Première femme à obtenir le baccalauréat, première femme diplômée de la Sorbonne… Julie-Victoire Daubié, qui porte au quotidien le prénom de Victoire, est un modèle dans la très longue lutte pour le droit des femmes. Un parcours étonnant et malheureusement encore méconnu…

Une pionnière dans l’éducation française

Chaque année, souvent deux fois par an, les nombreux élèves étudiant à l’université ont droit à leur traditionnelle période d’examens. Un moment de stress qu’a certainement connu Julie-Victoire Daubié il y a 150 ans : en 1871, la native de Fontenoy-le-Château dans les Vosges est entrée dans l’histoire de l’éducation en devenant la première femme licenciée en Lettres. Une grande première qui a eu lieu au sein des bancs de la Sorbonne, célèbre lieu de vie devenu un établissement de prestige et une prouesse d’autant plus notable que, à cette époque, les cours à la Sorbonne sont encore interdits aux femmes.

Si les femmes ne peuvent pas assister aux cours, elles ont toutefois le droit de passer les examens. Le samedi 28 octobre 1871, Victoire devient ainsi la première femme à s’inscrire à l’examen et la première femme à obtenir le diplôme. Elle est alors la première femme “licencié ès Lettres”. Pas de “licenciée” car l’intitulé de ce diplôme n’existe encore qu’au masculin, tout comme celui du baccalauréat. Dix ans plus tôt, à Lyon, Victoire était déjà la première femme à s’inscrire aux épreuves du baccalauréat et à l’obtenir ! Avant de s’inscrire à cette épreuve, Victoire avait longuement étudié le grec et le latin, deux matières indispensables pour présenter le baccalauréat. Appréciant les études et souhaitant parfaire sa formation en zoologie, elle ira même jusqu’à s’inscrire aux cours du professeur Isidore Geoffroy Saint-Hilaire au Muséum d’histoire naturelle de Paris. Daubié peut notamment compter sur le soutien de ce professeur, qui lui obtient une autorisation spéciale pour venir étudier dans les galeries en dehors des heures d’ouverture au public.

Figure parisienne de la lutte pour le droit des femmes

Il aura donc fallu attendre l’année 1861 pour voir une femme obtenir son baccalauréat, en totalisant 6 boules rouges, 3 boules blanches et 1 boule noir… un système de notation bien différent d’aujourd’hui. Elle a décroché le fameux diplôme à l’âge de 37 ans, l’accès à l’examen lui auyant été refusé pendant près de 10 ans, sous prétexte que les femmes n’avaient pas besoin de ça”. En 10 ans, entre l’obtention de son baccalauréat et celui de sa licence en Lettres, Julie-Victoire Daubié va s’imposer comme une figure de la lutte pour le droit des femmes. Résidant dès 1862 sur la mythique avenue des Champs-Élysées, elle va donner tout un tas de conférences et notamment devenir journaliste. Son combat pour l’éducation des femmes et leur accès à l’enseignement supérieur inspirera de nombreux mouvements féministes à travers l’Europe et lui vaudra plusieurs récompenses, comme cette médaille qu’elle reçoit à l’Exposition Universelle de 1867 à Paris pour l’ensemble de son œuvre. Si une “Commission de dames pour examiner les questions relatives à l’enseignement primaire”, où elle est appelée pour y travailler, est vite interrompue à cause de la Commune de Paris, Julie-Victoire Daubié crée en 1871 l’Association pour le suffrage des femmes, dont le siège est à Passy.

Pour la petite anecdote, à l’origine, la mention “sieur” était déposée sur son diplôme de Lettres avant que le ministre Jules Simon ne la barre et la remplace par “mademoiselle”, comme une reconnaissance très symbolique pour celle qui a énormément œuvré pour la condition de la femme. Il s’agit d’ailleurs du thème de son doctorat qu’elle décide de préparer mais qu’elle n’aura malheureusement pas la chance de terminer. De retour à Fontenoy-le-Château pour s’occuper de sa mère malade, Julie-Victoire Daubié décède le 26 août 1874 de la tuberculose sans avoir pu assister aux résultats de toutes les luttes qu’elle a menées.

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