Portrait de Parisien : Edgar Degas, peintre de l’Opéra

Célèbre pour ses toiles de ballerines à l’Opéra, Edgar Degas est l’un des artistes les plus talentueux de son époque. Très souvent assimilé au groupe des impressionnistes, il reste pourtant toute sa vie en marge de ses camarades, aussi bien techniquement que socialement. Son caractère autoritaire et ses avis tranchés lui valent également quelques inimitiés… Zoom sur cet artiste majeur du XIXe siècle.  

Un artiste en marge de son groupe 

Le 19 juillet 1834, Hilaire Germain Edgar de Gas voit le jour dans une famille bourgeoise de la capitale. Pour faire plaisir à son père, le jeune Edgar commence par étudier le droit. Féru d’art et de peinture, il occupe tout son temps libre à arpenter les immenses salles du musée du Louvre pour copier les grands maîtres et apprendre de leur technique. Passionné et talentueux, il quitte finalement le droit pour rejoindre les Beaux Arts et intégrer l’atelier de Louis Lamothe, élève d’Ingres.

“Le Tub” d’Edgar Degas (1886), Musée d’Orsay.

Pour faire connaître son travail, Edgar Degas rejoint le Salon officiel où il expose des toiles historiques avant d’intégrer le cercle des peintres indépendants. Il devient alors l’ami des plus grands noms de la peinture, bien que peu connus de leur vivant : Edouard Manet, Paul Cézanne, Claude Monet, Auguste Renoir ou Alfred Sisley. Degas expose au Salon des Impressionnistes entre 1874 et 1886 mais ne se reconnaît pas vraiment dans ce style. Il déteste la peinture en extérieur et le travail d’improvisation comme le font ses camarades. Lui, préfère la lumière artificielle et l’intimité de son atelier pour reproduire des scènes de la vie moderne : les cafés, les courses hippiques, les repasseuses et même les maisons closes. Les paysages ? Très peu pour lui ! Il disait : “aucun art n’est aussi peu spontané que le mien. Ce que je fais est le résultat de la réflexion et de l’étude des grands maîtres”. Il reste cependant toujours profondément assimilé au mouvement porté par Claude Monet en raison de son utilisation de la couleur et de sa “liberté de la touche”. 

Dans les coulisses de l’Opéra Garnier 

À partir de 1868, Degas se concentre sur des peintures de petits rats, qu’il observe à l’Opéra Garnier. Ses scènes de ballet deviennent le miroir de la société de l’époque. Derrière la beauté, il dépeint la réalité de ce milieu : les ombres des hommes -qui assimilaient les petites danseuses à des prostituées-, la rivalité, la tension.. 

“Répétition d’un ballet sur la scène” d’Edgar Degas (1874) Crédit : Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais/Patrice Schmidt
“La classe de danse” d’Edgar Degas (1874) MET

Mais peu à peu, sa cécité l’handicape pour peindre. Il commence à se tourner vers la sculpture, qu’il utilise comme moyen de recherche pour son art. Il réalise en 1881 la célèbre “Petite danseuse de quatorze ans”, la seule sculpture qu’il consentira à exposer de son vivant. Les mains dans le dos, un pied en avant, le regard levé et candide de la petite fille choquent les visiteurs du Salon par sa trop grande illusion de la réalité. Avec cette sculpture qui s’admire au musée d’Orsay , Degas bouscule les codes. Il est d’ailleurs le premier à ajouter des éléments manufacturés qu’il n’a pas réalisés lui-même. Son tutu, ses chaussons et le ruban de ses cheveux sont de vraies pièces de tissu choisies par l’artiste. 

“La petite danseuse de quatorze ans” d’Edgar Degas (1881) Crédit : Wikipédia Creative Commons / Musée d’Orsay

Échaudé par ce scandale, Degas travaille désormais reclus. Il commence à s’intéresser à la photographie qu’il pratique comme la peinture : en intérieur et en jouant avec la lumière artificielle. À partir de 1875, sa situation financière et celle de sa famille deviennent critiques. Fin collectionneur, il est contraint de vendre une partie des œuvres d’art qu’il a acquis. Il termine sa vie seul, sans épouse, ni enfant, dans son appartement en piteux état du 6 boulevard de Clichy. Il y décède le 27 septembre 1917. 

Un tempérament orageux 

Malgré la délicatesse contenue dans ses toiles, Edgar Degas était un homme avec un fort caractère. Le collectionneur d’art Harry Kessler le définit comme quelqu’un de provocateur et de taciturne, qui n’hésite pas à réprimander ceux qui le côtoient lorsque leur comportement l’agace. Bien qu’il ait rejoint le groupe des impressionnistes, les critiques à leur égard fusent. Il dit d’ailleurs de Claude Monet, non sans une pointe de mépris, qu’il “est davantage un habile commercial qu’un artiste et que ses tableaux font de belles décorations”, comme le rapporte Europe 1. 

Autoportrait photographique de Degas en 1895. Crédit : musées d’art de Harvard.

À cette époque, l’affaire Dreyfus est une onde de choc dans la capitale où tout le monde a son opinion. À chaque mention de cette affaire, le peintre explose de colère et met fin sans recours à de nombreuses amitiés qui ne partagent pas son opinion. Contrairement à l’écrivain Emile Zola, Edgar Degas est un anti-dreyfusard convaincu. Paradoxalement il est aussi un anarchiste résolu et condamne fermement ses camarades à qui l’on offre de prestigieuses médailles. Il déteste les particules et décide lui-même de supprimer la sienne pour former son nom de “Degas”. 

Son caractère orageux et ses remarques cinglantes n’ont cependant pas empêché Edgar Degas d’être l’un des peintres les plus populaires du monde avec plus de 2 000 toiles et pastels réalisées de sa main.  

Lisa Back

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