Si l’Arc de Triomphe, installé place de l’Etoile, fait partie intégrante de notre paysage parisien, il aurait pu en être bien différemment. Intéressons-nous aux grands projets urbanistiques de Napoléon Ier et de ses architectes, dont la nature porte la marque d’une certaine “folie des grandeurs”…

Le Paris de l’Empereur 

Napoléon Ier est ce que l’on pourrait appeler un “empereur bâtisseur“. Le Corse souhaite en effet redessiner Paris, et en faire une vitrine de l’Empire, dont la splendeur, l’ordre (public et architectural) susciteraient l’admiration du monde entier. Parmi ses grands projets mis en exécution, nous pouvons notamment évoquer le percement du quartier du Louvre et l’aménagement de la rue de Rivoli, dans les années 1800, avec ses arcades classiques et ses beaux immeubles, encore visibles aujourd’hui, qui font face au jardin des Tuileries.

Non-loin de cette rue, la colonne Vendôme devient la tête de pont de la propagande impériale, à travers l’installation d’une statue de Napoléon, habillé en sénateur romain, surmontant la colonne (cette statue fut détruite lors de la commune de 1871).

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Colonne Vendôme (réplique de l’originale, érigée en 1810)

Dans un tout autre registre, Napoléon décide également de dresser sur la place de la Bastille, en 1808, une fontaine gigantesque en forme… d’éléphant géant. Pratiquement abandonnée depuis la destruction de la forteresse de la Bastille, lors de la Révolution, la place, autrefois bouillonnante, ressemble, au début du XIXe siècle, à un vaste terrain vague. Sa pensée se précise le 9 février 1810 : « Il sera élevé sur la place de la Bastille, une fontaine de la forme d’un éléphant en bronze, fondu avec les canons pris sur les Espagnols insurgés ; cet éléphant sera chargé d’une tour et sera tel que s’en servaient les anciens ; l’eau jaillira de sa trompe. Les mesures seront prises de manière que cet éléphant soit terminé et découvert au plus tard le 2 décembre 1811. »

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Les champs-Elysées dans l’est parisien ? 

Au lendemain de la bataille d’Austerlitz (2 décembre 1805), dans sa proclamation à ses soldats, Napoléon aurait déclaré : « Je vous ramènerai en France. Vous ne rentrerez dans vos foyers que sous des arcs de triomphe ». Un an plus tard, alors que le Premier Empire est au fait de sa gloire et domine l’Europe entière, Napoléon Ier souhaite tenir la promesse faite à ses soldats : construire un Arc de Triomphe monumental en plein Paris !

L’idée n’est néanmoins pas originale. D’origine romaine, l’arc est l’un des éléments marquants de la culture architecturale européenne classique. Les empereurs romains aimaient faire bâtir des arcs célébrant leur gloire militaire à l’entrée des villes qu’ils venaient de conquérir, comme ce fut le cas pour l’empereur Titus qui décida de la construction d’un grand arc de Triomphe à Jérusalem en 88 après Jésus-christ. Bien plus tard, dans les années 1670, après ses succès militaires lors de la guerre de Hollande (1672-1678)  Louis XIV fit édifier, à la place du mur de Philippe Auguste, quatre portes, en forme d’arc de triomphe, dont il subsiste deux joyaux : les bien connues portes Saint-Martin et Saint-Denis.

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Porte Saint-Denis, construit en 1672, par l’architecte François Blondel, à la gloire de Louis XIV.

Cette culture de l’arc de triomphe renaît sous l’impulsion de Napoléon Ier. Point d’orgue des ses projets urbanistiques, l’Arc de Triomphe devait constituer le rappel éclatant de l’Empire romain, dont le réveil s’exprimerait à travers l’oeuvre politique et militaire de l’Empire français. Le thème de l’arc de triomphe, objet depuis la Révolution d’innombrables projets d’architectes, était majeur dans l’esthétique de cette époque où l’Antiquité romaine était proposée comme modèle philosophique et moral. Pour ce faire, de nombreux débats ont lieu en interne sur les lieux et places sur lesquels s’épanouiraient de la meilleure façon possible le nouveau monument. En 1808, c’est la porte Saint-Antoine, non-loin de la place de la Bastille, qui est plébiscitée par l’empereur et ses conseillers. 500 000 milles francs sont même prévus pour construire l’Arc de Triomphe, à la place de la porte Saint-Antoine (aujourd’hui disparue).

C’est finalement l’architecte Jean-François Chalgrin (1739-1811) qui fera peser la balance pour l’installation de l’Arc de Triomphe sur l’actuelle place de l’Etoile. Le projet de ce dernier, bien qu’onéreux mais majestueux, rencontre le soutien de Napoléon Ier, qui lui donne son accord pour la construction, en mai 1806.

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Dessin de Gaspard Gobaut, en 1852.

L’histoire des Champs Elysées et de notre magnifique et imposant Arc de Triomphe était née… Il faudra néanmoins attendre les années 1830, et le règne de Louis-Philippe, pour assister à l’inauguration de ce joyau architectural.

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