Barbara, éternelle passionnée mélancolique

Trois syllabes sonnent, et renvoient à l’image d’une chanteuse touchante, qui allie douceur, élégance et poésie à fleur de peau. Sa voix de velours a beaucoup marqué le 20ème siècle, parfois rauque, aux paroles tantôt ironiques, tantôt de chagrin. On a en tête certaines chansons, ou au moins les titres, ou ne serait-ce que son nez aquilin, ses habits et ses paupières sombres de maquillage … Retour sur ce mystérieux oiseau nocturne de la chanson française.  

Barbara prend la pose, Paris.
Barbara prend la pose © AFP Claude James

Ses débuts

Son vrai nom est Monique Serf. Mais le mystère rôde quant aux origines de son nom de scène. L’artiste s’est soit inspirée de la chanson “Rappelle-toi Barbara” de Juliette Gréco… soit du prénom d’une ancêtre à elle, “Harvara”… ou peut-être aurait-elle trouvé ce nom de scène dans un poème de Prévert, intitulé du même nom, dont le texte fait clairement écho au ton mélancolique et pluvieux qui sommeille dans ses propres chansons. 

Née dans le quartier des Batignolles, Barbara traverse une enfance compliquée. D’abord, car cette dernière n’a que 10 ans quand l’Allemagne nazie bombarde la France, en 1940. Sa famille est directement confrontée à l’exode, puis recueillie dans un petit village près de Poitiers. Ensuite, elle subit dès son jeune âge des abus sexuels de son père, mais sa plainte ne sera pas prise en charge. Plus tard, Barbara parlera de sa vie d’enfant d’une étrange manière, par des images et d’un ton pur. Je n’ai pas de souvenirs d’enfance. Des odeurs, des villes, des paysages, des départs. Pas de passé, pas d’avenir : l’instant présent, très fort, violemment

Profil multiple

Étonnement, elle puise son inspiration musicale dans les classiques au sens propre. Quelque part, installée en banlieue Ouest, elle entend Chopin chanté par sa mère, et prend quelques années plus tard des cours de chant à Paris. Après une éducation classique, la chanson française, celle des cabarets, du timbre d’Edith Piaf, apparaît comme une douce évidence. Dotée d’une très belle voix, de qualités d’actrice, c’est au cours de chant qu’elle performe le mieux. Elle sera ensuite admise en auditeur libre au Conservatoire de Paris : Barbara a 15 ans. 

Barbara, Amsterdam, 1968.
Barbara jeune, à Amsterdam, années 60

La création d’une figure parisienne et mythique

Mythique… Et presque mystique. En 1967, l’artiste Georges Moustaki crée une chanson à l’image de la chanteuse, de manière simple, presque improvisée : “La dame brune”. Moustaki invite la Barbara envoûtante à chanter à ses côtés. Cette collaboration musicale est un succès. La première présentation sur le plateau, où s’entremêlent duo de voix, piano et guitare, touche le public. “Je suis la longue dame brune, que tu attends, je suis la longue dame brune, et je t’entends, chante encore au clair de la lune, je viens vers toi.

“L’Aigle noir”, son plus grand succès sorti en 1970, emmène l’auditeur dans un poème enchanté, une rêverie. Cet étrange oiseau dont Barbara parle a suscité de nombreuses interrogations et interprétations … Libre à l’auditeur de se laisser bercer par cette mélodie. 

Barbara en concert au Canada

Un engagement discret, des convictions assurées

Dans une interview pour Discorama en 1970, Barbara, comme une diva volatile et majestueuse, soulève avec justesse un sujet central pour elle : la difficulté de l’artiste à se réinventer, malgré son amour éternel pour son public. “Je vais continuer à chanter, peut-être à écrire des chansons … il faut que (la chanson) ce soit une aventure.”

De ses paroles ressort une passion, alliée à un travail du texte acharné. A travers son style musical inclassable, autosuffisant, Barbara a toujours insisté sur l’idée qu’à chaque chanson, une nouvelle femme, qui sommeillait en elle, s’éveille. Chanter, c’est s’inventer puis se réinventer sans cesse. Il suffit alors de tendre l’oreille pour écouter ses multiples portraits intimes. Défenseur de l’amour permanent, l’artiste était particulièrement impliquée dans la lutte contre le SIDA. Comme acte militant, elle distribuait des préservatifs à la fin de ses concerts.

Barbara en répétition, 1968, au Grand Gala du Disque Populaire.
Barbara, le visage impassible, en répétition au Grand Gala du Disque Populaire (1968)

Malgré une sensibilité unique imposée dans ses œuvres musicales, sa vie privée reste un mystère. Aucune personne n’aurait marqué sa vie, et cette dernière n’aurait eu que des aventures passagères. 

Passion-chanson, amour du public

Des paroles murmurées, le piano la soutenant toujours, Barbara s’éteindra dans l’Ouest parisien, à l’aube de l’an 2000. Ce qu’il faudrait retenir de cette femme à la silhouette élégante et touchante ? Qu’il “faut se brûler. Il faut vivre jusqu’à la déchirure, vivre passionnément”La passion renvoie sans conteste à son amour éternel pour le public. Dans “Ma plus belle histoire d’amour”, elle clame, comme dans une image figée : “ma plus belle histoire d’amour, c’est vous“.

 

 

Noémie Wuchsa

Image de couverture : Barbara sur scène en 1969 © Universal Music France, Claude Delorme

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