Vous l’avez peut-être croisée en vous baladant du côté de l’Île Saint-Louis : une statue sans tête et sans torse trône à l’angle de la rue Le Regrattier et du quai Bourbon dans le 4e arrondissement. On vous raconte l’histoire de cette femme acéphale… qui n’est pas tout à fait une femme !

Femme décapitée ou simple coïncidence ?

Dans cette petite rue située sur l’Île Saint-Louis, aujourd’hui nommée rue « Le Regrattier », on peut distinguer une inscription gravée dans la pierre juste au-dessus de la plaque « rue de la femme sans teste ». Il se trouve en effet que la rue répondait à ce nom dès 1710 : c’est seulement en 1870 qu’elle prend son nom de Le Regrattier.

Seulement voilà, à l’angle de cette rue, en allant vers le quai Bourbon, on découvre une statue décapitée, et le lien se fait naturellement, l’ancien nom de la rue correspondant à la statue. Il s’agit donc forcément d’une femme décapitée, mais qui donc ?

Statue
Statue de la rue de la “femme san teste”.

En réalité, aucun rapport entre la « rue de la femme sans teste » et cette fameuse statue. Cette inscription proviendrait du nom d’une taverne dont l’enseigne était une femme sans tête un verre à la main, accompagnée de la devise « tout est bon » ! Nom peu élogieux à l’égard de la gente féminine, il s’agit aussi d’un nom facilement mémorisable pour la majorité analphabète de l’époque. D’autant plus que l’on considérait qu’une femme sans tête, donc sans langue et sans parole, était une femme où tout était bon puisque le silence l’habitait…

La Terreur ou la perte du patrimoine religieux parisien

Quant à la statue, elle représente en réalité Saint-Nicolas, patron des marins. Mais pourquoi lui avoir coupé la tête ? Pour cela, il faut revenir à l’époque de la Révolution ; le vandalisme est au centre des préoccupations dans cette lutte sanglante. Ainsi, en 1792, un député se plaint que les cloches des églises, déjà détruites en masse, ne soient pas décrochées assez rapidement. « Faites de ces bronzes idolâtres ou superstitieux des bouches de feu vomissant la mort de nos ennemis » déclare-t-il alors.

Tous les signes religieux sont détruits, en plus des églises et autres monuments sacrés : les symboles royaux sont réduits en poussière. C’est ainsi que la statue du roi Louis XIII qui trônait place des Vosges est abattue en 1792. Le mobilier en bois des églises est utilisé en bois de chauffage.  Confessionnaux et autres prie-Dieu se retrouvent dans les cheminées.

De la même façon, la statue de l’angle de la rue Le Regrattier est vandalisée par un sans-culotte, Couffignal, en 1793. Cette destruction violente et très symbolique survient 83 ans après le baptême de la rue « de la femme sans teste » d’où le rapport inexistant entre les deux !

En 1870, la rue le reprend le nom de Le Regrattier, en hommage au trésorier des Cent-Suisses, François Le Regrattier, qui au XVIIe siècle est chargé de bâtir les lotissements de l’île Notre-Dame. Il s’agit d’une des opérations d’urbanisme les plus réussies dans le Paris de cette période, d’autant plus que financièrement, cela a beaucoup joué : ce sont d’anciennes terres de pâturage qui ont été transformées en lieu où vivent désormais de riches familles parisiennes.

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