La marquise de Pompadour, née Jeanne-Antoinette Poisson (1721-1764), fut l’une des plus célèbres maîtresses royales de l’histoire de France. Douée d’une formidable intelligence et d’un grand sens politique, la marquise fut aussi au centre de nombreuses controverses et l’objet d’une haine féroce de la part de ses contemporains…

Une enfance heureuse

Née au sein d’une riche famille de financiers parisiens, en 1721, Jeanne-Antoinette Poisson reçoit une éducation soignée au couvent des Ursulines de Poissy. Elevée ensuite par ses parents banquiers, elle en héritera une ténacité et une ambition à toute épreuve.

A 20 ans, Jeanne se marie avec Charles Guillaume Lenormant D’Etiolles, fils du trésorier général des monnaies. Le couple passe de jours heureux entre Paris et leur maison de campagne et aime profiter des mondanités parisiennes. C’est justement lors de ces salons, organisés à l’hôtel d’Angervilliers, chez madame de Tencin, que Jeanne fait la rencontre des grands esprits du siècle : Voltaire, Montesquieu, Fontenelle…

Par sa joie de vivre, son sens de l’humour, Jeanne colle parfaitement aux mœurs de la haute société et sa présence aux soirées mondaines de plus en plus recherchée ! La voilà bientôt invitée à suivre les équipages du roi lors des grandes chasses royales. Ce sont lors de ses premières sorties, en groupe, dans les forêts de Fontainebleau et de Versailles que Jeanne-Antoinette « tape dans l’œil » du très dragueur Louis XV

Louis XV chassant le cerf dans la forêt de saint Germain, tableau de Jean-Baptiste Oudry (XVIIIe siècle)

De Jeanne à la marquise de Pompadour

En 1743, alors que Louis XV a déjà comme favorite madame de Châteauroux, il organise un premier « rendez-vous galant » avec la toute jeune Jeanne. Leur relation ne sera néanmoins officialisée qu’en juillet 1745, lorsque madame de Châteauroux décède. Dans la foulée, Jeanne se sépare officiellement de son mari (rupture des corps) et obtient le titre de marquise de Pompadour, sur ordre du roi !

Le sang neuf apporté par la marquise perturbe, de prime abord, le monde de la Cour, habitué à une certaine homogénéité sociale au sein de ses rangs. Mais grâce à la gaieté de la marquise, le roi est détendu, apaisé et sincèrement amoureux de sa maîtresse. Elle devient l’ordonnatrice des plaisirs du roi : elle se charge d’organiser des pièces de théâtres, des ballets, des soupers… Bref, tout est fait pour chouchouter son monarque.

A partir de 1746, la marquise s’affirme et souhaite associer ses amis au pouvoir. Elle écoute, intervient auprès du roi et pèse dans les décisions sensibles. La marquise fait accéder le financier Pâris aux plus hautes sphères économiques du royaume par exemple. Ce nouveau rôle politique entraîne néanmoins la propagation de certains médisances à l’égard de la marquise… Bien que celle-ci peut compter sur le soutien inattendu de la reine Marie Leszczynska, épouse officielle du roi Louis XV, mais peu soucieuse du comportement infidèle de son mari.

Reste que la marquise est honnie par une grande partie de la Cour, qui lui reproche ses origines roturières (bourgeoises et non nobles) et l’accuse de manipuler le roi. Maurepas, responsable de la « Maison royale », serait d’ailleurs l’instigateur de nombreux pamphlets et libelles, très violents, circulant dans Paris. Ces derniers humilient la marquise, la présente comme une « putain », avide de pouvoir et faisant le jeu de l’étranger. Cette campagne de diffamation, aidée par de hauts personnages de la Cour, et par certains religieux (qui reprochent à la marquise de débaucher le roi) rencontre un tel écho à Paris, et dans les grandes villes du royaume, que la marquise sombre dans une profonde dépression : elle n’ose plus manger, par peur du poison, et fait dormir un médecin à ses côtés, avec du contrepoison. La pression autour de la marquise redescend un peu, lorsque, excédée par une nouvelle attaque diffamatoire et humiliante de Maurepas, elle demande, avec succès, la disgrâce de ce dernier auprès de Louis XV.

La marquise femme politique 

Si le roi stoppe toute relation charnelle avec la marquise, dès les années 1750, la marquise reste sa confidente et sa conseillère politique de confiance. Toutes les nominations de ministres, les requêtes des uns et des autres passent par la marquise avant d’arriver jusqu’au roi. La marquise assiste même aux audiences royales, donne son avis et écarte ses ennemis du cercle politique. En 1754, elle appuie le roi pour le « grand renversement des alliances », qui voit la France se rapprocher, pour la première fois depuis des siècles, de l’Autriche pour s’opposer à l’influence grandissante de l’Angleterre sur la scène européenne.

Lors de la guerre de sept ans (1756-1763), la marquise est sous le feu des critiques. « L’opinion publique » semble faire imputer aux mauvais choix de la marquise les défaites militaires françaises : en cause, ses soutiens (notamment Choiseul, nommé secrétaire d’Etat à la guerre en 1761, grâce à l’influence de la Pompadour).

La marquise bienfaitrice des arts

Dévouée à son roi, la marquise n’en n’était pas moins amoureuse des arts de son pays : elle voulait ainsi être la promoteur du « style français » à l’international. Elle fait figure de mécène pour de jeunes artistes, et lance l’édification de nombreux châteaux et hôtels particuliers, qu’elle conçoit comme des temples vecteurs de prestige royal. Le Château de Crécy, la Celle Saint-Cloud, Bellevue, l’hôtel d’Evreux (futur hôtel de l’Elysée) sont achetés ou construits par la marquise de Pompadour. Une passion dévorante et particulièrement onéreuse : en 20 ans, elle aurait dépensé plus de 7 millions de livres pour l’ameublement et le réaménagement de ses propriétés ! Face aux critiques, la marquise se défend en disant qu’elle fournit du travail aux artisans et aux artistes, et que, de ce fait, fait le bien de la société… un argument bien fragile, peu apprécié des gens du peuple.

Château de Crécy, anciennement près de Dreux. Construit au XVIIe siècle, il faut embelli au siècle suivant par la marquise de Pompadour.

Toutefois, la marquise de Pompadour fut à l’origine de la fondation de l’Ecole royale militaire, œuvre dont l’objectif est d’offrir une éducation militaire à 500 jeunes nobles désargentés.

école militaire, dessin, XVIIIen Jean-baptiste Maréchal

Minée par la tuberculose, la marquise de Pompadour, honnie durant plus d’une décennie par la société, mais passionnément aimée par Louis XV, meurt le 15 avril 1764, à 43 ans.

Illustration de Une : Portrait de Madame de Pompadour, par François Boucher, en 1756.

Les prochaines visites guidées



Voir toutes nos activités