A l’heure où la question du logement à Paris revêt une dimension hautement sensible, comme en témoigne la hausse constante du prix moyen au mètre carré dans les quartiers centraux (plus de 10 000 euros le mètres carré et forte tension sur le marché locatif), on peut se demander comment faisaient nos ancêtres pour avoir un toit. Nous verrons que la crise du logement et les grandes disparités sociales représentaient déjà un “mal parisien” au XVIIIe siècle…

Quel type de logement au XVIIIe siècle ?

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Exemple, parmi d’autres, d’une rue du marais remontant aux XVIIe-XVIIIe siècles.

En flânant dans les quartiers centraux parisiens, vous passerez sûrement, sans peut-être le savoir, devant des immeubles remontant à plusieurs siècles. Sans évoquer les maisons à pan de bois et à encorbellements, rares vestiges du Paris médiéval, la plupart des maisons situées dans le Marais, le VIe et VIIe arrondissements de Paris sont d’origine très ancienne : 400 ans d’ancienneté pour certaines. Ces anciens immeubles sont notamment reconnaissables par leur façade en plâtre (parfois en pierre de taille pour les anciens hôtels particulier), et leur partie basse souvent en avant par rapport à leur sommet. Au XVIIIe siècle, ces immeubles parisiens tutoyaient parfois les 9 étages, même si la moyenne tournait plutôt autour des 2 étages.

Concernant l’occupation des immeubles sous l’Ancien Régime, la verticalité restait encore d’actualité XVIIIe siècle. Concrètement, cela voulait dire que les locataires, ou les propriétaires, des lieux occupaient plusieurs pièces disséminées dans l’immeuble, non pas à l’horizontale, comme maintenant, mais à la verticale ! Une même personne occupait par exemple une pièce au rez-de-chaussée et une chambre à un étage supérieur. En règle général, un artisan occupait le rez-de chaussée, où se trouvait également une cuisine collective.

Paris au XVIIIe siècle, une ville de locataires et de sous-locataires

Si, contrairement à une idée reçue, les Français sous l’Ancien Régime étaient majoritairement propriétaires de leur logement, à plus de 90% (contre 60% seulement au XXIe siècle), cela concernait essentiellement l’habitat rural. En ville, les catégories populaires louaient, voire sous-louaient, en grande majorité leur logement, ce qui est le reflet d’une vie citadine très fortement stratifiée : à la fin du XVIIIe siècle, on ne comptait ainsi que 2% de propriétaires à Paris (contre 33% aujourd’hui à Paris…) ! Convergent en effet vers la ville tous les marginaux, émigrés et domestiques attirés par le mythe de la ville vectrice d’ascension sociale…

En cela, une hiérarchie sociale se dévoile à travers le logement : au sommet se trouve bien entendu l’hôtel aristocratique, situé souvent dans le “quartier du pré-aux-clerc” (actuel 7ème arrondissement), du marais ou du faubourg Sain-Honoré, occupé par les nobles ou de riches roturiers. Dans ces mêmes hôtels, les domestiques habitaient bien souvent sous les combles.

Hôtel renaissance du duc de Montmorency (XVIe siècle), rue du Cherche-midi (6ème arrondissement).

A l’échelle intermédiaire, une masse de maîtres artisans et de boutiquiers formait une classe sociale plutôt enviable, une appartenance sociale qui transparaissait à travers la possession d’un atelier et d’un logement dans les étages.

Plus bas dans l’échelle sociale, les compagnons, apprentis et autres salariés vivaient la plupart du temps à plusieurs dans une seule pièce dans des conditions, la plupart du temps, insalubres.

Enfin, à l’autre bout du spectre, les marginaux parisiens se logeaient dans les chambre-garnis, sorte d’auberges peu chères, mal réputées et précaires.

D’autres recouraient à la sous-location, bien souvent dans l’illégalité, et étaient victimes de l’avarice de propriétaires véreux… ce qui rappelle certaines dérives actuelles, dans certains quartiers parisiens.

Le mal-logement, un enjeu politique ?

Les grandes figures politiques de la révolution française n’ont pas franchement évoqué la question du plafonnement des loyers, pour protéger les intérêts des catégories populaires citadines. Pire, la bourgeoisie naissante, à partir des années 1794 notamment, semblent avoir tiré profit des misères urbaines, comme en témoigne le durcissement de la législation sur le statut de locataire.

Avec l’émigration d’une partie des grands propriétaires fonciers du royaume, après la Révolution, une bourgeoisie arriviste et ambitieuse rachète à prix cassé certains immeubles et n’hésite pas à augmenter les loyers… On assiste d’ailleurs à une multiplication de procès à l’encontre de locataires à la fin du XVIIIe siècle, signe avant-coureur d’un bouleversement sociologique, que l’on retrouvera de manière saillante au XIXe siècle. C’est pourtant aussi l’époque où le mal-logement devient un “fait littéraire”, avec les premières enquêtes “sociologiques” sur les détresses urbaines, par des auteurs comme Louis-Sébastien Mercier (1740-1814) ou Eugène Sue (1803-1854), et ses célèbres “Mystères de Paris”.

Avec la révolution industrielle, un fossé de plus en plus grand sépare bientôt les classes laborieuses (notamment ouvrières) et la bourgeoisie. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les transformations haussmanniennes achèveront ce processus d’embourgeoisement” de Paris, reléguant à la périphérie, ou dans l’extrême-centre (avant la gentrification des années 1980), les catégories populaires.

Louis Hilaire Carrand, Intérieur ouvrier, 1845, Photo (C) RMN-Grand Palais / Benoît Touchard. Bagnols-sur-Cèze, musée Albert-André

Il faut enfin attendre la fin de la 2nd guerres mondiales, et les ambitieuses politiques sociales menées par le Conseil national de la Résistance (CNR), pour voir mis en application les premiers plafonnements des loyers parisiens… Un long chemin reste néanmoins encore à parcourir pour résorber la crise du logement à Paris.

Crédit illustration de Une : @Gallica. Vue du pont de la Tournelle, estampe, XVIIIe siècle.

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