Le Paris d’Agnès Varda

Regard malicieux, cheveux bicolores, talent hors du commun. Pionnière du cinéma de la Nouvelle Vague, Agnès Varda était une cinéaste, photographe et plasticienne amoureuse de son quartier. Balade dans le Paris de cette artiste fantasque et poétique. 

Je n’habite pas Paris, j’habite Paris 14ème

Paris, 1947. Une toute jeune bachelière du nom d’Arlette Varda arrive en ville. Sans repère. La petite belge qui a grandi à Sète, est montée à la capitale pour étudier la photographie aux Beaux-Arts, puis l’histoire de l’art à l’école du Louvre

Crédit : François Kerlou via Instagram

Entre elle et la Ville-Lumière, le coup de foudre n’est pas immédiat. Elle arpente les arrondissements à pied, à la recherche d’un endroit où bâtir son cocon et son atelier. C’est finalement dans le XIVe arrondissement, au 86 de la rue Daguerre qu’elle pose ses valises pour les 70 prochaines années. “En 1951, j’étais jeune et photographe et je cherchais un atelier dans ce quartier, populaire et artiste (…) Dans les annonces de fonds de commerce, j’ai trouvé un duo : une boutique d’encadrement qui se prolongeait par les ateliers avec, en haut, une grande pièce pour la dorure et une épicerie récemment fermée. Entre les deux, une ruelle. Le tout dans un état de demi-taudis avec pour seul sanitaire un cabinet à la turque dans la cour. L’espace m’a plu et j’ai imaginé vivre là” avait-elle expliqué dans Libération. Au fil du temps, l’artiste devient l’emblème de ce quartier aux allures de village. Elle disait d’ailleurs : “je n’habite pas Paris, j’habite Paris 14ème”. À sa mort en 2019 à l’âge de 90 ans, ses voisins et les commerçants environnants se souvenaient avec émotion de cette petite femme, souriante, accessible et définitivement moderne

Lieu d’inspiration perpétuel 

Le quartier Montparnasse est un terrain de jeu et une source d’inspiration inépuisable pour Agnès Varda (qui choisit elle-même ce nouveau prénom). En 1961, elle y plante le décor de son deuxième long-métrage Cléo de 5 à 7. On y suit la déambulation d’une jeune femme, qui doit attendre les résultats de ses examens médicaux. Elle craint d’être atteinte d’un cancer, prédit auparavant par une cartomancienne. Dans ce parcours filmé en temps réel, la jeune chanteuse passe par la rue Delambre, la rue Huyghens où se trouve son appartement ou encore au café du Dôme, à l’intersection entre le boulevard Raspail et le boulevard Montparnasse. Le parc Montsouris avec ses balustrades imitant des branchages est quant à lui le théâtre de la rencontre entre Cléo et Antoine, un soldat qui doit repartir pour l’Algérie. 

Cléo de 5 à 7 par Agnès Varda (1961)

Le plus grand hommage à son quartier tient cependant dans les 80 minutes de son documentaire Daguerréotypes, réalisé en 1975. “Ce n’est pas un film sur la rue Daguerre, pittoresque rue du 14e arrondissement, c’est un film sur un petit morceau de la rue Daguerre, entre le n°70 et le n°90, c’est un document modeste et local sur la majorité silencieuse, c’est un album de quartier, ce sont des portraits stéréo-daguerréotypés, ce sont des archives pour les archéo-sociologues de l’an 2975. C’est mon Opéra-Daguerre” disait la cinéaste à propos de son travail. Le bazar, le marchand d’accordéon, le boulanger ou l’épicier sont passés devant la caméra de Varda, dont le câble de plus de 90 mètres dépassait de sa boîte aux lettres. Elle s’est donc attelée à dépeindre son quartier avec le plus de justesse possible en s’attardant sur des petites choses qu’on ne remarque pas. 

Affiche du film d’Agnès Varda (1975)

En 2003, elle offre un os à ronger au lion de la place Denfert-Rochereau (14e) pour son court métrage Le Lion Volatil (2003) et déverse des tonnes de sable dans la rue Daguerre pour tourner une scène des Plages d’Agnès (2008). 

Si le XIVe arrondissement a été marqué par Agnès Varda, il l’a été aussi par Jacques Demy, réalisateur des Demoiselles de Rochefort et époux de l’artiste pendant 32 ans. En 2004, la Mairie de Paris a d’ailleurs fait le choix de rebaptiser la place Mouton-Duvernet en place Jacques Demy. Le couple est resté fidèle à son quartier de cœur et a choisi comme dernière demeure le cimetière Montparnasse où ils reposent tous les deux. 

Photo de Une : film Visages, villages par Agnès Varda (2016)

L.B

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