La mystérieuse mort de Jim Morrison à Paris

C’est un mystère qui fascine depuis les années 1970. Les circonstances encore aujourd’hui très floues de la mort de Jim Morrison. Que s’est-il réellement passé à Paris, le soir du 3 juillet 1971 ? Accident ? Suicide ? Complot ? Meurtre ? On fait le tour des théories.

Le contexte de l’été 1971

Au printemps 1971, le chanteur des Doors Jim Morrison vient de terminer d’enregistrer l’album L.A Woman. A 27 ans, il est l’une des personnalités des plus célèbres du monde. A la fois parolier engagé dans le mouvement de la protest song, sex-symbol, dieu du rock et poète maudit, il a déjà été condamné plusieurs fois pour des affaires de drogues ou à cause de ses nombreuses provocations sur scène. Pourtant, son charisme, son talent et sa culture impressionnante font de lui une personnalité très appréciée chez les jeunes.

Jim Morrison sur scène en 1968 / Photo par Michael Montfort / SWANN AUCTION GALLERIES

Mais Jim en a assez de cette vie de célébrité et ne s’épanouit plus au sein des Doors. Depuis l’âge de vingt ans, il mène une vie d’excès : l’authentique sexe, drogues et rock’n’roll. Malheureux, il traverse une profonde dépression, empirée par ses consommations épouvantables de drogues et d’alcool dont la prise est de plus en plus fréquente. Ses excès lui causent même des problèmes cardiaques, malgré son jeune âge. Il décide alors de réduire ses consommations et de se consacrer à la poésie. Pour cela, il prend des vacances et rejoint sa compagne de l’époque : Pamela Courson. Leur couple n’étant pas exclusif, cette dernière est à Paris en compagnie de son amant, Jean de Breteuil. Âgé de 21 ans à peine, ce dernier est un aristocrate débauché, autoproclamé « dealer des stars ». C’est d’ailleurs son lien supposé avec la mort de Janis Joplin par overdose, quelques mois auparavant, qui l’auraient forcé à retourner en France

Jim Morrison et Pamela Courson à Saint-Leu-d’Esserent (Oise) une semaine avant sa mort / Photo d’Alain Ronay

Quoi qu’il en soit, Jim et Pamela s’installent ensemble à Paris au début de l’été. Leur logement se situe au troisième étage d’un immeuble de la rue Beautreillis dans le IVème arrondissement, dans un appartement prêté grâce aux relations de Jean de Breteuil. Le couple y vit incognito, jusqu’au soir du 3 juillet 1971, où tout bascule…

La théorie officielle racontée par Pamela Courson

Tout ce dont on est à peu près sûrs, c’est que Jim Morrison perd la vie ce soir-là. Mais dans quelles circonstances ? A l’époque, la police conclut sans autopsie à une mort du chanteur par crise cardiaque. Vu le passif de Morrison, les forces de l’ordre ont supposé que ses excès l’avaient emporté.

Selon Pamela Courson, Jim Morrison aurait consommé de l’alcool toute la journée avec son ami Alain Ronay. Dans la soirée, il se rend au cinéma avec Pamela voir le film La Vallée de la peur puis le couple rentre chez lui et se couche. Vers 3h du matin, Pamela raconte avoir été réveillée par les râles poussés par Jim en respirant. Malgré l’inquiétude de la jeune femme devant son compagnon qui vomit du sang, Morrison la rassure et lui affirme qu’il ne veut pas voir de médecin. Au bout d’un moment, il semble aller mieux et va prendre un bain. De son côté, elle se rendort.

L’immeuble de la rue Beautreillis

Lorsque Pamela se réveille, peu de temps après, elle ne trouve pas Jim proche d’elle. Inquiète, elle file à la salle de bain où elle le trouve inconscient, dans la baignoire. N’arrivant ni à le ranimer ni à  le sortir de l’eau, elle rappelle Alain Ronay. Ce dernier arrive quelques temps plus tard avec son amie Agnès Varda. Pamela ne parlant pas français, ce sont eux qui préviennent les secours. Lorsque le docteur Max Vassille arrive sur les lieux, 45 minutes plus tard, il conclut à un mort par crise cardiaque.

Cette version a souvent été contestée car Pamela Courson en a donné plusieurs versions. Elle ne se fixera d’ailleurs jamais sur la mort de Morrison, qu’elle rejoint trois ans plus tard. Elle décède d’une overdose, elle aussi à l’âge de 27 ans.

La version de Philippe Manœuvre, selon les confidences d’Agnès Varda

Selon le journaliste Philippe Manœuvre, d’après le récit que lui a fait Agnès Varda, Jim Morrison est mort d’une overdose dans les toilettes de la boîte de nuit le Rock’N’roll Circus. Venu chercher de l’héroïne pour Pamela Courson, il part tester la drogue dans les toilettes. Ne le voyant pas revenir, le patron du bar, Sam Bernett, fait forcer la porte des toilettes pour le retrouver inconscient après la prise de l’héroïne. La drogue avait été fournie par les hommes de Jean de Breteuil.

Le patron, très embêté du scandale, le fait rouler dans un tapis et le sortir par un club voisin. Il est ramené rue Beautrillis, où on le plonge dans une baignoire d’eau glacée pour tenter de relancer son cœur. Entre temps, Agnès Varda arrive sur les lieux et maquille tout avec son médecin de famille.

Cette théorie a été validée par Sam Bernett lui-même dans son livre Rock’N’Roll Circus. Il précise cependant que ce ne sont pas ses hommes, mais manifestement ceux de Breteuil qui ont emmené le corps de Morrison.

Théories diverses

Ces deux théories sont celles qui sont aujourd’hui les plus répandues. Même les proches de Jim Morrison tendent vers l’hypothèse de l’overdose, et non de l’arrêt cardiaque. Mais d’autres ont des  théories bien différentes, parfois plus complotistes.

Selon Marianne Faithfull, à l’époque également maîtresse de Jean de Breteuil, elle considère que c’est lui qui a tué volontairement Jim Morrison en lui fournissant une dose d’héroïne pure et donc trop forte. Ce dernier fuit d’ailleurs au Maroc juste après l’affaire, où il mourra à son tour un an plus tard, lui aussi d’une overdose. Elle ne développe cependant pas pourquoi Breteuil aurait voulu assassiner Morrison.

© Estate of Edmund Teske/Michael Ochs Archives/Getty Images

La thèse d’un complot a également été évoquée : à cette époque, la CIA aurait cherché à éliminer toutes les personnes représentant la contre-culture américaine dans le contexte de la guerre du Vietnam. Aucune preuve ne valide concrètement cette théorie.

Certaines personnes ont même envisagé la théorie du suicide par overdose. En effet, Jim Morrison avait été très affecté par la mort des premiers membres du « Club des 27 ». Ce tristement célèbre groupe comporte des célébrités de la musique décédées à l’âge de 27 ans. En 1971, ils sont déjà trois à avoir perdu la vie : Brian Jones des Rolling Stones en juillet 1969, Jimi Hendrix en septembre 1970 et Janis Joplin le 4 octobre 1970. Tous ces musiciens étaient proches de Morrison et ce dernier sentait que son heure approchait. En trinquant avec ses amis, il déclarait : « Vous êtes en train de boire avec le N°4. » Aurait-il prévu de se supprimer à son tour ? Cette théorie reste peu probable car Morrison avait laissé entendre une volonté de sortir de la drogue et de ses démons.

Graffiti de Jonathan Kis-Lev représentant le club des 27 à Tel-Aviv

Enfin, Jim Morrison pourrait être vivant comme Elvis Presley ou Michael Jackson ! Un des membres des Doors, Ray Manzarek a lui-même alimenté cette théorie. Il l’appuie en supposant que si Morrison désirait arrêter sa vie de star du rock, n’aurait-il pas mis en scène sa mort pour être libéré ?

Quoi qu’ils en soit, nous n’en sauront sûrement jamais d’avantage. Le corps de Jim n’ayant jamais été autopsié, aucune théorie ne pourra jamais être fermement validée. Il repose aujourd’hui au Père Lachaise, dans l’une des tombes les plus visitées du cimetière. Mais, pour les amoureux du rock et du Roi Lézard, vous pouvez toujours visiter Paris sur ses pas…

 

Virginie Paillard

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