Selon Jean-Marc Simon, historien et biographe du plus grand gangster parisien, Jacques Mesrine était un homme d’une complexité incroyable. Son récent ouvrage peut être considéré comme une biographie référence, notamment grâce à une série de témoignages importants : de Sylvia Jeanjacquot, sa dernière compagne, à Emmanuel Farrugia, un des hommes qui a traqué Mesrine. Pour l’auteur, Mesrine est un “homme paradoxe” : à la fois attachant et effrayant, à la fois séducteur et grande gueule, à la fois globe-trotteur et homme de territoire… Et son “territoire” à lui, c’est Paris. Mesrine est né aux portes de Paris, c’est à Paris qu’il a grandi, qu’il a traîné, qu’il a passé ses nuits, qu’il a volé, qu’il s’est planqué, et enfin qu’il est mort.

Pour comprendre à quoi ressemblait la vie de l’ennemi public numéro 1 dans la capitale, nous nous sommes entretenus avec Jean-Marc Simon. En voici un petit aperçu.

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 Une jeunesse parisienne délurée

 

C’est dans la “zone”, à Clichy-La-Garenne, que Jacques Mesrine vient au monde, en 1936. Mais Jacques a toujours été attiré par les lumières de la ville, et c’est donc à Paris, à partir de l’âge de 15 ans, qu’il va s’émanciper et commencer à déraper. Alors qu’il est scolarisé dans le prestigieux lycée Chaptal, le jeune homme va se bagarrer et sécher les cours pour aller voir des films de cow-boys et de gangsters sur l’avenue de Clichy. La rue va devenir peu à peu son univers et particulièrement le nord-ouest de Paris, entre les 17ème et 18ème arrondissements. A l’heure où les jeunes fréquentent les caves de Saint-Germain, le jeune Mesrine, lui, passe son temps à Pigalle, avec ses bars et ses filles.

 

Jacques Mesrine, un globe-trotteur

 

Ce n’est pas à Paris, mais en Algérie, où il participe à la guerre, que Mesrine découvre les armes. Il ramène d’Afrique du Nord le fameux Colt 45, une arme qui le fascine. C’est à partir de 1960 qu’il commence à trafiquer et à participer à des cambriolages et vols à main armée. C’est en Espagne qu’il rencontre Soledad, celle qui sera la mère de ses 3 enfants. Pendant ce mariage, il va connaître son premier séjour en prison suite à un braquage de banque raté à Neubourg en 1962 (ses parents ont une maison de campagne à quelques kilomètres de là, à Louviers). Mais le braquage de l’agence du Crédit Populaire va tourner au fiasco. Il est condamné à 18 mois de prison. En rentrant à Paris, c’est un père de famille de tout juste 25 ans qui s’installe dans un bel appartement de la Rue Boinod, dans le 18ème.  Il décide alors de se ranger et de trouver un travail. Mais après un licenciement, c’est le retour au grand banditisme et la séparation avec Soledad. Entre la Suisse, l’Espagne et le Canada, Mesrine embarque pour un tour du monde au cours duquel il commettra les pires délits.

mesrine-serie-portraits-toute-sa-vieLes multiples visages de Jacques Mesrine

 

Mais Paris reste toujours son port d’attache

 

Malgré ses nombreux voyages, Jacques Mesrine reviendra toujours en France, et particulièrement à Paris qui sera jusqu’à la fin de sa vie son port d’attache. C’est un homme très proche de sa famille et ses amis, d’où ses nombreux retours dans la capitale. Très jeune, il eut un de ses premiers appartements rue Nollet, dans les Batignolles. Avec Soledad, il vécut dans le quartier de Château Rouge dans les rues Boinod et Dejean. C’est dans la rue Vergniaud, du 13ème arrondissement, qu’il se fait arrêter par le Commissaire Broussard en 1973 pour un énième séjour en prison. Lors de cette arrestation, il invite le flic à boire le champagne pour célébrer une “arrestation qui a de la gueule”. D’après son biographe Jean-Marc Simon, il vivra ensuite dans plusieurs “planques minables” avec Sylvia Jeanjacquot, sa dernière compagne ou avec François Besse, un de ses complices, notamment dans l’impasse Saint-François ou le Passage Charles Albert…

jacques-mesrine-photographié par alain bizos© Alain Bizos

 

 Même en cavale, la capitale reste un lieu de plaisir pour Mesrine 

 

Si Paris est une ville où Jacques Mesrine a commis de nombreux délits, c’est aussi pour lui un lieu de plaisir. Alors qu’il passait son temps dans les cafés des quartiers populaires comme La Méthode (rue Descartes – 5ème), Le Café Chabert (Place de Clichy – 17ème), Chez Bibis (rue Lagile – 18ème) ou le Leibniz (Rue Leibniz – 18ème ), il passait aussi son temps à jouer au grand bandit dans les beaux quartiers. Entre un casse dans une entreprise pour accéder au coffre-fort rue de l’Isly (8ème), l’attaque d’une grande Maison de Couture dans la rue de Sèze (8ème), le braquage d’une banque dans l’avenue Bosquet (7ème), le double braquage dans l’Avenue de Villiers (17ème) et le Boulevard Barbès (18ème), la prise d’otage de la famille du juge Petit dans l’Avenue Alphonse XIII (16ème), le café du Chat Noir dans la rue de Saussure (17ème) où il piège le journaliste Jacques Tillier… On peut dire que Mesrine connaît Paris comme sa poche.

 

 Les derniers jours de Mesrine à Paris

 

En 1979 Mesrine est considéré comme “l’ennemi public numéro 1” après s’être évadé de prison l’année précédente. C’est alors qu’ Emmanuel Farrugia, numéro 3 de l’OCRB (Office Central de Répression du Banditisme), repère ce qui sera la dernière planque de Mesrine située rue Belliard dans le 18ème. Cette adresse est le 2ème appartement où s’est caché Mesrine en compagnie de Sylvia Jeanjacquot après avoir vécu avec elle à quelques minutes de là, au 76 rue de Clignancourt. Alors qu’ils sortaient très peu et avaient peu d’argent rue de Clignancourt, ils vivent déjà plus confortablement dans leur appartement de la rue Belliard. Ici, c’est une vraie “planque d’amoureux”, ils restent au lit toute la journée et sortent grimés par des perruques et des lunettes de soleil. C’est dans leur camionnette qu’ils se changent. Derrière la porte, un matelas pour se protéger, des armes omniprésentes dans les pièces de l’appartement, des cordes pour s’enfuir… Le couple sait qu’il doit se faire discret s’il veut passer entre les mailles du filet.

rue-belliard-appartement-mesrine-mortSon dernier appartement : Rue Belliard (18ème)

Des précautions qui ne suffiront pas

Le 1er novembre 1979, Mesrine ne s’en doute pas et pourtant depuis 2 jours son immeuble est cerné. Le premier jour, les policiers renoncent à l’idée de l’arrêter en avalanche en plein milieu de la rue. Le bandit est armé et ce serait trop dangereux pour les riverains. Le lendemain, les amoureux se font une journée pyjama, ils ne sortent pas de chez eux. Les policiers aperçoivent tout de même un homme dans la nuit, mais ils ne sont pas sûrs que ce soit celui qu’ils recherchent. C’est donc le 3ème jour, le 2 novembre 1979, que les policiers décident de suivre le couple alors qu’il se rend en camionnette dans leur future demeure de banlieue. Jacques Mesrine ne veut absolument pas rater son rendez-vous avec son décorateur… loin de penser que cette sortie lui sera fatale. En effet, les hommes de la BRI (Brigade de recherche et d’intervention), dissimulés dans un camion bâché juste devant la camionnette, sont alors obligés d’ouvrir le feu sur Jacques Mesrine et Sylvia Jeanjacquot, porte de Clignancourt.

Une mort entrée dans l’histoire. Mais selon Jean-Marc Simon, “la vie de Jacques Mesrine est beaucoup plus intéressante que sa mort. Mesrine est un personnage culte qui fait maintenant partie de l’Histoire”.

Et pour vous prouver que Jacques Mesrine était aussi un grand romantique, voici l’un des poèmes adressé depuis sa prison à Joyce Deraiche (sa maîtresse canadienne), dont Jean-Marc Simon s’est porté acquéreur. Un document unique…

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Pauline Hayoun

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Jacques Mesrine de Jean-Marc Simon
Editions Mareuil

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