Son nom le rajeunit plus qu’il ne le faut, puisque le Pont-Neuf se trouve en réalité être le plus ancien pont de Paris. Construit à la fin du XVIe siècle, il fut l’un des premiers à être constitué de trottoirs et dépourvu de logements. Traversant la pointe de l’Île de la Cité, ce monument en pierre fascine depuis plusieurs siècles les artistes, qui l’ont adopté comme l’un des principaux organes de la Ville Lumière.

L’artère centrale de Paris

Par son histoire et par son emplacement, le Pont-Neuf est une artère centrale de la ville, traversée depuis des siècles par des piétons empressés et des promeneurs contemplant la Seine. Ce témoin imperturbable a ainsi fasciné nombre de peintres qui l’ont retranscrit sous diverses formes. Giuseppe Canella l’a représenté au cœur du Vieux Paris comme un passage privilégié entre la Monnaie et l’Île-de-la-Cité, silencieux, trônant au-dessus des canots. Les impressionnistes l’ont quant à eux illustré en tant que lieu de vie. Dans son tableau, Renoir représente quelques fiacres, des enfants discutant au milieu de la route, une passante observée par un homme appuyé contre le garde-fou, ou encore quelques silhouettes assises au calme dans les corbeilles. La largesse de la voie ferait presque oublier qu’il s’agit d’un pont.

Félix Vallotton va plus loin en se concentrant sur l’imposante architecture, prise dans un angle extrêmement original qui offre une vue déconcertante sur le Pont-Neuf. Le cadrage ne laisse percevoir que des fragments de son squelette – un corps de réverbère par-ci, une courbe de corbeille par là. Et derrière le grand parapet en pierre, quelques chapeaux qui s’agitent.

Félix Vallotton, Le Pont-Neuf, 1901

Au cœur des intrigues

Véritable emblème de Paris, ce pont historique est aussi au centre de tous les fantasmes que réveille la ville. On le retrouve au cœur de l’histoire tumultueuse qui agite les Amants du Pont-Neuf de Leos Carax, deux vagabonds qui s’y rencontrent, y vivent et y tombent amoureux. Le cinéaste en fait un espace éminemment romantique, dont la traversée entre deux rives est chargée d’une forte symbolique. Un lieu qui n’est donc pas choisi au hasard, jusqu’à devoir être entièrement recréé en pleine Camargue pour les besoins du tournage.

Leos Carax, Les Amants du Pont-Neuf, 1991

Par sa présence imposante et silencieuse, le Pont-Neuf se fait aussi le gardien de bien des mystères. Crimes, disparitions, apparitions étranges… de nombreux récits policiers se racontent autour du célèbre pont. C’est d’ailleurs sur ses pavés que l’héroïne de Tardi, Adèle Blanc-Sec, découvre une trappe secrète menant aux réunions souterraines de la secte Pazuzu.

L’art de la métamorphose

C’est aussi sur le Pont-Neuf que s’inventent de nouvelles manières de créer. Cette architecture historique, chantée depuis toujours par les artistes, s’est vue en 1985 entièrement recouverte par une toile drapée. Empaqueté par Christo et Jeanne Claude 36 ans avant l’Arc de Triomphe, le pont devient en lui-même une œuvre d’art. Celui que le Parisien ne voyait plus, habitué par sa présence, redevient visible par son rayonnement. Suivant les variations de la lumière et les reflets de l’eau, la toile n’avait alors jamais la même allure, se déclinant en une multitude de nuances.

Christo, Le Pont-Neuf empaqueté, 1985

Une idée brillante qui inspirera Kenzo quelques années plus tard. Pour célébrer la période estivale, le styliste japonais a quant à lui vêtu le pont de 32 000 pots de bégonias et d’un long rideau de lierre. Illuminée par un rouge éclatant, l’architecture a une nouvelle fois été célébrée dans de nouveaux habits qui ouvrent le champ à de nombreuses métamorphoses.

Romane Fraysse

À lire également : Les secrets du Pont-Neuf

Image à la Une : Auguste Renoir, Le Pont-Neuf, 1872

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