Paris a accueilli de nombreux monuments qui n’ont malheureusement pas résisté au temps, comme le palais du Trocadéro, celui des Tuileries ou la Galerie des Machines. Une sacrée liste à laquelle on peut ajouter un étonnant viaduc, qui a connu une vie mouvementée…

Une histoire liée à celle de la Petite Ceinture

Parmi les nombreux chantiers que Paris a connu au fil de son histoire, impossible de ne pas évoquer les célèbres travaux du baron Haussmann, qui ont profondément modifié le visage de la capitale. Permettant aux trains de marchandises de contourner Paris en évitant les gares terminales, la Petite Ceinture est l’un des projets phares du Second Empire. Pour accéder facilement à la capitale (et pour en sortir dans l’autre sens), la voie ferrée peut alors compter sur une voie de luxe à l’ouest de la ville : le Viaduc d’Auteuil. Afin que la Petite Ceinture puisse enjamber facilement la Seine, cet imposant viaduc en pierre de 175m de long et 30m de large voit le jour en 1865. 

Le Viaduc d’Auteuil, en 1885 © NYPL Digital Collections

Véritable prouesse architecturale, le monument se découpait en deux registres : les piétons et les transports hippomobiles empruntaient la partie inférieure, tandis que les trains circulaient sur la section supérieure. Quant à l’allure, le bâtiment arbore un style classique, mais se distingue par ses différents blasons “N” à l’effigie de Napoléon III. Dès 1865, les curieux peuvent donc profiter du pont pour rejoindre ou quitter le cœur de la capitale, tandis que les trains de marchandise ont enfin un accès plus simple à la capitale. Néanmoins, le Viaduc d’Auteuil va connaître une série d’événements étonnants, comme si une malédiction avait frappé le monument…

Un monument victime du progrès

6 ans après son inauguration, le Viaduc est le théâtre de violents assauts lors de la Commune de Paris et sera détérioré. Près de 40 ans plus tard, en 1910, Paris connaît un évènement incroyable : une crue exceptionnelle de la Seine, où le fleuve y atteint notamment sa hauteur maximale de 8,62 mètres. S’il n’est heureusement pas trop meurtrier, cet évènement va surtout causer d’importants dégâts à l’économie et industrie parisienne. Les déchetteries et les incinérateurs de la capitale étant inaccessibles à cause de la montée d’eau, le préfet Louis Lépine a alors une drôle d’idée : déverser quotidiennement les déchets des Parisiens dans la Seine depuis le Viaduc d’Auteuil. Intitulée “Ordure au fil de l’eau”, cette opération doit envoyer tous ces détritus vers la Manche… mais ceux-ci n’iront pas plus loin que les communes en aval de la Seine. Pendant plus de deux semaines, le Viaduc d’Auteuil devient donc le lieu de prédilection des chariots hippomobiles pour déverser les déchets…nous sommes bien loin du prestige napoléonien, n’est-ce pas ?

La Commune de Paris. Viaduc du point du jour, Auteuil. Paris (XVIème arr.). Photographie d’Hippolyte Blancard (1843-1924). Tirage au platine (recto). 1870-1871. Paris, Musée Carnavalet.

Par la suite, il faut attendre 30 ans pour que le monument refasse parler de lui. En 1943, alors que la Seconde Guerre mondiale bat son plein et que Paris vit encore sous l’Occupation nazie, des bombardiers américains prennent pour cible le viaduc. Celui-ci restera tout de même debout, mais sera le seul pont parisien endommagé lors du conflit. Dans les années 1950, à une période d’essor de l’automobile, le pont est vite considéré comme inadapté pour un tel trafic. Sans oublier les arches trop basses du monument, qui commencent à poser problème pour la navigation fluviale. La décision est donc prise en 1959 de détruire l’emblématique Viaduc d’Auteuil et de le remplacer par un certain… pont du Garigliano. Aujourd’hui, plus aucune trace de cette œuvre architecturale ne subsiste, seules quelques photos qui nous replongent 150 ans en arrière !

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