Au début du XXe siècle, la jeunesse parisienne adorait se retrouver au Bal Bullier, ce bal mythique qui sera pendant longtemps l’un des lieux les plus réputés du plus réputé des quartiers de la capitale : Montparnasse. Retour sur la petite histoire de cette institution parisienne d’antan…

Le bal dansant mythique du quartier Montparnasse

Fin des années 1840. François Bullier, ancien directeur du bal du Prado sur l’île de la Cité, décide de racheter le bal de La Chartreuse, laissé à l’abandon. Il n’a qu’une seule idée en tête avec cet achat : faire de ce lieu le nouveau QG nocturne des Parisiens. Et, dès le début, tout se passe comme prévu. À son inauguration le 9 mai 1847, le Tout Paris se presse au 31 avenue de l’Observatoire, dans le 14e arrondissement, pour danser le quadrille et la valse dans un cadre bucolique. Connu d’abord sous le nom de Closerie des Lilas (nom qui sera par la suite repris par le café d’en face, situé encore aujourd’hui boulevard du Montparnasse), cet établissement aux tarifs défiant toute concurrence était alors cerné de mille pieds de lilas, soigneusement plantés par Monsieur Bullier, avec bosquets et jets d’eau.

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Ce bal mythique changera plusieurs fois de nom (Lilas-Bullier, Jardin Bullier, Le Bullier…) mais demeurera ancré dans les mémoires sous celui de Bal Bullier. Pour rester à la page, l’endroit sera souvent redécoré et réaménagé, s’adaptant aux tendances de l’époque. En 1850, le Bal Bullier s’agrandit déjà et se pare d’un décor digne des Milles et une nuits : orné de bosquets flamboyants, de lampes à gaz en verre de toutes les couleurs, il s’inspire alors de la célèbre salle de music-hall, l’Alhambra. Le quadrille et la valse sont bientôt remplacés par la polka et le chahut-cancan, puis par la mazurka et la scottish.

Mais, on y vient désormais également pour jouer au billard, au jeu de quilles, au tir à l’arc, au pistolet, et la journée, pour se balader dans les allées et les bosquets et profiter des balançoires et des jeux en plein air. Il s’agit alors du lieu le plus populaire de Paris : la bonne société s’y amuse en journée, les étudiants y viennent rencontrer l’amour ou se saouler le soir venu, et les artistes s’y réunissent, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, pour refaire le monde. Bref, la bonne humeur à Paris se trouve ici.

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Un bal qui suivra les tendances des Parisiens pendant un siècle

Les années passant, le Bal Bullier et sa réputation évoluent… Pour le meilleur, mais aussi pour le pire : réquisitionné à deux reprises pour les besoins des guerres de 1870 et de 1914-1918, l’établissement devient, à la Belle Époque, quelque peu mal fréquenté. Il continue cependant d’attirer du beau monde grâce à sa proximité avec d’autres nouveaux établissements à la mode (La Closerie des Lilas et Le Dôme en tête). Le bal accueille notamment le célèbre couple de peintres Delaunay qui y opère une véritable « réforme du costume », selon les dires d’Apollinaire, en développant le style vestimentaire « simultané » (principe du contraste simultané de couleurs introduit dans la peinture mais également dans la mode).

La façade du Bal Bullier

 

À la fin de la Première Guerre mondiale, le Bal Bullier subit l’influence, tant dans sa décoration que dans ses attractions, des mouvances artistiques des Années folles et notamment celle du dadaïsme. On y danse désormais plutôt le tango et le jazz. Mais, à cette époque, le Bal Bullier n’a déjà plus la même résonance et se fait rattraper par la concurrence des établissements voisins. Ce lieu au passé légendaire ferme donc définitivement ses portes à la veille de la Seconde Guerre mondiale, laissant les Parisiens à leurs bons souvenirs de danses endiablées.

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À lire également : La Closerie des Lilas, le QG des Années folles

Image de Une : Frederick Carl Frieseke – Bal-Bullier, Paris

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