Fenetre en trompe l'oeil

Années 1790. La Révolution bat son plein et s’accompagne d’une foule de petites révolutions touchant à la vie quotidienne des Français. Parmi elles, une véritable refonte fiscale se met en place : entre 1791 et 1798, tous les impôts indirects de l’Ancien Régime sont supprimés, au profit de nouvelles taxes directes, censées être plus justes et transparentes. L’une d’entre elles, l’impôt sur les portes et les fenêtres, va profondément modifier l’apparence de la capitale.

Un impôt direct sur les signes extérieurs de richesse

Mise en place par le Directoire en 1798, la taxe sur les portes et les fenêtres est la dernière des “quatre vieilles”, les quatre contributions instaurées au cours de la décennie de la Révolution française. Si les trois autres taxes – “foncière”, “personnelle et mobilière” et “la patente” sur les loyers des boutiques et ateliers commerciaux – nous apparaissent assez consensuelles, ce n’est pas le cas de cet impôt au nom très explicite. Payer parce qu’on possède des portes ou des fenêtres ? En voilà une idée !

Et pourtant, pendant plus d’un siècle, cette contribution a bel et bien été l’une des plus importantes et lucratives de France. L’article 2 de la loi de 1798 nous dit que la taxe “est établie sur les portes et fenêtres donnant sur les rues, cours ou jardins des bâtiments et usines, sur tout le territoire de la République”. Les Français ne sont donc pas taxés sur la surface ou la valeur de leur bien immobilier, mais sur le nombre de portes et de fenêtres qu’il compte. Grâce à ce système inspiré de la Window Tax anglaise, les agents fiscaux peuvent établir le montant de l’impôt de chaque propriétaire rien qu’en arpentant les rues et en comptant le nombre d’ouvertures présentes sur les façades. Impossible de contester une telle taxe ! Si insolite soit-il, cet impôt (qui est resté en vigueur jusqu’en 1926 !) est donc loin d’être anodin et a laissé de nombreux stigmates dans les rues de Paris.

Pas de fenêtre, pas d’impôt

Le calcul de cette taxe est rapide : moins de portes et fenêtres, moins d’impôts. Les Parisiens n’ont donc pas attendu bien longtemps avant de condamner, tout bonnement, certaines de leurs fenêtres. Et pour que leur façade n’apparaisse pas trop dénudée, ils ont trouvé une astuce : remplacer les véritables ouvertures, par de simples représentations. De là sont nés les premiers trompe-l’œil parisiens ! Cette technique sera réutilisée dans d’autres situations, par exemple pour rendre plus agréable une façade cachant un conduit d’aération ou pour faire passer un faux immeuble pour un vrai. C’est ainsi qu’en se baladant dans les rues de la capitale, on peut, encore aujourd’hui, croiser des immeubles dotés de fausses fenêtres parfaitement dessinées sur les murs ou d’oeuvres d’art installées à leur emplacement initial :

Fenêtre en trompe l'oeil
Angle de la rue Saint-Honoré et de la rue des Prouvaires dans le 1er arrondissement. © Tangopaso
Fenetre en trompe l'oeil
53 rue Bénard dans le 14e arrondissement © parifuni

Des fenêtres qui coûtent plus cher que d’autres

Cette taxe nous permet donc de découvrir de jolies œuvres sur les murs, mais pour le reste, son instauration a été plutôt dommageable pour la capitale et ses édifices. En effet, les agents fiscaux ne se contentaient pas de compter les fenêtres, ils basaient également leur évaluation en fonction de leur type et de leur style. Certaines d’entre elles, les plus grandes, valaient ainsi plus que d’autres. C’est notamment le cas des fenêtres à meneaux, très en vogue à Paris au XVe siècle et dont on peut découvrir un exemple sur l’Hôtel de Cluny, dans le Quartier latin. Ce type de fenêtres ne comptait pas pour une, mais pour quatre fenêtres.

De nombreux propriétaires ont tôt fait de les remplacer par des ouvertures moins coûteuses et, au fil des ans, ce type de fenêtre a quasiment disparu des rues de la capitale. Résultat, au tournant du XXe siècle, on n’en comptait plus que quelques-unes sur les édifices majeurs et les hôtels particuliers les plus riches.

Hôtel de Cluny
L’Hôtel de Cluny, construit au XVe siècle, possède quelques-unes des dernières fenêtres à meneaux de la capitale © Romanceor

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Cyrielle Didier

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