Le Hameau de la Reine : le refuge de Marie-Antoinette

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Au cœur du domaine de Trianon subsiste un vestige de la passion de la reine Marie-Antoinette pour la nature : Le Hameau de la Reine. On vous raconte aujourd’hui son histoire.

Un refuge face à la Cour

Devenue Reine de France à l’âge de 18 ans, Marie-Antoinette éprouve beaucoup de difficultés à s’adapter à l’étiquette (NDLR : ensemble de règles qui organise la vie de la famille royale) de la Cour de Versailles. Ayant grandi dans celle de Vienne, beaucoup moins stricte, la jeune souveraine manque de liberté.

En 1782, elle demande au roi Louis XVI, son mari, de lui faire construire un hameau dans le parc du Petit Trianon. En effet, elle souhaite reconstituer un petit village de fantaisie, dans le genre normand avec toits de chaume et colombages. A cette époque, beaucoup de nobles en font construire de semblables dans leur domaine : c’est notamment le cas du prince de Condé au Château de Chantilly.

Maison de la Reine du Hameau – Creative Commons

En plein dans le siècle des Lumières, les préceptes de Rousseau sont à la mode : dans Emile ou De l’éducation, le philosophe prône un mode de vie simple et une éducation des enfants au contact de la nature et du travail paysan. C’est donc aussi pour la formation de son fils, le Dauphin Louis-Joseph, que Marie-Antoinette fait construire le Hameau. Elle s’y rêve menant une vie simple accompagnée de ses amis les plus proches.

 

Composition du domaine

Les travaux du Hameau sont entamés à l’été 1783. La Reine fait appel à une ribambelle d’artistes et d’artisans pour donner vie à son domaine. Le jardin est confié à Antoine Richard : il doit, selon les volontés de la souveraine,  ressembler à une campagne authentique, avec ses champs labourés, des arbres fruitiers, des parterres de fleurs et un potager. En tout, ce sont plus de mille légumes qui furent plantés. Elle souhaite également un lac où pourront s’ébattre des poissons.

Boudoir du Hameau – Creative Commons

Elle commande à l’architecte Richard Mique la construction du Hameau, qu’elle imagine comme un petit village autour d’un lac. Il se compose de dix petites bâtisses voulues rustiques et divisées en trois secteurs. Pour les réaliser, Mique s’inspire des dessins du peintre Hubert Robert. Encore une fois, Marie-Antoinette rêve d’authenticité, aussi les artisans peignent les façades en imitation de vieilles briques, de pierres abîmées, avec même des lézardes.

Le premier secteur du Hameau comporte les maisons destinées à l’agrément : le moulin, principalement décoratif, le boudoir, le billard, le réchauffoir (qui sert de cuisine) et la maison de la Reine. Son intérieur, luxueux et féminin, contraste volontairement avec l’extérieur rustique. Le second secteur est destiné à l’exploitation agricole en elle-même : il comprend deux laiteries, une grange, une pêcherie, la maison du garde et la tour de Marlborough qui domine le lac. Enfin, le dernier secteur est la ferme, plus éloignée du logis. Elle accueille des animaux comme des chevaux, des cochons, des poules, des chèvres, des moutons…

Moulin du Hameau – Creative Commons

 

La vie au Hameau

Marie-Antoinette  mène au Hameau sa vie rêvée. Là, elle peut revêtir les robes de mousseline et les chapeaux de paille qui lui plaisent tant. Sans forcément « jouer à la fermière » comme beaucoup de ses détracteurs l’ont accusée à l’époque, la souveraine s’épanouit dans cet univers champêtre. Elle fait découvrir à ses trois enfants la nature et les animaux. Madame Royale, sa fille âgée d’une dizaine d’année, est déjà très imbue de son rang : pour la rendre plus humble, elle la fait participer aux travaux de la ferme.

Maison du garde du Hameau – Creative Commons

Au Petit Trianon et au Hameau, la Reine est libre de convier qui elle souhaite. Elle ignore volontairement les vieux aristocrates guindés en faveur de jeunes personnes : son beau-frère le comte d’Artois (futur Charles X), ses amies la princesse de Lamballe, la comtesse de Polignac et la fille de celle-ci, Aglaé. Et bien sûr, son tendre ami le comte de Fersen, lorsqu’il quitte sa Suède natale pour lui rendre visite.

Marie-Antoinette exclue tout étiquette : elle entend vivre « en particulière ». La simplicité est de mise pour tous. Lorsqu’elle rentre dans une pièce, ses convives restent assis contrairement aux préceptes du protocole. La Reine va même jusqu’à monter La Troupe de Seigneurs avec ses amis, dans le petit théâtre du jardin de Trianon où elle jouera la comédie. A l’époque, ce passe-temps fut considéré inadmissible par le peuple et par la Cour pour une Reine.

 

Après Marie-Antoinette

Pendant la Révolution, le Hameau est occupé mais tombe en décrépitude. En 1810, Napoléon Ier décide de le faire rénover pour sa tout jeune épouse, Marie-Louise. Pour la petite histoire, cette dernière n’était nul autre que la petite-nièce de Marie-Antoinette. Malheureusement, la grange et la laiterie, laissées à l’abandon depuis plus de vingt ans, sont trop détériorées et doivent être détruits. De plus, il faut remeubler tout l’intérieur dont le mobilier a été vendu et dispersés. Malgré tout, la rénovation est achevée en 1811. Marie-Louise passera une partie de ses étés au Hameau où elle réalisera de nombreuses peintures. Après Marie-Louise, c’est la duchesse d’Orléans, la belle-fille du roi Louis-Philippe, qui devient la nouvelle propriétaire du Hameau en 1838.

Tour Marlborough du Hameau – Creative Commons

Au cours du XXème siècle, le Hameau n’est restauré que deux fois, dont en 1930 grâce à une donation de John Rockefeller. Si bien qu’en 2006, il est en dans un état pitoyable. La ferme, qui avait quasiment disparu au XIXème siècle, est totalement reconstruite. En 2013, c’est la Maison Dior qui finance sa restauration. Cette dernière se fait grâce à des gravures, illustrations et inventaires d’époque. L’intérieur est décoré dans le style Marie-Louise, par manque de connaissances sur la composition du mobilier de Marie-Antoinette.

Le salon jaune redécoré dans le style de Marie-Louise © Château de Versailles, Didier Saulnier

Depuis 2018, il est possible de visiter le Hameau de la Reine lors d’un passage au Château de Versailles. Pour la saison 2022, toutes les visites guidées sont cependant complètes…

 

Virginie Paillard 

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Crédit photo de mise en avant : Site du Château de Versailles

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