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Les lieux que nous allons vous présenter ici ne sont pas forcément les plus engageants de Paris, et pas forcément les plus esthétiques (et encore…). Mais ces terrifiantes prisons recèlent de sombres histoires, et ont tout à fait leur place dans le panthéon des lieux les plus intéressants de notre capitale. Tour d’horizon des pires prisons et maisons de force parisiennes sous l’Ancien régime… Une virée insolite qui va vous donner la chair de poule…

La Conciergerie

La plus anciens bâtiments carcéraux encore debout à Paris remonte au XIVe siècle ! Avant que la peine de prison intègre officiellement l’arsenal judiciaire, sous la Révolution, la Conciergerie recevait surtout des prisonniers en attente de leur jugement. En cela, des cellules, plus ou moins confortables selon la « qualité » (c’est-à-dire la richesse et le rang) de l’accusé étaient disposées à proximité du parlement de Paris, où l’on rendait des jugements en dernier instance.

Contrairement à certaines idées reçues, les conditions de détention étaient relativement souples, et une frontière extrêmement poreuse existait avec le monde extérieur : les prisonniers les plus riches pouvaient ainsi faire livrer leur nourriture depuis l’extérieur, après avoir payé une commission, recevoir leurs amis et même faire venir leur propre domestique ! Toutefois, pour les plus pauvres, le quotidien était assez rude. Ils étaient en général soumis au régime de la « paille », et dormait quasiment à même le sol.

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Crédit photo de une : CC-BY-SA-3.0, DXR

La Bastille

Autre type d’institution d’origine médiévale, la forteresse de la Bastille était ce qu’on appelle une « prison d’Etat », dans laquelle étaient enfermés une diversité d’individus pour des motifs soit politiques, soit familiaux. Par l’utilisation des lettres de grand cachet, le roi de France pouvait enfermer n’importe lequel de ses sujets à la Bastille, ou dans les autres prisons d’Etat du royaume (Vincennes, château d’If, Pignerol…), si ladite personne représentait une « menace pour l’ordre public » : un outil parfait pour jeter aux oubliettes les opposants politiques et les espions… A signaler néanmoins, qu’à l’instar de la Conciergerie, les plus riches pouvait bénéficier d’un régime de faveur, la “pension” tandis qu’à l’autre bout du spectre les plus pauvre étaient soumis au régime dit de la “pistole“.

Voltaire fut ainsi enfermé à deux reprises à la Bastille, pour écrit subversifs, de même que le marquis de Sade. Ce même procédé était également utilisé par certaines familles dont le souhait était d’enfermer l’un de ses membres jugés « libertin », « débauché » voire dangereux pour la communauté. Symbole de la justice arbitraire du roi, la Bastille fut prise d’assaut par les Révolutionnaires le 14 juillet 1789. Mais est-ce que vous saviez qu’il n’y avait, ce jour-là, que 7 prisonniers d’enfermés ?

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@Gallica Dessin de Jacques Rigaud (fin XVIIIe siècle)

Bicêtre

Le ténébreux hôpital de Bicêtre, situé à quelques heures du centre de la capitale, fut fondé en 1656 (et intégré à “l’Hôpital général”), dans l’objectif d’enfermer les mendiants et de recevoir, selon un motif charitable, les vieillards, infirmes et vénériens de Paris. En 1730, néanmoins, une maison de force est installée au sein de l’hôpital pour y accueillir certains prisonniers de droit commun de la capitale : ceux-ci étaient essentiellement des meurtriers, des brigands mais aussi des libertins ou encore de simples “polissons”, “bagarreurs” que l’on enfermait quelques jours…

Entassés dans les salles de la force (70 prisonniers par salle) ou dans les Cabanons, les détenus subissaient un quotidien particulièrement rude et une alimentation médiocre. Pour les prisonniers les plus récalcitrants à l’enfermement, le cachot noir était la pire des punitions : le malheureux était détenu une obscurité totale… L’hôpital de Bicêtre est également connu pour enfermer de nombreux fous (les” insensés”). Ces derniers étaient considérés comme des prisonniers, et il fallut attendre seulement les années 1780-1790 pour qu’un traitement spécifique des aliénés se met en place, sous l’égide du célèbre docteur Pinel (l’usage de la camisole est expérimenté pour la première fois à Bicêtre). Une population extrêmement variée était ainsi reçue à Bicêtre.

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La cour des aliénés de Bicêtre . Crédit : Léonard Barbulesco

Salpétrière

Fonctionnant selon le même principe que l’hôpital de Bicêtre, la Salpétrière était, avant de devenir l’un des meilleurs hôpitaux d’Europe, une prison particulièrement mal réputée. La clientèle de cette prison était, contrairement à Bicêtre, entièrement féminine et composée de prostituées, qu’on arrêtait en plein Paris et qu’on emmenait à l’ « Hôpital » dans de grandes charrettes, mais aussi d’aliénées et de mendiantes.

En cela, la maison de force de la Salpétrière recevait des milliers de femmes désœuvrées et était régie, à l’instar de Bicêtre, par un règlement intérieur extrêmement rigide. Le quotidien était en effet rythmée par la prière (à raison de cinq par jour) et le travail dans des manufactures de toiles notamment, et ce dans le but de “rééduquer” la femme enfermée…

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Gravure d’Adam Perelle (XVIIe siècle) CC BY 4.0

Saint-Lazare

Ancienne léproserie, les bâtiments de Saint-Lazare furent tenus d’une main de fer, à partir du XVIIe siècle, par les missionnaires de Saint-Vincent de Paul. Saint-Lazare était en effet une maison de redressement à destination des jeunes débauché(e)s de la capitale. Enfermés sur ordre de leur famille, les jeunes femmes et hommes enduraient un quotidien placé sous le signe de l’ascèse et du rachat moral.

Le célèbre écrivain Caron de Beaumarchais fut enfermé un temps à Saint-Lazare à la fin du XVIIIe siècle, sur demande de ses parents ! C’est également à Saint-Lazare (et à la Salpétrière) que le personnage de Manon Lescaut, tiré du roman éponyme, de l’abbé Prévost, est enfermé. Cette prison exerça une influence considérable sur les mentalités de l’époque. L’ancienne est aujourd’hui reconvertie en médiathèque !

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@Crédit : Un iceberg en Amazonie. La médiathèque Sagan, anciennement la cour principale de la prison Saint-lazare

En somme, les anciennes prisons parisiennes – dont on auraient pu citer aussi citer Saint-Pélagie, les prisons du petit et grand Châtelet (aujourd’hui disparues), ainsi que les nombreuses prisons révolutionnaires – ne présentaient pas une image homogène et les conditions de détention variaient énormément d’une institution à une autre et selon les populations qu’elles recevaient.

Lors de la révolution Française, de très nombreux bâtiments vont se transformer, temporairement, en prison – c’est le cas du palais du Luxembourg notamment – pour enfermer une masse de prisonniers. Ce sont ces prisons qui seront victimes des terribles massacres de septembre 1792

Pour ceux qui ont le cœur bien accroché, certains cachots sont même encore visitables dans leur aspect d’antan !

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