Nous sommes au XIXe siècle, la ville de Paris souffre de nombreux maux dont la criminalité qui ne fait que s’accroître. Des enquêtes difficiles et de grands procès font la Une des journaux. Parmi eux, celui d’un homme que Baudelaire qualifiera de « héros de la vie moderne » : Pierre-François Lacenaire, poète raté devenu criminel… On vous raconte son histoire !

De la misère au meurtre

Né en 1803 à Francheville près de Lyon, Pierre-François Lacenaire vit dans une famille bourgeoise de commerçants et obtient d’excellents résultats durant sa scolarité, particulièrement en littérature. Avec un soupçon de vanité, il déclarera d’ailleurs plus tard : « quand j’étais enfant, j’étais déjà plus lucide, plus intelligent que les autres, ils ne me l’ont pas pardonné, ils voulaient que je sois comme eux, que je dise comme eux (…) alors je suis rentrée en moi-même, je n’ai jamais pu en sortir ». Déjà à cette époque, se dégage chez l’adolescent lyonnais un sang-froid et une élégance qui en fera plus tard, un assassin… romantique et apprécié.

Après plusieurs renvois d’écoles et autres péripéties, il s’installe à Paris. Pour sortir de la misère, il tente de vendre ses poèmes, ses pièces de théâtres et ses papiers, sans succès. Très rapidement, il sombre dans les jeux d’argent et le vol. Ce sont ces échecs et la société qu’il juge cruelle qui le feront dévier définitivement. Il l’exprime d’ailleurs très bien : « la société aura mon sang tôt ou tard, mais j’aurai le sang de la société ». Cette haine s’accentue au fil des années. Plus seulement simple voleur, il commencera à tuer, justifiant plus tard ses crimes comme une protestation contre l’injustice sociale.

Taverne du Temple
Lacenaire et Avril à une table de jeux dans le quartier du Temple.

Un jour de partie de jeux dans une taverne du quartier du Temple, il retrouve Victor Avril, son compagnon de cellule de la prison de Poissy où il avait séjourné pour avoir tué, en duel, le neveu de Benjamin Constant. Ce soir-là, Lacenaire convainc son ami de se faire complice du meurtre de « Tante Madeleine », leur ancien camarade surnommé ainsi à cause de son homosexualité. Il se trouve que ce dernier, répondant au vrai nom de Jean-François Chardon, se déguisait en prêtre afin de profiter de l’aumône chrétienne. Lacenaire y voit alors l’occasion de se faire de l’argent.

Le meurtrier-poète devenu célèbre

Les deux compères prétextent une visite de courtoisie et s’engagent dans le passage du Cheval-Rouge où vit Chardon avec sa mère. En résulte l’assassinat, au tiers-point et à la hache, de Chardon pour ce qui sera finalement un bien maigre butin, et de sa mère, étouffée dans son lit.

À partir de ce moment-là, Lacenaire continue à tuer, prenant goût à l’activité. Durant son procès il osera même dire qu’il « tue un homme comme [il] boit un verre de vin ». Après plusieurs assassinats et tentatives d’assassinat, Lacenaire est arrêté en février 1835 et transféré à la prison de la Force.

Jusque-là, rien de bien singulier lorsqu’on sait que des criminels bien plus sanglants terrorisaient la capitale à la même époque. Mais ce qui ancre Lacenaire dans les mémoires tient dans son procès qui devient une tribune théâtrale au sein de laquelle le meurtrier avoue tous ses meurtres, confiant tous les détails, mais aussi et surtout ses complices, jugeant qu’ils doivent mourir ensemble.

Pendant deux jours, journalistes et public se dressent devant le tribunal pour écouter les tirades de cet homme paradoxal ; un dandy charismatique, beau et élancé, qui avoue en toute sérénité ses atrocités. « Je suis un voleur, un filou, un scélérat, je le confesse » proclame-t-il devant le tribunal. Son avocat, commis d’office, plaide la folie… En vain.

Portrait Lacenaire
Portrait de Pierre-François Lacenaire, condamné à mort par la Cour d’assises de la Seine.

Après quelques mois en prison où il écrit ses Mémoires, Lacenaire réclame la guillotine. C’est ainsi qu’à seulement 33 ans, le 9 janvier 1836, Lacenaire est mis à mort devant 4000 personnes. André Breton, dans son Anthologie de l’humour noir, observe qu’« il semble bien n’y avoir jamais eu de conscience plus tranquille que celle de ce bandit » qui aurait même déclaré, en souriant, avant d’être guillotiné un lundi « la semaine commence mal ».

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