. On reproche au Préfet de vouloir récupérer le marché des “chiffonniers”, ces personnes dont le métier consiste à arpenter les rues pour racheter des choses usagées et les revendre à des entreprises de transformation. On lui reproche également d’imposer des dépenses supplémentaires aux propriétaires et un surcroît de travail aux concierges chargés de sortir ces nouveaux récipients. Le peuple, comme la presse, s’insurge contre cette mesure jugée malhonnête et dangereuse pour la survie de nombreux métiers. L’un des éditos les plus virulents sera publié au lendemain de la mise en oeuvre de l’arrêté, le 16 janvier 1884, dans le quotidien Le Figaro.

Dans cet édito, le journaliste Georges Grison évoque les récipients demandés par le préfet à ces administrés parisiens sous le nom, particulièrement péjoratif sous la plume du journaliste, de “boîtes Poubelle”. Ironie de l’histoire, c’est après cet article très virulent contre le Préfet Poubelle que son nom entrera dans le quotidien des Parisiens : très rapidement devenu un nom usuel, le mot “poubelle” intégrera le Grand dictionnaire universel du XIXe siècle dès 1890. Aujourd’hui, on aurait du mal à trouver un autre mot pour parler de nos boîtes à ordures !

Article sur Eugène Poubelle
Extrait de l’édito du 16 janvier 1884, publié dans Le Figaro sous le titre “M. Poubelle et les mauvaises langues” et écrit par Georges Grison

Une fin de carrière dans le sud de la France

Poursuivant son combat pour un Paris plus propre et plus hygiénique, le préfet Poubelle mettra également en oeuvre les premiers arrêtés imposant le “tout-à-l’égout”, avant de quitter son poste parisien. Brièvement passé par la diplomatie, en devenant ambassadeur de France au Vatican, Eugène Poubelle terminera sa carrière dans le sud de la France, en tant que conseiller général de l’Aude. Mort à Paris, il est enterré au cimetière de Carcassonne. Pour la petite anecdote, une rue Eugène Poubelle existe à Paris. Cette dernière se situe dans le 16e arrondissement et se trouve être l’une des voies les plus petites de la capitale puisqu’elle ne possède qu’un seul numéro, le 2 !

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