Face à la Tour Eiffel trône depuis plus de deux siècles un haut lieu de l’armée française : l’École Militaire. Classée au titre des monuments historiques depuis 1990, cette institution est un véritable témoignage du règne de Louis XV… mais la véritable bataille fut clairement l’élaboration, semée d’embûches, de l’édifice. On vous raconte l’histoire de ce lieu sans commune mesure à Paris.

Une formation militaire à revoir

C’est à l’issue de la Guerre de Succession d’Autriche, où la France a perdu beaucoup d’hommes et d’argent, que Louis XV prend la décision de créer une école pour former les jeunes cadets de l’armée royale. La France est sortie gagnante de ce conflit grâce à ces alliances, mais cette guerre a surtout démontré un flagrant manque de préparation au sein de l’armée française. IL faut donc trouver un moyen de régler ce problème ! Si Louis XV va énormément œuvrer pour l’élaboration de l’institution, on doit en fait cette idée au maréchal de Saxe, qui fut à la tête d’une division de l’armée française pendant cette guerre. Pour finir de convaincre le roi, le maréchal va utiliser deux arguments  de poids : construire une école permettrait de former 500 militaires de toutes classes sociales et ce somptueux monument serait aussi un témoignage du règne de Louis XV. 

Pour ce nouveau bâtiment, l’objectif est “simple” : être plus imposant que le célèbre Hôtel des Invalides, construit sous le règne de Louis XIV. En découvrant les premiers plans réalisés par l’architecte Gabriel en juin 1751, Louis XV est immédiatement conquis. Une superficie immense, des façades majestueuses et une quantité incroyable de détails… La présentation est tellement parfaite que le chantier devient une priorité et est lancé en septembre de la même année. 

L’argent est le nerf de la guerre… et de la gloire

Malheureusement, la construction de l’École Militaire va se heurter à un gros problème : le manque d’argent. En effet, les nombreuses guerres menées par Louis XV, sans oublier celles de son prédécesseur, ont considérablement vidé les caisses de l’Etat et le chantier se retrouve vite mis à l’arrêt, faute de moyens. À tel point que, trois ans après le premier coup de pioche, seule la construction des bâtiments de service a été lancée. Pour éviter que le chantier ne prenne encore plus de retard, un nombre restreint d’élèves est quand même accueilli et sont logés dans ces fameux bâtiments de service, reconvertis en dortoirs et salles de classe. Si l’école peut enfin accueillir 200 jeunes hommes en 1756, les travaux sont loin d’être finis, la faute à une situation financière toujours aussi préoccupante. Même la marquise de Pompadour et Joseph Pâris Duverney, premier intendant de l’école et grand financier de l’époque, ne peuvent subvenir aux besoins grâce à leurs fonds personnels. 

École militaire, dessin, XVIIIème, Jean-baptiste Maréchal

L’institution telle que Louis XV la rêvait ne verra donc pas le jour… mais cela ne veut pas dire que le chantier est abandonné. Toujours sous la supervision d’Ange-Jacques Gabriel, le projet est finalement revu à la baisse : les surfaces sont réduites, mais les magnifiques façades sont conservées, comme l’atteste celle du bâtiment principal encore visible aujourd’hui. Le 5 juillet 1768, Louis XV est présent pour poser symboliquement la première pierre de la future chapelle en croix. Décédé six ans plus tard, le roi ne pourra cependant pas assister à la fin des travaux qui ont lieu en 1780. Malgré ces longues années de travaux, l’établissement aura tout de même pu accueillir des centaines de jeunes hommes, dont un certain Napoléon Bonaparte.

Mais les ennuis sont loin d’être finis pour le prestigieux monument : sept ans plus tard, l’école ferme ses portes et sera même laissée à l’abandon pendant plusieurs années. Une aubaine pour les révolutionnaires qui, en 1789, pillent librement le bâtiment. Devenu dépôt puis caserne, le lieu retrouvera finalement sa fonction à la fin du 19e siècle avec l’ouverture en 1878 de l’Ecole supérieure de guerre. Après plus d’un siècle de chantiers et de déboires, l’Ecole militaire aura finalement retrouvé la vocation que Louis XV avait rêvé pour cet imposant bâtiment : la formation militaire. Il y a quelques semaines, le monument a même eu droit à ses premiers travaux de rénovation, un nouveau chantier nécessaire pour assurer l’éducation de futurs militaires.

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