Edgar Degas

On le sait, l’expression « petits rats » désigne les jeunes élèves de l’école de danse de l’Opéra de Paris, l’école qui forme les futurs danseurs du Ballet de l’Opéra national de Paris. Mais pourquoi les futurs danseurs de l’un des ballets les plus réputés au monde sont-ils surnommés « petits rats », cet animal à la mauvaise réputation qui évoque plus la saleté que l’élégance ?

Pauvreté et vie en groupe pour les « petits rats » du XIXe siècle

Cette expression serait apparue au début du XIXe siècle, à l’époque où les petits danseurs vivaient, apprenaient et passaient leurs journées au sein de l’Opéra Le Peletier, où se trouvait leur école. Sa première trace dans la littérature date de 1840. Dans Les Nouvelles à la main, le journaliste Nestor Roqueplan, lui-même directeur d’opéra, définit ainsi ces jeunes danseuses :

« Le vrai Rat, en bon langage, est une petite fille de sept à quatorze ans, élève de la danse, qui porte des souliers usés par d’autres, des châles déteints, des chapeaux couleur de suie, qui sent la fumée de quinquet, a du pain dans ses poches et demande six sous pour acheter des bonbons ; le rat fait des trous aux décorations pour voir le spectacle, court au grand galop derrière les toiles de fond et joue aux quatre coins des corridors ; il est censé gagner vingt sous par soirée, mais au moyen des amendes énormes qu’il encourt par ses désordres, il ne touche par mois que huit à dix francs et trente coups de pieds de sa mère. »

Edgar Degas, Le Foyer de la danse à l'Opéra de la rue Le Peletier (1872)
Edgar Degas, Le Foyer de la danse à l’Opéra de la rue Le Peletier (1872)

Car, à l’époque, les « petits rats » de l’Opéra sont des petites filles issues des classes les plus pauvres de la capitale et représentent le plus grand espoir de leur famille, l’école étant gratuite et les perspectives d’avenir plus réjouissantes qu’ailleurs. Leur quotidien était pourtant peu enviable : souvent peu nourries et peu vêtues, elles passaient leur journée à répéter leur gamme, leur soirée sur la scène de l’Opéra, sans avoir le choix de décider quoi que ce soit et sans toucher un sou de ce qu’elles gagnaient, tout étant reversé à leurs parents. Vingt ans après Nestor Roqueplan, Théophile Gautier désignera d’ailleurs, dans Le Rat, ces petites danseuses comme des « pauvres petites filles, frêles créatures offertes en sacrifice au Minotaure parisien, ce monstre bien autrement redoutable que le Minotaure antique, et qui dévore chaque année les vierges par centaines sans que jamais aucun Thésée vienne à leur secours » Rien que ça !

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