Le simple fait divers a défrayé la chronique et scindé l’opinion publique durant la Belle-Époque : l’affaire Jean-Jacques Liabeuf, mêlant accusation à tort, vengeance et soupçon de crime politique, a même été surnommée l'”affaire Dreyfus des ouvriers” un siècle plus tard par le journaliste Frédéric Lavignette. Retour sur le parcours du jeune cordonnier dont les tribulations le mèneront à la guillotine le 2 juillet 1910.

Jeunesse mouvementée et début des ennuis

Élevé par une mère seule à Saint-Étienne, Jean-Jacques Liabeuf commence une formation de cordonnier et vit en parallèle les prémices d’une vie de débauche. À l’âge de 21 ans, Liabeuf enchaîne les courtes peines de prison pour vols divers et variés jusqu’à l’arrestation de trop, qui lui vaudra une interdiction de séjour de 5 ans et un aller simple vers les Bataillons d’infanterie légère d’Afrique. À son retour, le jeune homme se dirige vers la capitale pour devenir ouvrier cordonnier. Commence alors le début des ennuis.

À Paris, Liabeuf se lie avec Alexandrine Pigeon, prostituée de métier. Manque de chance pour Liabeuf, Gaston, son proxénète, est aussi indicateur de police. S’ensuit alors une succession d’évènements d’infortune pour le jeune cordonnier : injustement arrêté le 31 juillet 1909 sur soupçons infondés de proxénétisme, il passera devant les juges sans son avocat… étant parti déjeuner. Le verdict tombe, Liabeuf écope de trois mois d’emprisonnement couplés à cinq années d’interdiction de séjour dans la capitale. Le jeune homme, offusqué de cette injustice, ne respectera pas la sentence, ce qui lui vaudra un autre séjour derrière les barreaux.

Passage à l’acte et division de l’opinion publique

À sa sortie de prison, Jean-Jacques Liabeuf est amer. L’injustice qu’il a subi le ronge tellement qu’il ne peut se résoudre à laisser passer un tel outrage. Son salut se trouvera alors par la vengeance. Par la suite, il utilisera de son expérience de cordonnier pour confectionner et revêtir un drôle d’attirail : une cape ainsi que des brassards de cuir agrémentés de clous. Armé d’un revolver et de tranchets, il se dirigera ensuite vers le quartier des Halles, dans le seul dessein d’assouvir ses envies de vengeance sur des policiers. Le 8 janvier, au petit matin, Liabeuf se fait contrôler de façon virulente par une brigade de policiers. Les forces de l’ordre décelant vite l’identité de l’individu, ainsi que le non-respect de son interdiction de séjour, la situation dégénérera très vite. L’arrestation de Jean-Jacques tournera au sanglant : au cours de l’intervention, le cordonnier blesse les 6 agents avec ses tranchets et son revolver, et tue l’un d’entre eux, Célestin Deray.

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Blessé lui-aussi, Liabeuf est transféré d’urgence à l’Hôtel-Dieu. Sur le chemin, comme un symbole de la division de la société à venir sur le sujet, une partie de la foule essaye de lyncher le criminel blessé tandis que l’autre s’en prend aux gardiens de la paix, eux aussi mal en point. Très vite, la presse s’empare de l’affaire et érige unanimement Liabeuf comme criminel à punir. L’unité est à l’ordre du jour, jusqu’à ce que le socialiste Gustave Hervé ne vienne semer le trouble en prenant la défense du meurtrier dans une tribune nommée “L’Exemple de l’Apache”. Cet article sera la pierre fondatrice d’un profond conflit social opposant un discours sécuritaire aux défenseurs de Liabeuf, avant tout victime d’une injustice.

Cette agitation ne sauvera pas le cordonnier devenu criminel de l’échafaud, et ce, malgré une demande de grâce au président Fallières. Son exécution dans la nuit du 30 juin au 1er juillet 1910 se fera alors dans un climat d’insurrection.

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